Sébastien Verdiere

Tourisme |

Vivre en Région Sud : le village des Mées retrouve la majesté de ses Pénitents

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un amas de roches sédimentaires a fait naître une légende. Connue sous le patronyme de pénitents pétrifiés, cette curiosité géologique est un joyau régional au cœur d’une bourgade au riche passé historique et aux ressources naturelles entre Alpes et Provence.

L’an dernier, s’effondrait un bloc de plusieurs tonnes d’un des pénitents, ce printemps marque la renaissance du magnifique village des Mées qui reprend son destin en main.

Le 2 décembre 2019 au cours des inondations qui ont touché la région, un rocher des Pénitents des Mées s’effondrait, détruisant 3 maisons, endommageant deux autres mais fort heureusement sans faire aucune victime, sauf deux blessés légers. La sécurisation du site par le dynamitage de la partie du rocher restante initialement prévue fin mars 2020, a dû être repoussé. L’opération a pu avoir lieu le 27 mai 2020. Les familles relogées depuis décembre (une trentaine de personne) vont enfin pouvoir envisager l’avenir avec le soutien de la mairie. Des expertises officielles ont conclu que l’état des autres « pénitents » n’étaient en aucune manière menaçant ou dangereux. Des capteurs ont toutefois été déployés par mesures préventives sur la barre rocheuse caractéristique des Mées. Un soulagement pour le village qui peut enfin respirer sous ses Pénitents, plus forts que jamais.

Vers l’an 800, le comte Raimbaud revient de croisade, auréolé de victoire. Dans son sillage, il ramène d’Orient sept des plus belles femmes prises aux Sarrasins. Son désir coupable et ses intentions peu avouables à l’endroit de ses femmes, le place sous la menace d’excommunication de l’Eglise. Il se résout donc à relâcher ses prisonnières afin de les placer dans un monastère situé dans le pays d’Arles. Un transfert sous haute surveillance où des moines de la montagne de Lure furent chargés de former une longue haie pour protéger les belles infidèles jusqu’à la Durance, où une embarcation les attendait pour le départ. Les moines portaient de vastes capuchons rabattus sur leur visage, histoire de ne pas succomber aux charmes des belles … Mais le diable s’en mêla et fit souffler un tel mistral que les capuchons se soulevèrent au passage des belles Sarrasines, offrant l’occasion aux moines de se délecter du spectacle. Aussitôt, le châtiment fut exemplaire : la foudre frappa immédiatement les religieux et les pétrifia, les transformant en long cortège figé pour toujours dans la roche.

Depuis 3 millions d’années, le plateau de Valensole est soumis à l’érosion, avec pour résultat les spectaculaires pénitents des Mées juste au-dessus de la vallée de la Durance. Le massif de pierres fuselées derrière le village des Mées est issu de l’érosion de la puissante formation des Poudingues de Valensole, issu des matériaux transportés dans les rivières depuis les Alpes sous forme de galets. L’importance du dépôt dans le secteur de Valensole est liée au bassin formé par le jeu de la fameuse faille de moyenne Durance. Le dépôt de galet s’est consolidé par cimentation créant un poudingue. Cet impressionnant massif de pierre dont l’apparence évoque une procession de pénitents encapuchonnés se dresse, sculpté par l’érosion, cimenté par les millénaires, il s’élève à cent mètres de haut et domine la Durance sur plus deux kilomètres. Ce substrat est appelé la "formation de Valensole", formé par une accumulation de débris sub-alpins au cours de la fin du Miocène et du Pliocène, épais de plusieurs centaines de mètres.

Un sentier permet de traverser cette barre rocheuse. Il rejoint celui des crêtes qui part du village et longe par le haut cet ensemble. On trouve, deux grottes d'accès facile. Ce sont : la Grotte des Loups et la Grotte du Magicien, ainsi qu'une cavité à l'accès extrêmement difficile, dans laquelle se trouvent deux poutres entrecroisées appelée "La Croix", dont l'âge et l'origine sont inconnus.

 

A voir et à savoir : une histoire riche et rebelle

Les origines du village et du site des Mées restent mystérieuses, pourtant l’archéologie a mis à jour des restes romains sous les fondations de l’église primitive de Saint Roch, ce qui en fait un site de passage identifié, notamment pour sa proximité avec la Durance.

C’est au Moyen Âge que le site apparait sur des documents, des chartes du XIe siècle émanant de l’Abbaye de Saint Victor de Marseille, notamment, qui y possédait un prieuré, celui de Saint Antoine. A cette époque la ville était protégée par un rempart dont subsiste encore quelques portes. (porte St-Christol, porte Baudouine, porte Bertrand de Bras). C’est à cette même période que le canal du Moulin est creusé (XIIe siècle) qui permettra l’irrigation de la plaine. Des moulins, des fours et des bacs de traverse de la Durance se mettent en place. Ils seront rachetés entre le XVIe et XVIIe siècle par le village.

Un village libre

Tenté par le protestantisme, puis par l’insurrection au moment de la rédaction des cahiers de doléances de la Révolution française, le village a toujours combattu pour son indépendance jusqu’à défendre la jeune république face à Bonaparte.

Jusqu’à une époque récente, où ce n’est qu’en 2013, qu’elle fera partie de la communauté de communes de la Moyenne Durance et depuis début janvier 2017 de la communauté d’agglomération Provence-Alpes-Agglomération.

Traversé par la Durance, le village des Mées vous propose de parcourir un sentier à la découverte de ces drôles de géants de pierre. De ce point culminant, la vue sur la vallée de la Durance est à couper le souffle. C'est de plus l’occasion de découvrir un territoire où l’olivier règne en maître, car les Mées est la commune des Alpes de Haute Provence qui détient le plus grand nombre d’oliviers. L’huile d’olive qui y est produite est réputée pour sa grande qualité, objet de plusieurs récompenses.

A visiter :

  • L’Eglise Notre Dame de l'Olivier (XVI°).
  • Les Portes voutées médiévales.
  • Le Portail du XVI°. 
  • Le Musée de l'olivier et l’ éco-musée des pigeonniers ainsi que la Coopérative oléicole « Le Moulin des Pénitents » et le moulin Arizzi. Confiserie d'olives.