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Assises de lutte contre les violences faites aux femmes : tous engagés en région Sud !

Attaques sexistes, emprise psychologique, agressions de rue, féminicides : les violences exercées sur les femmes chaque jour demeurent un fléau qui ronge notre société tout entière. Des voix s’élèvent pour le dénoncer et le combattre. Elles ont fortement résonné lors des assises de lutte contre les violences faites aux femmes, organisées à l’Hôtel de Région, jeudi 25 novembre. Retour sur cette journée de mobilisation.

La Région s’engage fermement dans la lutte contre les violences faites aux femmes, quelle qu’en soit la forme : physiques ou psychologiques, dans la sphère privée comme publique, dans la rue comme sur Internet, des plus banales aux plus meurtrières. Déclarée « grande cause régionale », les assises de lutte contre les violences faites aux femmes ont été l’occasion d’interpeler, d’informer, de sensibiliser mais aussi de poser les bases pour combattre collectivement ce phénomène. Associations, élus, police, artistes et acteurs culturels, justice, entreprises, monde du sport : c’est toute une région qui se mobilise. Tour d’horizon des prises de parole qui ont rythmé cette journée.

« Même si on hésite à partir parce qu’on a peur, rien ne vaut la liberté. »

Madame C.,
Victime de violences qui a souhaité témoigner anonymement. Emmanuelle Rastoin, Présidente de l’association Solidarité femmes 13, a porté sa voix.

« Automne 2015, je vis avec mon mari, nous avons parfois des disputes. Je décide d’aller voir une assistante sociale. Au fil de nos entretiens, elle me conseille d’appeler Solidarité femmes 13. Mais pour moi, c’était pour les femmes battues. Certes, il y avait des coups de temps mais moi, je n’étais pas une femme battue. Je ne suis plus retournée voir l’assistante sociale.

Les violences étaient pourtant présentes dès le début de notre relation. Après les coups, il revenait toujours et s’excusait. Avant lui, je n’avais jamais connu la violence. Lui il me racontait que son père était violent envers sa mère, qu’il l’avait vécu toute son enfance. J’avais de la peine pour lui, je lui trouvais des excuses. J’avais espoir qu’avec le temps ça aille mieux. Je me répétais : « je me suis mariée avec lui et ça n’est pas pour divorcer ». A cause de la tension et des coups sur le visage, j’ai eu des nodules au niveau de la mâchoire. Les douleurs musculaires étaient terribles. Je n’arrivais plus à porter mes enfants. Quand je l’entendais rentrer du travail la peur redoublait.

Environ un an après mon rendez-vous avec l’assistante sociale, j’ai dû aller à l’hôpital en urgence. Le médecin urgentiste m’a dit de porter plainte. J’étais enceinte d’un mois, j’ai fait une fausse couche dans la nuit. Le médecin légiste m’a conseillé de contacter Solidarité femmes 13. Cette fois-ci j’ai appelé. Ma mère est venue me voir avec ma fille. Nous ne sommes plus jamais rentrées à la maison. Les services sociaux m’ont trouvé une place dans un foyer où je suis restée une année avant de trouver un logement. J’ai aussi porté plainte, mais ça n’a pas abouti. J’ai demandé le divorce. Au total je suis restée 15 ans avec mon ex-conjoint. Chaque fois que le vois, je repars en arrière, j’ai des images qui reviennent. Ce que je voudrais dire ici, c’est que même si on hésite à partir parce qu’on a peur et qu’on a des enfants en charge, rien ne vaut la liberté. »

Plus d’informations sur Solidarité femmes 13

« Aujourd’hui, le monde du sport et l’ensemble de ses acteurs se mobilisent »

Myriam BAVEREL,
Médaillée olympique de Taekwendo et conseillère technique de la fédération de Taekwendo.

« Longtemps, le monde du sport a pensé qu’il n’était pas concerné par cet enjeu parce que, dans le sport, les valeurs de solidarité, de partage, de respect sont très ancrées. Evidemment nous sommes concernés, que ce soient les pratiquants dans un club ou à très haut niveau, mais aussi les membres de l’encadrement ou les bénévoles. Aujourd’hui, le monde du sport et l’ensemble de ses acteurs se mobilisent. Nos champions sont les porte-voix de cette mobilisation. Les réponses passent évidemment par l’éducation de nos encadrants, mais aussi par la libération de la parole et la féminisation des instances. Aujourd’hui, je m’engage en tant que championne de sport de combat, mais aussi en tant que femme et victime, pour qu’on arrive à enrayer le phénomène. Nous sommes victimes mais aussi celles qui peuvent faire changer les choses. »

« Ce que l’on trouve en entreprise est le reflet de ce qui se passe dans la société »

Frédéric BALBI,
DRH ArcelorMittal

« La prise de conscience est récente en entreprise. Le groupe Arcelor Mittal a pris conscience que ce que l’on trouve en entreprise est le reflet de ce qui se passe dans la société. Chez Arcelor Mittal, nous tenons à ce que les femmes que nous accueillons se sentent respectées et écoutées, sur un même pied d’égalité que les hommes. Depuis plusieurs années, nous avons déployé un dispositif de soin et d’écoute avec un médecin, un psychologue, une assistante sociale. Mais il y a également six personnes au sein des sites, qui ont pour mission d’être des vecteurs de remontées d’informations parce qu’on sait que la libération de la parole est complexe. On est dans un environnement assez conservateur pour ne pas dire archaïque. On sait que certains agissements sont de la violence, alors qu’ils n’étaient pas considérés comme telle il y a encore quelques années. Aujourd’hui, on affirme de manière très claire le fait que ces choses-là ne sont pas acceptables chez nous et qu’elles seront punies. »

 « Aller vers une sortie définitive et rapide du cycle infernal des violences »

Nathalie ROCAILLEUX,
Directrice de l’association AFL transition qui a créé la maison « Françoise Giroud » à la Seyne-sur-Mer.

« Avec la maison des femmes, on vise un objectif : que les victimes aillent vers une sortie définitive et rapide du cycle infernal des violences. On a mis en place des outils pour une prise en charge à la fois globale et spécialisée. Au sein de la structure, une équipe professionnelle pluridisciplinaire va évaluer la situation et le contexte des violences. On va alors pouvoir définir le meilleur accompagnement pour la prise en charge médicale, le dépôt de plainte, la mise à l’abri d’urgence. En tant que citoyenne, je pense qu’il est indispensable de lutter contre les schémas patriarcaux toxiques qui persistent, par de la prévention notamment au sein des familles et des actions éducatives dès le plus jeune âge. Et là, on va réellement transformer la société. »

Plus d’informations sur la Maison « Françoise Giroud »

« En ciblant les jeunes, on participe à l’évolution des mentalités et des comportements »

Quentin MATTON,
directeur de l’association G addiction Jeunesse citoyenne, qui porte le dispositif de village itinérant sur les violences et cyber-violences.

 

« Nous avons créé un village itinérant de lutte contre les violences et de prévention par lequel on cherche à déconstruire les stéréotypes qui sont le terreau du sexisme et des violences. Ce village s’est déployé dans certains lycées de la région, en direction des jeunes. Avec tous les lycées du territoire, on a là un formidable levier pour avancer. Notre parti pris c’est qu’en ciblant les jeunes, on participe à l’évolution des mentalités et des comportements. Pour que ce soit efficace, il faut décloisonner, fédérer les énergies des professionnels de santé, de la police, des pompiers, des associatifs, mais aussi de nombreux jeunes qui souhaitent s’engager. Il faut aussi innover sans cesse pour trouver des formats de sensibilisation qui vont réellement impacter les jeunes, notamment sur les enjeux de cyber-harcèlement. »

« Il y aura zéro tolérance pour les violences qui seront exercées sur les habitantes de notre région »

Renaud Muselier,
Président de la Région Sud.

 « Cette lutte contre les violences faites aux femmes, je suis très fier de la porter en tant que Président de Région, que mari, que père de famille et que médecin. […] A toutes ces femmes, je veux dire qu’en région Sud, il y aura zéro tolérance pour les violences qui seront exercées sur les habitantes de notre région, zéro violence et zéro silence. Ensemble nous disons STOP aux violences faites aux femmes. […] Nous allons construire, avec vous, un plan d’actions. Avec vous, nous allons construire un plan d’actions et y consacrer 10 millions d’euros sur la durée de notre mandat. Notre démarche est claire. Ces Assises Régionales sont l’acte fondateur de notre démarche, avec tous les partenaires régionaux concernés et impliqués. La lutte contre les violences faites aux femmes est notre grande cause, c’est-à-dire la priorité de notre mandat. »

« Le chemin est long, mais il n’y a aucun combat qu’on ne saurait gagner »

Sabrina Agresti-Roubache,
Conseillère régionale en charge des grandes causes régionales, lutte contre les violences faites aux femmes, lutte contre le harcèlement scolaire.

« En tant que productrice, j’ai été très touchée par les combats menés dans le cinéma avec le mouvement #MeToo. Mais on se rend compte que quel que soit le secteur, ça arrive et qu’aucun n’est épargné. Les femmes n’ont de safe-zone nulle part. S’emparer de ce sujet politiquement est un signal très fort. On parle de l’avenir, de celui de notre société et de nos enfants. Le chemin est long, mais il n’y a aucun combat qu’on ne saurait gagner. Les femmes ont très souvent la charge des enfants, il faut donc travailler de manière globale, en faisant en sorte que les femmes et les enfants soient mis à l’abri. Même si le combat n’est pas gagné, on va vers le mieux. On a 7 ans pour agir avec vous, acteurs de terrain. »