famille Camus
Famille Camus

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Albert Camus et le football !

Le lien indéfectible entre Camus et le football a été contracté dès son enfance à Alger. De discrètes allusions parcellent son œuvre, mais il s’exprimait plus aisément sur sa passion du ballon rond dans sa vie d’homme, la décrivant comme une des composantes essentielles de son parcours de vie.

La découverte du football

La lecture des carnets d’Albert Camus permet de comprendre l’homme et sa traversée dans le monde. Il y confie à la postérité ses souvenirs d’enfance et nous révèle tout particulièrement ce que le football a apporté à sa construction d’homme.

Orphelin de père alors qu’il atteint à peine sa première année d’existence, le petit Albert grandit dans le quartier pauvre de Belcourt à Alger. C’est là, à l’école primaire, que le jeune Albert découvre les joies du football. Sa misère était telle que sa grand-mère veillait scrupuleusement à ce qu’il n’use pas les semelles de ses chaussures en jouant au foot. À l’âge de 13 ans, il devient le gardien de but de l’Association Sportive de Montpensier avant d’intégrer l’équipe junior du Racing Universitaire d’Alger (RUA). Il excelle dans ce rôle de gardien de but et les journaux de l’époque soulignent ses exploits. Malheureusement, le rêve qu’il caressait de devenir footballeur professionnel se brise lorsqu’il apprend, à l’âge de 17 ans, qu’il est atteint de la tuberculose, maladie mortelle à l’époque.

Une passion du foot sa vie durant

Malgré un renoncement au foot forcé par le destin, Albert Camus conservera une passion pour le ballon rond tout au long de son existence. Dans tous ses grands romans, L’Etranger, La Peste, La Chute ou le Premier Homme, des références à ce sport apparaissent. Le football et le poste de gardien de but qu’il occupa sera une des composantes fondatrices de la personnalité d’Albert Camus. Le plaçant à la fois dans l’équipe et seul dans sa cage, il y trouvera l’équilibre nécessaire à sa vie d’écrivain et d’artiste. Il en gardera le goût du travail collectif et de l’esprit d’équipe dans les activités théâtrales et journalistiques qui seront les siennes par la suite. Entre solitude indispensable à la création et besoin impérieux de faire partie du monde, de son temps et de ses contemporains, ce positionnement restera le sien sa vie durant.

Fidèle à son club le RUA (Racing Universitaire d’Alger) , c’est depuis le Parc des Princes qu’il commente l’obtention de son Prix Nobel de Littérature : « Je vais voir les matches du Racing Club de Paris, dont j’ai fait mon favori, uniquement parce qu’il porte le même maillot que le RUA, cerclé de bleu et de blanc. » Il affirmera également : « Car, après beaucoup d’années où le monde m’a offert beaucoup de spectacles, ce que finalement je sais sur la morale et les obligations des hommes, c’est au sport que je le dois, c’est au RUA que je l’ai appris. »

La leçon de vie du football

« C’est dans les buts qu’il a appris que le ballon n’arrivait jamais là où l’on l’attendait ». Il confiera plus tard que cette perception lui a été très utile pour évoluer dans un milieu intellectuel parisien où il s’opposa de façon virulente à d’autres intellectuels dont Jean-Paul Sartre. Pour Albert Camus, le football fait office d’une école de la vie que compléta celle de la république. Il remerciera plus tard les deux écoles lors du discours d’acceptation de son prix Nobel en 1957 où il donne sa vision de l’artiste : « seul dans la création et pourtant membre à part entière de la communauté des hommes ». Ses bases ont participé à la construction de l’homme qu’il allait devenir : libre et engagé au côté de ses frères d’humanité.

« Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. »

Albert Camus

Extrait du Discours d'acceptation du prix Nobel, Stockholm, 10 décembre 1957, éditions Gallimard, coll. La Pléiade.