© Collection Catherine et Jean Camus

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Albert Camus et la Méditerranée

Chaque année, « Une année, un auteur » célèbre un écrivain du Sud. Après Jean Giono, c’est Albert Camus qui est à l’honneur à partir du mois de mai. Camus s’inscrit dans la lignée des penseurs humanistes. D’Aristophane à Sénèque, d’Averroès à Pétrarque, les cultures se mixent depuis des millénaires et les pensées circulent sur les rivages méditerranéens pour devenir universelles.

Ce nouveau chapitre d’une année un auteur débute, grâce au concours de Catherine Camus, le 28 mai 2021 à Roquebrune-sur-Argens avec l’exposition « Albert Camus, Méditerranéen ». Un évènement qui a été suivi de nombreux autres, notamment à Nice, pour célébrer le talent de cet auteur universel et exceptionnel. Une occasion aussi de découvrir ou redécouvrir « L’homme révolté ».

Découvrez l'exposition

De la Méditerranée à l’universel

Camus trouve ses racines en Méditerranée avec une famille maternelle originaire de Minorque, d’où elle migre au 19ème siècle pour l’Algérie. Le petit Albert naît à Mondovi (Algérie) en 1913. Epris de littérature, romancier ou novelliste, Albert Camus fut également journaliste, dramaturge, philosophe.
Comme il l’écrira plus tard, pour l’enfant qu’il était, les beautés naturelles de l’Algérie compensaient la pauvreté dans laquelle sa famille vivait. 

Ses premiers écrits (L’Envers et l’endroit, Noces, ou encore La Mort heureuse) contiennent de véritables odes à la Méditerranée, éveillant chez Camus le sens de la beauté et celui du tragique. 

Cependant qualifier l’œuvre et la pensée d’Albert Camus de « méditerranéennes », serait réducteur mais il est indubitable que l’expérience d'un certain mode de vie, a joué un rôle déterminant dans le développement de sa sensibilité. La Méditerranée a su le rendre universel et non porteur d’étendard. Le seul qu’il lèvera à jamais est celui de son humanité. Il défendit le faible contre le puissant sans jamais prôner la radicalité ni les idées toutes faites. Gourmand de la vie et du monde, il préféra toujours les êtres aux idées.

Dans L’Etranger, la mer et le soleil algérien deviennent un personnage du roman à part entière. Celui-là même qui pousse Meursault à commettre un meurtre sans raison. 
Si « L’Etranger » demeure le livre d’Albert Camus le plus traduit, il révèle également sa dimension philosophique.
Il préfigure l’inclinaison que prendra son œuvre vers le courant littéraire de l’absurde, notamment dans « Caligula » et « Le Malentendu ».

La Grèce joue un rôle prépondérant dans la construction de l’œuvre de Camus, chaque cycle de cette dernière étant incarné par un grand mythe grec (Sisyphe, Prométhée, Némésis).

Dans L’Homme révolté, Albert Camus dénonce une Europe qui a tourné le dos à la Méditerranée et finit son essai sur la pensée de midi, une pensée solaire héritée des Grecs et de Nietzsche. De son écriture claire, simple mais aux angles de lecture multiples et souvent philosophiques, Albert Camus a toujours refusé le carcan français qui consiste à placer les personnes dans des cases, digne héritage de « l’étiquette » des siècles de monarchie. 

Lorsque ses obligations parisiennes le lui permettent, Albert Camus séjourne en Grèce, en Italie, en Provence. 
Amoureux de la vie, cet « étranger », viscéralement ancré dans le sud, a également ouvert la voie du courant littéraire de l’absurde. Son prix Nobel lui offrit une reconnaissance internationale et lui donna les moyens de s’installer à Lourmarin en achetant la maison où il voulait écrire et vivre.

Pour autant, il n’oubliera jamais ses origines et lors de son Prix Nobel de littérature en 1957, il remercie son instituteur : Monsieur GERMAIN.

Ce texte est toujours enseigné dans certaines écoles. Une démarche suffisamment rare de la part d’un homme de sa dimension pour nous dévoiler son humanité et nous révéler ses opinions !

 Grâce aux subsides que lui apporte le Prix Nobel, l’année d’après, en 1958, il achète une maison à Lourmarin, dont il ne profitera que quelques mois. Le 4 janvier, un accident de voiture le fauche à 46 ans. 

Lourmarin accueille sa dernière demeure et nous demeurons inconsolables ! 

Béatrice MICHEL

Remerciements :
Un grand merci à Alexandre ALAJBEGOVIC, commissaire de l’Année Giono 2021-2022.

L’exposition “Camus, méditerranéen” et toutes les manifestations liées à cette Année Albert Camus, n’auraient pu être possibles sans la Succession Camus. Particulièrement, la fille de l’écrivain, Catherine Camus. Elle gère l’œuvre de son père depuis plus de 40 ans. Nous lui devons notamment l’édition du roman inachevé « Premier homme » (Editions Gallimard, 1994) et la parution de la correspondance entre son père et Maria Casarès (Gallimard, 2017). 

Un grand merci de leurs collaborations !

Remerciements :
Un grand merci à Alexandre ALAJBEGOVIC, commissaire de l’Année Giono 2021-2022.