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JP Garufi
Environnement |

"Birds for change" : lorsque les oiseaux montrent l'exemple

La start up marseillaise « Birds for change », lauréate du prix #10000 startups pour changer le monde dans la catégorie Start de la #RégionSud représente le Sud lors de la grande finale à Paris le 15 mars face aux vainqueurs issus des autres lauréats régionaux.

De quoi s’agit-il ?

La start-up marseillaise a mis au point un nouveau type de ramassage de déchets. Son principe : éduquer des corvidés – pies, corneilles, corbeaux ou geais – à ramasser des déchets humains.

Les deux fondateurs de la start’up, deux jeunes hommes tout juste diplômés de l’ICAM et de l’EDHEC, Jules Mollaret et Thibault Cour sont confrontés comme nous tous au confinement. En observant leur environnement, le constat des incivilités est vite fait. Ils se mettent au travail afin de trouver des solutions.

Leur constat

En termes de déchets, les deux amis constatent qu’il n’y a pas de quoi pavoiser pour le genre humain. A tous niveaux, des particuliers aux entreprises il est grand temps de mettre un terme définitif aux incivilités. Uneprise de conscience massive et collective relève de l’urgence pour eux :

Urgence face aux constats alarmants :

  • 5 000 milliards de morceaux de plastique flottent déjà dans nos océans...
  • 137 000 mégots sont jetés chaque seconde dans le monde...
  • 1 français sur 3 jette ses déchets par la fenêtre de sa voiture...
  • En 2050, on trouvera plus de plastique dans les océans que de poissons...

Et urgence climatique qui impose de trouver des solutions à grande échelle.

Mais comment changer les choses et éduquer à des comportements responsables en premier lieu. Eveiller une conscience commune sur la place de l’homme en tant qu’élément constituant de la nature et non le centre de tout.

Leur histoire

Phase d’observation

Nos deux entrepreneurs tombent sur une étude scientifique qui présente le corbeau comme ayant des capacités cognitives insoupçonnées jusque-là. Ainsi, en 2017, des chercheurs de l’université de Lund (Suède) ont démontré que le corvidé était capable, à l’instar du chimpanzé, d’anticiper et d’utiliser des outils pour se nourrir. Espèces très intelligentes et compatibles à la présence de l’homme, les corvidés attirent toute leur attention.

Par ailleurs, ils prennent connaissance des travaux de Christophe Gaborit, responsable de l'élevage à la fauconnerie du Puy du Fou, a réussi à dresser des corbeaux pour ramasser les mégots de cigarettes qui jonchent le parking du parc d’attraction. Ce fauconnier professionnel depuis 1993, décide d’éduquer et d’élever personnellement deux corbeaux freux pour ramasser les détritus. Ce sont de gros passereau pesant 400 à 500 g, d’une envergure d’environ 80 cm, peut vivre 20 ans. Puis, il développe l’idée, à la suite d’une rencontre avec un magicien et de sa boite magique (La boite de Skinner) en adaptant le dispositif. Le corbeau dépose le déchet dans une fente, puis l’homme tirant sur une planche fait apparaître des graines en récompense ! À force de répétition, les deux corbeaux ont fini par associer nettoyage et nourriture, un « apprentissage conditionnel ».

Naissance de Birds for change

Nos deux créateurs tiennent leur idée. En 2020, la start-up marseillaise est en œuvre sur des solutions pour lutter contre la prolifération des déchets et sur la réhabilitation de ces oiseaux au cœur des villes.  Actuellement considérés comme nuisibles, plus de 4 millions de corvidés sont abattus par les municipalités. Démontrer leur utilité stoppera ce massacre et constitue l’autre part de la start-up.

Leur postulat

Miser sur l'intelligence des corvidés pour sensibiliser les hommes à grande échelle à la pollution de l’environnement par les micro-déchets. Ainsi, pies, corbeaux, geais et autres corneilles pourraient être des alliés efficaces.

Le plus de la start up : confectionner une poubelle intelligente dans laquelle des oiseaux viendraient déposer des déchets contre une récompense afin d’assainir les lieux les plus difficiles d’accès.  

Pour prendre soin de leurs nouvelles recrues, ils créent un comité scientifique

Composé de deux spécialistes des oiseaux : Valérie Dufour, une éthologue qui travaille au CNRS et à l’INRAE. Elle étudie le comportement des corvidés et Frédéric Jiguet, chercheur au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, en charge, au sein de la start-up d’étudier et préserver la santé des animaux. Car le système de récompenses ne devra pas devenir leur principale source d’alimentation.

L’intelligence artificielle alliée à celle des oiseaux

Une poubelle intelligente analyse par une caméra les détritus qui passent dans un entonnoir et arrivent dans une boîte où ils sont analysés. Une fois l’analyse faite, le déchet tombe dans un réservoir. L’oiseau échange ces déchets contre de la nourriture via des machines dédiées et autonomes.

Ces oiseaux, familiers de nos villes et villages, sont constamment en contact avec les déchets humains. Ils savent déjà faire le tri, mangeant seulement ce qui est comestible et utilisant, comme dans le jardinage, les mégots comme insecticides dans leurs nids. Les corvidés connaissent les plastiques et les mégots, ils les manipulent avec leur bec comme d’une pince. Ils pourraient donc, sans danger pour eux, contribuer au fait que ces déchets ne se perdent pas dans l’eau ou dans la nature. Toutefois, les deux scientifiques resteront vigilants quant à une éventuelle toxicité pour les oiseaux.

Le projet final, défendu à Paris, le 15 mars

  • Collecter les déchets présents dans la nature et dans les villes

Birds For Change a pour ambition de s’implanter partout où le besoin existe

  • Former les oiseaux sauvages, défendant ainsi leur extermination

Grâce à un procédé inspiré de la Boîte de Skinner, créée dans les années 30. En environ 4 mois, l'oiseau assimile une récompense au fait de collecter un objet non naturel.

  • Des prototypes, fabriqués au FabLab de L’ICAM Lille sont prêts, installés dans une volière, au CNRS de Strasbourg. Valérie Dufour y observe le comportement des oiseaux. Un autre sera prochainement installé au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Celui-là sera destiné à l’observation des impacts sur la santé des oiseaux.

En collaborant avec ces oiseaux, Birds For Change a pour mission d’éduquer l’humain sur ses incivilités en créant un électrochoc dans les consciences. Un vrai challenge !

 

Sources : www.birdsforchange.fr
La Croix/RTBF.be/Environnement