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Développement durable |

À fleur de sel !

L’expression « mettre du sel dans sa vie » évoque à tous le petit plus, le bonus. Comme un petit grain à part, un zeste de folie qui donne une saveur particulière à chaque moment vécu. Le sel c’est aussi depuis l’antiquité, un enjeu économique. Indispensable à la conservation des aliments, il devient une denrée très convoitée, soumise aux taxes, la fameuse gabelle.

Il y a quelques siècles, le sel est l'or blanc. C'est même une denrée de première nécessité car il est presque le seul moyen de conserver les aliments. C'est un élément nutritif indispensable pour le bétail. Sur la côte méditerranéenne, de nombreuses exploitations se sont développées

Soul’Ancien Régime, il est fréquemment utilisé comme monnaie d'échange.

Depuis le Moyen Âge, la gabelle désigne l'impôt sur le sel : une ordonnance royale de Philippe VI, en 1342, impose un monopole d'État sur les ventes. Le sel est vendu dans des greniers administrés par les agents du roi.

Au prix du marché s'ajoute désormais la taxe du monarque qui va faire de la gabelle, l'impôt le plus inégalitaire de l'Ancien Régime. Le prix évolue sans aucun rapport avec son prix de revient réel, ni l’importance de la demande.

En 1547, François Ier confirme le monopole royal mais ne parvient pas à uniformiser les prix sur le royaume. L’inégalité des tarifs persistera jusqu’à la Révolution.

Cependant la levée de l’impôt sur le sel est inégale selon les zones de production du sel. La Camargue et la Provence vont bénéficier d’une gabelle allégée. Elle désigne les pays de « petite gabelle » où la consommation du sel est libre, même si elle n’est pas gratuite, loin de là.

Le salin fait partie du parc naturel régional de Camargue, fondé en 1970. Il couvre un territoire de plus de 100 000 hectares. Cette zone fait partie du réseau Natura 2000. La Camargue est non seulement une terre de sel mais également une terre d’élevage de chevaux et de taureaux. On y cultive aussi du riz et on y produit du vin. En Camargue, le sel fait partie intégrante du sol. La nature du terrain, plat et argileux et couvert d’étangs, bénéficiant d’un climat chaud et sec, se prête particulièrement bien à l’extraction du sel. Cette intense évaporation est propice à une large exploitation de la ressource en sel. Dès l’Antiquité, le savoir des sauniers se transmet, s’inspirant des observations de cette nature particulière et du mouvement des eaux et du vent. A la fin du 19è siècle, l’exploitation du sel s’intensifie : le sel à usage industriel à Salin-de-Giraud et à usage alimentaire pour Aigues-Mortes.

Salin-de-Giraud

Jusqu’au 19ième siècle, les cristaux de soude nécessaire à la fabrication du savon et du verre sont d’origine végétale, jusqu’à la découverte du procédé Leblanc qui permet la fabrication de soude à partir du sel. L’exploitation est lancée autour de l’étang de Giraud. Sur ce site, Pechiney qui prendra la suite développera la fabrication du chlore par électrolyse du sel et poursuivra la fabrication de soude. Salin-de-Giraud a besoin de main-d’œuvre et grandit.

Aigues-Mortes

Située en Camargue gardoise, Aigues-Mortes se situe en dehors du périmètre de Parc naturel régional de Camargue, bien que les salins eux-mêmes soient situés en partie sur la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, à la fois dans les Bouches-du-Rhône et dans le Gard. Par sa qualité de port fluvial et maritime, dès le 13ième siècle, Aigues-Mortes a toujours bénéficié d’une situation géographique privilégiée qui va lui permettre de prospérer. Au 19è siècle, les salins d’Aigues-Mortes fusionnent pour fonder la Compagnie des Salins du Midi.

Le salin d'Aigues-Mortes a signé la charte Natura 2000 de Petite Camargue depuis 2005. En signant la charte Natura 2000, la Compagnie des Salins du Midi reconnaît la valeur écologique et patrimoniale exceptionnelle des habitats et des espèces en voie de disparition ou rares à l’échelle de l’Europe et s’engage à les conserver.

Une faune et une flore unique 

Avant la création du Parc la faune et la flore camarguaise si singulière avaient vu naitre une réserve naturelle nationale de 13 000 hectares, afin de la protéger dès 1927.

Fabriquer du sel : mode d’emploi (sur Salin-de-Giraud)

  • Pomper l’eau de mer pour l’acheminer sur les parcelles  

(Environ 80 millions de m3 sont pompés de mars à septembre)

  • Saturer les eaux en sel : faire circuler l’eau de mer sur les parcelles et veiller à une évaporation de 9/10e des eaux pompées. Pour une bonne saturation de l’eau en sel, l’eau doit circuler et ne pas excéder 35 cm d’épaisseur par parcelle.
  • Faire déposer le sel marin : l’eau se retire, reste 15 cm d’épaisseur d’eau, les saumures saturées demeurent et prennent cette couleur rosée due à la présence de crustacés et d’algues halophiles.
  • Récolter le sel s’effectue entre fin août et début octobre, alors que la couche de sel atteint les 76 mm d’épaisseur. Ce qui équivaut à un rapport de 1 000 tonnes à l’hectare. La récolte dure un mois pour 30 tonnes de sel par jour.
  • Un lavage du sel est ensuite effectué pour éradiquer les matières insolubles.

Les usages du sel en 2020

Le sel est employé pour le bétail et dans l’alimentation comme auparavant mais également pour le déneigement des routes, adoucissement des eaux et dans la fabrication de nombreux produits : matières plastiques, fibres textiles ou solvants chlorés…

Le conservatoire du littoral pour un écosystème unique au monde

Le Conservatoire du littoral gère également 6 500 ha de cette zone qui comprend des milieux aquatiques et terrestres dominés par l’eau douce, le long de l’ancien bras du Rhône, et de vastes ensembles lagunaires à proximité de la mer Méditerranée, en bordure du golfe de Beauduc.

La gestion est également patrimoniale avec des vestiges des anciens postes de douanes du trafic fluvial du XVIIe, notamment avec le Château de Tourvieille inscrit aux Monuments Historiques. Dès 2007, le conservatoire du littoral met tout en œuvre pour un retour progressif à l’état naturel des étangs semi-salins.

Quelques chiffres et quelques actions du conservatoire du littoral :

  • 296 espèces d’oiseaux sont adaptés à ces conditions bien spécifiques,
  • 200 espèces sont régulières et d’autres nicheurs. Les grandes lagunes jouent 15 000 couples de flamants roses se reproduisent sur des îlots et digues ;
  • 43 espèces de mammifères inventoriées en Camargue
  • Une végétation unique de plantes halophiles (adapté aux milieux salés) comme des salicornes.
  • 540 espèces de plantes recensées sur le site, dont 27 protégées
  • Rétablissement d’une voie de déplacement pour les poissons migrateurs entre la mer et les étangs centraux de Camargue.

Un enjeu essentiel pour le site est l’adaptation à l’érosion littorale et à l’élévation du niveau de la mer. Pour y répondre la piste privilégiée suit la renaturation du littoral et la constitution d’une zone tampon submersible sur une partie du site.

Rédaction : Béatrice MICHEL-ARNAUD

Plus d'infos: Parc Naturel Régional de Camargue, Mas du Pont de Rousty – 13200 Arles Tel : 04.90.97.10.40 Mail : info@remove-this.parc-camargue.fr

Les tellines méditerranéennes sont pêchées sur les côtes sableuses avec un sorte de petit râteau. On les cuisine à l’ail et au persil pour préserver leur saveur exceptionnelle. Mettre les tellines dans une casserole sans eau à feu vif, une fois les tellines ouvertes, jeter l’eau et ajouter ail persil ou tout ingrédient à votre convenance bon appétit ! Ne rajouter pas de sel, c’est la telline qui vous le sert !