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Les mêmes règles pour toutes

La précarité menstruelle est un autre pan des inégalités dont sont victimes les femmes, particulièrement les plus jeunes. En raison de leurs difficultés financières, nombreuses sont celles qui n’ont pas les moyens d’acheter les protections périodiques dont elles ont besoin. Pour y faire face, la Région Sud lance le Plan « les mêmes règles pour toutes ».

1,7 millions de françaises sont régulièrement confrontées à la précarité menstruelle par manque de moyens. Plus largement, un tiers des femmes ont recours au système D chaque mois. C’est ce qu’a mis au jour une étude menée en 2019 par l’IFOP et l’association Dons Solidaires. Loin d’être un phénomène marginal ou d’ordre privé, la nécessité d’apporter des solutions pour un meilleur accès aux protections périodiques gagne du terrain. Que ce soit pour répondre à des manques ponctuels ou à des difficultés persistantes, les dispositifs de distribution et de prise en charge se multiplient.

Un facteur aggravant de précarité

Car l’achat de protections périodiques à un coût : on estime qu’au cours de sa vie, une femme devra consacrer entre 8000 et 23000 Euros de son budget à ce poste de dépense, qui inclut également anti-douleurs, sous-vêtements, visites médicales. Une somme bien trop élevée pour les plus vulnérables, notamment pour les plus jeunes touchées par une précarité étudiante qui explose en raison de la crise sanitaire. En effet, quand 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté en France, la charge financière supplémentaire pour l’achat de protections périodiques est un facteur aggravant de précarité. La très récente étude réalisée par un collectif d’associations auprès de 6500 étudiantes en France est édifiante : 13% des personnes interrogées déclarent avoir déjà dû choisir entre des protections et un autre bien de première nécessité, tandis qu’un tiers des sondées estiment avoir besoin d’une aide financière pour se procurer des protections.

Santé et scolarité en danger

La question des règles et de la précarité menstruelle reste taboue car encore trop souvent appréhendée comme relevant uniquement de la sphère personnelle. Heureusement, la parole se libère et révèle des impacts sanitaires et sociaux tels, qu’on commence à considérer cette forme de précarité comme un véritable problème de société.

Impacts en termes de santé publique d’abord en raison du risque gynécologique pouvant aller jusqu’à l’hospitalisation. En effet, par manque de moyens, nombreuses sont celles qui doivent improviser : une étudiante sur dix fabrique ses propres protections avec le risque de choc toxique que cela implique.A plus long terme, on sait aussi que la mauvaise prise en compte de la douleur accroit les retards de diagnostic de maladies graves telles que l’endométriose.

La précarité menstruelle est également synonyme d’absentéisme scolaire et d’exclusion sociale : une femme sur dix manquerait les cours ou le travail faute de pouvoir s’acheter des protections hygiéniques. Faire face à la précarité menstruelle, c’est donc s’atteler aussi à un enjeu de solidarité et d’égalité des chances.

Faciliter l’accès à des produits de première nécessité

Depuis quelques années, la lutte contre la précarité menstruelle commence à s’organiser. Un premier pas a été franchi grâce à un amendement voté fin 2015. En permettant de ramener le taux de TVA sur les protections périodiques de 20 à 5,5%, serviettes et tampons ont enfin été reconnus comme des produits de première nécessité.

Pour aller plus loin, de nombreuses collectivités locales commencent à proposer la distribution gratuite de produits d’hygiène intime. C’est ce que la Région Sud expérimente avec son nouveau Plan « Les mêmes règles pour toutes ». Il prévoit plusieurs dispositifs d’accès gratuit aux protections périodiques pour toutes les femmes qui en ont besoin, notamment les plus jeunes.

C’est au Lycée Ismaël Dauphin à Cavaillon, à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme le 8 mars, que le Plan a été lancé et les premiers distributeurs dévoilés. Ils vont permettre aux lycéennes d’accéder gratuitement à des serviettes et tampons en coton bio et éco-responsables. Des produits proposés par la start-up locale Périodes (https://leclubperiodes.com/). Pour les fondatrices de la jeune entreprise il a tout de suite été évident de concilier respect du corps des femmes et respect de la planète en concevant des produits sans pesticide, sans plastique et biodégradables. « On trouvait ça injuste que les femmes soient contraintes de s’empoisonner plusieurs jours par mois avec des produits toxiques ; on a donc voulu proposer des solutions saines et accessibles pour toutes », précisent les deux associées Juliette Aubert et Margaux Fougerousse. Mais leur projet ne se limite pas à la seule fabrication de protections écologiques. Pour elles, lutter contre la précarité menstruelle et les risques qui en résultent, passe par des actions de prévention et de sensibilisation qu’elles déploient au quotidien auprès des publics concernés. C’est pourquoi participer au Plan régional « Les mêmes règles pour toutes » fait particulièrement sens pour elles. L’expérimentation de distributeurs en milieu scolaire sera testée dès le mois de mai auprès de 10 lycées, ce qui représente environ 4 500 lycéennes. Elle sera ensuite généralisée à l’ensemble des établissements de la Région, si elle s’avère concluante.

« Les mêmes règles pour toutes » s’adresse également aux étudiantes qui bénéficient déjà de kits d’hygiène via les associations étudiantes et les CROUS. Plus de 10000 kits ont été distribués depuis le début de l’année dans les résidences universitaires. Tandis que dans les 80 instituts de formation sanitaires et sociales de la Région, les étudiantes, souvent éloignées des campus, auront accès à des distributeurs de protections périodiques dès le mois de septembre.

Enfin, les Plannings familiaux et les Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) sont des relais indispensables pour le déploiement de ce Plan. Chaque année, ces structures informent et orientent des milliers de femmes qui cherchent des réponses en matière de santé et de droits.

La solution des aides financières individuelles fait également son chemin. De nombreuses voix s’élèvent chez les étudiantes en faveur d’une prise en charge plus importante pour le remboursement des protections hygiéniques. C’est pourquoi la Région Sud prévoit d’élargir son Pass santé dès septembre 2021. Le Pass santé qui propose déjà aux moins de 26 ans le remboursement de contraceptifs ainsi que des consultations gynécologiques et psychologiques, permettra de bénéficier de coupons pour l’achat de protections hygiéniques en pharmacie. Ce dispositif devrait profiter à 400 000 jeunes femmes de moins de 30 ans. 

Pour en savoir plus :

Pass santé jeunes : https://www.maregionsud.fr/aides-et-appels-a-projets/detail/pass-sante-jeunes

Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF)  https://paca-fr.cidff.info/

Planning Familial : https://planning-familial-paca.org/