Franck Pennant

Agriculture-Forêt |

Opération Héliportage

Depuis plusieurs années des héliportages permettent de simplifier la vie des bergers en estives. Ces opérations se déroulent sur les départements des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes, entre mi-juin et début juillet.

Financés en partie par la Région, ces héliportages permettent d’acheminer sur les alpages dépourvus d’accès carrossables, les approvisionnements lourds nécessaires à la vie durant 3 mois dans les montagnes. (Sel pour les troupeaux, ravitaillement des bergers, équipements pastoraux divers...). Cette année, malgré la crise, les réunions de préparation ont eu lieu, entre fin mai et début juin en extérieur, pour préparer les héliportages et recenser les besoins de chacun, en tenant compte des mesures liées au COVID-19.

Le pastoralisme en Région Sud

Le pastoralisme et la transhumance ont façonné le territoire au fil des siècles, des pratiques ancestrales qui représentent un atout primordial face aux enjeux climatiques auxquels nous sommes confrontés. Le pastoralisme permet le maintien de l’emploi non délocalisable, contribue à l’entretien des paysages, et garantit des produits d’une exceptionnelle qualité (labels IGP ou AOP).

C’est pourquoi la Région Sud engage des moyens importants pour aider à sa modernisation et améliorer les conditions de travail des éleveurs en préservant notre patrimoine et sa biodiversité.

Un héliportage* comme si vous y étiez…

Pour être sûr de les rencontrer, mieux vaut arriver la veille. C’est dans une auberge que nous trouvons Benoit Esmangiaud avec ses comparses dévolus à l’hélicoptère. L’un et l’autre rejoignent chaque année Benoit pour ces indispensables héliportages au cœur de nos alpages. Les charges attendent l’hélicoptère en un point d’envol donné et les parcours sont prédéterminés par Benoit de concert avec les éleveurs tout au long de l’année et durant les réunions préparatoires.

Pour partir avec eux, le rendez-vous est à 5h45 pour le petit-déjeuner avant un départ à 6h15 pour le premier vol d’approvisionnement vers les estives (les paturages d'été en montagne). Il faut rattraper le temps perdu la veille où un orage a interrompu les vols.

Dans le champ identifié, des éleveurs, venus pour l’occasion avec des ballots à amarrer sous l’hélicoptère via les estives où une autre personne les attend, pour réceptionner le ballot et le décrocher.

Vu d'en haut, les estives sont variées, certaines propres, rangées, bien organisées, d’autres totalement en vrac avec des matelas retournés, sur place depuis l’année dernière, livrés aux éléments d’octobre à juin. Les estives sont le reflet de la diversité humaine, il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement.

Le coût annuel de l’héliportage régional s’élève à 45 000€ dont 16 000€ versés par la Région Sud, 4 000€ par la Chambre d’Agriculture et 25 000€ par les bergers concernés.

Cela représente 75 voyages en hélicoptère par jour, les charges étant de 700 à 800 tonnes.

Des points de ravitaillement sont notés durant l’appel d’offre pour ravitailler l'hélicoptère en carburant, régulièrement et de façon pratique. 

Benoit Esmangiaud, de la Chambre Régionale d’Agriculture, parcourt tous les ans 28 000 km dans les montagnes pour mettre en place ces héliportages en bonne intelligence avec les propriétaires et les bergers. Il connait tout le monde et tout le monde le respecte. Il orchestre tout au long de l’année les points d’héliportage nécessaires aux besoins recensés auprès des éleveurs (blocs de sel, croquettes pour les chiens, ravitaillement pour les bergers pour 3 mois, matériaux de reconstruction pour les cabanes d’estives)

Les aléas météo déterminent si la totalité de l’opération par département durera 3 ou 4 jours. Si un orage survient, impossible de voler, il faut donc attendre. La grande expérience de Benoit est déterminante pour la bonne marche de l’opération car les propriétaires et les bergers se sont organisés pour être présents ce jour à cet endroit. Au moindre retard, tous les autres rendez-vous sont décalés. Benoit est là pour calmer les énervements, les impatiences et rassure tout le monde, y compris l’équipage de l’hélicoptère, car il faut toujours quelqu’un sur place pour réceptionner le paquetage.

D’ailleurs l’hélicoptère sert aussi à débarrasser les estives des déchets de l’été précédent. De quoi recommencer sur une estive saine.

En effet, toutes les ordures non biodégradables sont empaquetées en fin d’estive par les bergers pour y être évacuées, car le plus souvent ces estives ne sont pas situées en zone carrossable et donc plus difficiles d’accès. 

Des anecdotes fusent lors du repas du soir, comme cette histoire amende prise par le pilote de la part d’un garde du Parc national du Mercantour car l’hélicoptère volait trop près de la zone de reproduction d’une espèce rare de vautour (le Gypaète barbu), dont il ne restait que 5 spécimens sur la zone.

De fait, une déviation a été intégrée au plan de vol. On peut protéger la nature et garder son humour ! 

NB :*le reportage a été réalisé l’année dernière, Benoit reste le référent des héliportages qui se déroulent de la même manière, malgré les masques obligatoires en raison de la crise sanitaire.

 

 

 

 

 

« Et le loup ? » …ces mots tombent sur des silences embarrassés car tout le monde en parle mais peu l’ont vu. Seules les brebis ensanglantées témoignent de la présence du prédateur. Au total 500 brebis auraient été tuées dans les Alpes aux dires des techniciens et gardes du Parc du Mercantour présents sur le terrain. En essayant de comprendre la différence entre les problèmes rencontrés en France et en Italie, les éleveurs expliquent que les troupeaux sont de moindre importance en Italie et peuvent être abrités la nuit dans des refuges prévus à cet effet. La situation n’est donc pas comparable. Néanmoins, la Région Sud finance des équipements pour protéger les troupeaux. Entre l’acquisition de chiens « patous », ou l’achat de lunettes optiques à vision thermique afin que les agents de l’ONCFS et les lieutenants de louveteries puissent effectuer des tirs nocturnes, ce soutient s'élève à 15 millions d’euros par an.