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Il faut sauver les tortues d’Hermann

Un an après l’incendie hors normes des 16 et 17 août 2021 qui a ravagé le massif des Maures, les tortues d’Hermann sont toujours en sursis. Grâce à l’action menée par la Station d’observation et de protection des tortues et de leurs milieux (SOPTOM), les tortues se réapproprient peu à peu leur habitat dans le massif varois. Cependant l’espèce reste menacée par la répétition des incendies et la sécheresse.

Les 16 et 17 août 2021, 8 000 hectares de forêt méditerranéenne partaient en fumée lors d’un violent incendie dans la plaine et le massif des Maures dans le Var. Ce site protégé est un point chaud de la biodiversité notamment la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures qui abrite la plus importante population de tortues d’Hermann de France métropolitaine.

391 tortues retrouvées après l'incendie

Dès le lendemain de l'incendie, une action de sauvetage a été mise en œuvre durant trois semaines. La Station d’observation et de protection des tortues et de leurs milieux (SOPTOM) et ses partenaires ont poursuivi cette opération jusqu’à l’hibernation des tortues. 391 tortues ont été retrouvées dont 251 vivantes. Des tortues blessées ont été soignées au Centre de soins de Carnoules de la SOPTOM, en partie financé par la Région Sud. « Les tortues vivantes ont été hydratées dans une bassine d’eau puis relâchées. Les 30 tortues brûlées ont pu être soignées. Certaines tortues ont été relâchées avec un émetteur nous permettant de les suivre au jour le jour », indique Sébastien Caron, le responsable conservation et sciences à la SOPTOM.  Le feu n’a pas changé leurs habitudes. Sédentaires, les tortues ont réussi à retrouver de la nourriture même dans les zones calcinées.

La tortue d'Hermann est la principale espèce touchée par cet incendie et celle qui se rétablit le moins rapidement. Près de 90 % des individus semblent avoir péri dans le massif, environ 60 % ont survécu dans la plaine.

La tortue d’Hermann occupait historiquement l’ensemble de la région méditerranéenne française. Au 19ème  siècle, elle n’était plus présente qu’en Provence et en Roussillon. En Provence, l’espèce occupe uniquement le sud et le centre du département du Var. « Les tortues sont menacées d’extinction, précise Sébastien Caron. Les trois causes principales sont les pertes irréversibles d’habitats liées à l’activité humaine, la dégradation de la qualité des habitats en lien avec les incendies de forêt et les pratiques agricoles et forestières défavorables. » D’autres menaces participent à sa disparition comme les prélèvements illégaux et l’introduction de tortues exotiques porteuses de maladies.

Les tortues terrestres font partie des espèces les plus menacées à l’échelle mondiale. La tortue d’Hermann est classée en tant que « quasi-menacée » au niveau mondial et « vulnérable » en France. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur abrite près de 63% des espèces d’amphibiens et de reptiles que compte la France métropolitaine. 21% des espèces d’amphibiens et de reptiles sont menacées de disparition. 

La mobilisation pour la survie des tortues d’Hermann se poursuit . Un combat qui s’inscrit dans la durée. « Il faudrait laisser la nature tranquille pendant 30 ans au moins afin que les populations de tortues se reconstituent, précise Sébastien Caron. Et surtout éviter de nouveaux incendies qui seraient catastrophiques pour l’avenir de l’espèce. »

Des tortues relâchées dans la nature

Afin de donner un coup de pouce à la nature, des « translocations conservatoires » de tortues ont également été organisées. Des tortues nées en captivité sont relâchées dans des zones très précises afin de renforcer les populations. Mais introduire des individus issus de captivité et restaurer une population n’est pas une mince affaire. Ce projet est le fruit de plus de 15 années d’études scientifiques, de retours d'expériences et de très nombreuses concertations. Dans ce cadre, 97 tortues d'Hermann, âgées de 4 à 11 ans, ont été relâchées au printemps dernier. 47 d'entre elles sont équipées d'un émetteur afin d'être suivi quotidiennement.

5 millions d'arbres plantés en Région Sud !

Le dispositif 5 millions d’arbres plantés en Région Sud d’ici 2021, proposé dans le cadre du Plan Climat, participe à cette reconstruction. Originairement mis au point afin d’atténuer les effets néfastes du changement climatique, il peut s’inscrire dans une cohérence de vision régionale de préservation des ressources naturelles et de lutte contre les gaz à effet de serre. La politique forestière est bel et bien un enjeu de premier plan auquel la Région consacre chaque année 7,5 million d’euros. Via le fond RESPIR , de nombreux projets ont vu le jour pour préserver les forêts. Il a ainsi permis le financement par la CMA CGM, à hauteur de 1 million d’euros, du plan de reconstitution du Massif des Maures.

En savoir plus sur ce dispositif