Claude Almodovar

Culture |

Prochaine réouverture de la Grotte de Sainte Marie-Madeleine

Depuis le 23 juin dernier, l’accès à la Grotte Sainte Marie-Madeleine était fermé en raison d’un risque d’éboulement. La première tranche de travaux étant terminée, ce joyau patrimonial et culturel de la Région Sud sera inauguré ce dimanche 4 avril, pour une prochaine ouverture au public.

Sanctuaire très fréquenté par les pèlerins et les touristes tout au long de l’année, la grotte de la Sainte Marie Madeleine ainsi que ses bâtiments constituent un patrimoine historique et culturel majeur du Parc naturel régional de la Sainte-Baume. Situé en contrebas d’une falaise calcaire, le site est soumis au risque naturel d’éboulement rocheux. Régulièrement entretenu, une visite en 2018, dévoile l’existence d’un risque de chute de blocs depuis les parois rocheuses situées en surplomb du chemin d'accès à la Grotte. Ce risque se trouvant sur le chemin d’accès et à l'entrée de la grotte contraint la municipalité à fermer le site en juin 2020 jusqu’à la réalisation effective de travaux de sécurisation tout en préservant l’environnement exceptionnel.

Par ailleurs, un mur et un linteau d’une des portes menaçaient de s’effondrer. Ils sont remontés à l’identique munis de dispositifs empêchant l’eau de pluie de les fragiliser une nouvelle fois.

Petit retour sur la légende des Saints de Provence

C’est au XIIIe siècle que la légende fut rédigée par Jacques de Voragine. Ainsi naquit la légende dorée relatant que quatorze ans après l'Ascension, Marie Madeleine fut expulsée de Palestine avec plusieurs disciples lors des premières persécutions contre les chrétiens par Hérode. Condamnés à prendre place sur une barque sans voile avec Lazare, le ressuscité, Marie Jacobé, Marie Salomé, Sidoine, Maximin, Marie-Madeleine et sa sœur Marthe échouent sur un rivage qui porte désormais leurs noms : Les Saintes-Maries-de-la-Mer.  De là, Madeleine gagna Marseille où elle prêcha avec Lazare et Maximin. Puis, son devoir accompli, elle décide de se retirer dans le recueillement et la prière. Tandis que Maximin rejoint la ville qui porte aujourd’hui son nom, elle suit le cours de l'Huveaune et gravit le massif de la Sainte Baume. Elle s’arrête dans une grotte fort humide où l'eau suinte continuellement, sauf au-dessus d'un petit tertre qui reste au sec. C'est dans cet abri précaire que la Sainte se réfugie.
Se nourrissant de racines, Marie-Madeleine y vit recluse durant trente ans recevant la visite des anges sept fois par jour. L’heure de son trépas approchant, les anges l’enlevèrent pour la déposer près de l’ermitage de Saint-Maximin.
Ce dernier lui donna la communion, recueillit son dernier soupir, embauma son corps et le plaça dans un superbe mausolée. Ce sont sur les restes sacrés de la Sainte que s’élève aujourd’hui la basilique de Saint-Maximin.


Un haut lieu de pèlerinage au cœur d’une forêt d’exception

Il faut compter 45 minutes de marche pour y accéder.
Sur le chemin s’élevaient 7 oratoires d'origine, il n'en reste que 4, érigés en 1516 par l'Archevêque d'Arles.
En 600 av JC est fondée par les Phocéens la cité de Massalia, première colonie grecque en France et future ville de Marseille. La Sainte-Baume est déjà considérée par les Grecs comme une montagne sacrée où se perpétuent de nombreux cultes de la fertilité liés à Artémis d’Ephèse et à la déesse Isis.

Dès les premiers siècles de la chrétienté, la grotte de Sainte Marie-Madeleine attire les pèlerins du monde entier, de nombreux Rois de France, dont Saint-Louis et Louis XIV, de nombreux Papes, ainsi que des millions de fidèles réalisent le pèlerinage de la Sainte-Baume. Toute la Provence chrétienne effectue un pèlerinage traditionnel le lundi de Pentecôte dans la grotte la plus célèbre de la chrétienté, pouvant accueillir jusqu'à 1000 personnes. Un très beau reliquaire abrite une partie des restes de la Sainte, son crâne étant exposé dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin. Pour rejoindre la basilique et la grotte, le chemin des Rois a été aménagé à la fin du XIVème siècle.

Détruite par un incendie en 1440, rebâtie par Louis XI, elle est ensuite restaurée par la volonté d’un autre roi de France, François Ier. La Révolution et l'Empire mettent en péril le site, mais Lucien Bonaparte parvient à sauver la basilique et la forêt de la Sainte-Baume des révolutionnaires. Malgré ce sauvetage, elle est à nouveau détruite en 1814. En 1859, l’ordre dominicain rachète le couvent de Saint-Maximin et fait construire l’hôtellerie dans la plaine. En 1865, le dominicain Jean-Joseph Lataste fonde la congrégation des Dominicaines qui accueille des femmes sorties de prison (Madeleines converties). En 1889, quelques reliques de Marie Madeleine sont déposées dans la grotte. À la suite des lois de séparation des Églises et de l’État, la grotte devient propriété de la commune de Plan d’Aups en 1910.

Ce sanctuaire, aujourd’hui tenu par huit frères dominicains, assurent, depuis l'été 2008, l'accueil à la grotte et la gestion de l'hôtellerie de la Sainte-Baume.

En 1279, Charles II d’Anjou, comte de Provence et neveu du roi Saint Louis met à jour le tombeau de Marie-Madeleine. Il en émane aussitôt une forte odeur de parfum, preuve jugée incontestable de la découverte d’un corps saint. Aussitôt, il fait poser des sceaux et referme le tombeau sans l’explorer davantage afin de s’assurer de toutes les formalités nécessaires pour garantir l’authenticité des reliques. Il convoque tous les évêques de Provence pour venir assister à la découverte du corps de la Sainte. C’est le début de l’un des pèlerinages les plus renommés du monde occidental, qui atteindra son âge d’or sous le règne de Louis XIV et perdure encore aujourd’hui.