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La Région Sud s’engage au côté de ses Festivals, celui de Marseille en révèle toutes les saveurs !

Le Sacre de Stravinsky sous la direction de trois chorégraphes qui mettent en scène 300 danseurs sur une scène de 40 mètres de diamètre…

Curieux ? cap vers les coulisses de ce spectacle proposé les 15 et 16 juin à Marseille, au Parc Borely.

Rencontre avec un des chorégraphes, Samir M’Kirech et l’équipe marseillaise.

Pourquoi avoir pensé au Sacre et de cette manière ?

L’inspiration émane d’Alain Platel, le chorégraphe et metteur en scène belge qui a toujours laissé un large champ de liberté aux interprètes. Sur ce Sacre, c’est le même principe. Le Festival a lancé un appel d’offre et 19 structures ont répondu présentes. De l’école primaire au club de quartier en passant par des compagnies professionnelles, au total ce sont 300 danseurs âgés de 7 à 85 ans. 

La liberté de création, insufflé par Alain Platel a été offerte aux 19 groupes qui répètent depuis 6 mois. 300 personnes ont travaillé et se sont accordés sous la direction de trois chorégraphes sur le morceau du Sacre du Printemps. C’est une initiative folle et humaine et nous, chorégraphes, nous nous positionnons en coordinateurs des propositions de ces artistes. C’est l’esprit même du Festival que de travailler in situ avec les ressources et les talents locaux. Tous issus d’univers très éclectiques : flamenco, hip-hop, modern-jazz, classique, danse urbaine ou afro-brésilienne ou encore tango...

Comment organise-t-on les répétitions d’un tel spectacle ? 

Samir M’Kirech : Chaque groupe répète de son côté avec pour seule consigne : la partition de Stravinsky dirigée par Teodor Currentzis, dont la rythmique est plus percutante. Chaque groupe créé sa propre chorégraphie, avec sa propre identité. Il n’y a aucun challenge de réussite, uniquement le plaisir de la création et de la danse.

Répéter séparément implique de rester à l’écoute, de s’adapter aux autres, car tous les groupes seront sur scène en même temps et devront parfois interagir. La condition pour un spectacle réussi est l’adaptabilité, la même demandée aux pros dans l’exercice de leur métier. À 300 sur scène, il faut redéfinir les espaces, car ces 19 créations sont assemblées pour composer un grand ensemble chorégraphique, un « giga » Sacre du Printemps.

Trois chorégraphes, quel est le mode d’emploi ?

Samir M’Kirech : Chacun supervise plusieurs groupes et apporte sa vision et son approche du travail. Trois chorégraphes, c’est un défi mais aussi une grande richesse. Nous sommes juste là pour délimiter des espaces et donner une visibilité optimale au spectacle. Comme je le disais, notre rôle consiste à coordonner les groupes car en réalité, ce sont eux, les chorégraphes : les 19 coachs. Leur travail et leur implication sont formidables et notre rôle n’est certainement pas de nous immiscer dans leur perception ou leurs inspirations. Ce projet démesuré est à la fois un stress et un défi pour les groupes comme pour nous, qui en avons la responsabilité.

Il y a eu des week-ends de travail où mon rôle s’est résumé à être ébloui par l’inventivité des groupes, mais je me devais de les prévenir que l’espace dont ils disposeraient au moment du spectacle serait plus concis. D’une manière plus globale, ça a été une découverte et une rencontre avec certaines formes de danses. Certains, comme le flamenco, sont déjà professionnels en ce qui concerne l’adaptabilité à l’espace. 

Au final, quel spectacle est offert les 15 et 16 juin au Parc Borély de Marseille ? 

Nous devons rendre visible le travail de 19 groupes sur une scène ronde immense d’un diamètre de 40 mètres, avec un totem central qui diffuse le Sacre. Si le public voit le maximum de groupes, notre travail aura atteint son but. Mais nous pensons que l’énergie dégagée par l’engagement de chacun des 300 danseurs, quel que soit son parcours, restera un spectacle unique, généreux et saisissant et représente à mon sens la véritable célébration de la danse. 

Au Parc Borély, samedi 15 juin et dimanche 16 juin Entrée gratuite, à réserver dans la limite des places disponibles.

Les grands festivals s’essoufflent parfois : celui de Marseille, qui se déroule du 14 juin au 6 juillet, nous réveille et se lance des challenges insoupçonnés. C’est une des raisons de sa longévité, de son succès et de l’attachement qu’il suscite. Le festival de Marseille travaille in situ avec de vraies gens de tous horizons, sans fard.

Un autre Festival est possible : inspiré par sa ville, à la fois européen et méditerranéen, résolument cosmopolite et émancipateur, au sens artistique et citoyen. Nous souhaitons un dialogue avec les différents publics, à l’image de Marseille. L’édition 2019 s’intéresse à des artistes qui créent dans la durée et en proximité. Les questions culturelles, citoyennes et écologiques sont placées au centre. À mille lieues du « bashing », nous prônons l’engagement et l’amour. Bienvenue dans un Festival qui invite le monde à venir danser à Marseille, qui fait danser Marseille. Un Festival qui, durant trois semaines, offre un temps d’échange, de partage, crée des liens et des connexions.

Jan GOOSSENS
directeur du Festival de Marseille

Samir M’Kirech a débuté par le football et le breakdance. Il a dansé trois ans dans la compagnie Martha Graham 2 et a travaillé avec Blanca Li, Laura Lamy et Tristan Robillard.

Isabelle Cavoit, formée en danse classique et contemporaine, elle arrive à Marseille en 1986. Entre Marseille et Moscou, elle encadre des ateliers pour jeunes atteints de troubles autistiques et continue un partenariat avec KLAP.

Yendi Nammour débute à Vienne en danse contemporaine et rejoint à Marseille où son goût pour la danse-théâtre s’affirme. Avec Michel Kelemenis (KLAP), elle s’engage pour le projet de recherche en arts vivants : « L’L ».