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Agriculture-Forêt, Développement durable |

Sauvons la lavande, menacée par la Commission Européenne

Un brin de lavande met le feu aux poudres. Utilisée depuis la nuit des temps pour ses multiples bienfaits, l’huile essentielle de lavande pourrait être considérée comme un produit toxique par la Commission européenne. Un projet de réglementation, visant toutes les molécules provoquant des irritations ou des allergies, pourrait être voté en fin d’année.

La Région Sud, au secours de la lavande

Dans ce contexte, toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur serait touchée de plein fouet par ce projet de réglementation. Pour soutenir cette filière emblématique et essentielle de notre territoire, nous vous invitons à signer la pétition lancée par leurs représentants.

Signer la pétition

Un patrimoine naturel régional

Les époustouflants champs de lavande attirent abeilles autant que touristes de tous horizons chaque été pour contempler ces paysages si emblématiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis des siècles, les vertus de ses senteurs envoutantes et de ses saveurs exquises sont reconnues et utilisées dans bon nombre de produits. Sa production et son exploitation permet de faire vivre toute la filière agricole concernée en région Sud comme dans d’autres régions de France. Or, le secteur de la lavande et du lavandin risque d’être prochainement touché de plein fouet. En cause la révision du règlement REACH sur « la stratégie de la chimie durable », qui serait votée en fin 2021, exigeant que toutes les molécules chimiques soient quantifiées et qualifiées. Autrement dit, les produits naturels et les huiles essentielles seraient concernés et en ligne de mire. Pourquoi ? L’argument évoqué par la Commission serait de favoriser « un environnement exempt de substances toxiques ». Si cette réglementation est approuvée, la lavande changerait de statut : de produit naturel à toxique, elle serait inscrite dans la liste noire de l’Europe au même titre que d’autres substances synthétiques.

Par la voix de son Président Renaud Muselier, la Région Sud entend utiliser tous les recours possibles pour revoir cette réglementation, injuste pour nos agriculteurs.

La lavande à l’amende

Qui n’a pas cette petite fiole d’huile essentielle de lavande vraie ou de lavandin dans sa pharmacopée personnelle ou tout simplement à portée de main ? Connue et reconnue depuis l’antiquité, la lavande est directement menacée à cause de ses molécules qui font justement sa force et sa renommée. Dans le monde entier, elle est utilisée autant en aromathérapie qu’en cosmétique, en parfumerie ou dans bien d’autres fabrications pour son olfaction et pour ses propriétés bienfaisantes et apaisantes. Nos ancêtres avaient déjà remarqué les bienfaits qu’elle pouvait procurer. Même les Egyptiens et les Romains utilisaient la lavande pour le bain, pour se relaxer, pour cuisiner et aussi pour se parfumer. Or, en 2021, un projet de réglementation européenne pourrait classer ce produit naturel comme dangereux, au même plan que les produits chimiques synthétiques en raison de leur impact sur la santé humaine et l’environnement. Comment cela est-il possible ? Avec ce nouveau règlement, chacune molécule contenue dans les produits naturels cultivés, est passée au crible isolément avant d’être mise sur le marché dans le but de détecter son potentiel allergène, cancérigène ou perturbateur endocrinien. Or, l’huile essentielle de lavande contient du linalol, une substance jugée allergène. Le tout est jugé sur cette seule molécule sans prendre en compte la composition globale de la lavande qui est constituée de centaines d’autres molécules. Des siècles d’empirisme, d’expérimentations, de recherches et d’études pourraient passer à la trappe si cette loi est réellement votée. Et avec elle, la fin d’un des plus précieux cadeaux de la nature qui nourrit le tourisme régional ainsi que la filière agricole…

La lavande, « l’âme de la Provence »

Fleuron naturel de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la lavande est la star des touristes français et internationaux. Chaque année, des foules affluent autour de ces champs odoriférants répartis dans les quatre départements (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Drôme et Vaucluse) de l’aire géographique de l'AOC "Huile essentielle de lavande de Haute-Provence".

Déjà distillée au 16e siècle, cette plante aromatique connaît toujours un succès croissant. A partir du 19e siècle, les cultures de lavande ont explosées avec le développement de l'industrie du parfum à Grasse dans les Alpes-Maritimes, la capitale mondiale de la parfumerie. Son charme naturel est un atout majeur pour l’attractivité de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce seul brin violacé polarise une foule toujours plus nombreuse avant sa récolte en juillet. Une manne importante pour les producteurs locaux mais également pour les professionnels du tourisme. Du Vercors à la Sainte-Victoire, des Gorges de l’Ardèche aux Gorges du Verdon, plus de 1 000 km de routes parfumées et colorées des Routes de la lavande proposent un parcours sensoriel et initiatique unique, telle une ode à la Provence. Face à ce spectacle naturel, on comprend pourquoi Jean Giono disait de la lavande qu’elle est « l’âme de la Provence ».  

Découvrir les routes de la lavande en Provence :
Les Routes de la Lavande en Provence - Routes de la Lavande (routes-lavande.com)

La lavandiculture, l’or bleu de la Région Sud

La filière de lavande et du lavandin contribue à maintenir les activités sur le territoire national mais aussi celui de la région Sud. A lui seul, ce secteur génère plus de 9 000 emplois directs et plus de 17 000 emplois indirects issus de l’activité touristique en France.

Or, la nouvelle réglementation européenne inquiète tous les professionnels concernés qui ont déjà dû s’adapter, en 2018, à de nombreux enjeux réglementaires pour mettre notamment en conformité les distilleries de petits volumes. Trois ans plus tard, nouveau coup de massue. De nouvelles mesures réglementaires sont annoncées dans le cadre de la « Stratégie pour la Durabilité dans le domaine des produits chimiques du Pacte vert européen ». A court et moyen terme, elles impacteraient très durement tout un pan de la filière agricole. En effet, l’augmentation des exigences sur les petits volumes (< 10 tonnes/an) mettrait en grande difficulté économique un grand nombre de distilleries françaises qui sont de très petites entreprises (TPE). Sur une centaine de distilleries qui produisent plus d’une tonne d’huile essentielle, la moitié est ainsi menacée de disparition ! Alors que depuis longtemps, la filière française s’est engagée à mettre sur le marché des huiles essentielles à la fois sûres pour les consommateurs et l’environnement. Et que dire de son impact sur la production tant prisée du miel de lavande et de la pollination des fleurs par les abeilles ?

Il faut savoir que la culture de lavande couvre plus de 4 000 ha et produit annuellement 84 tonnes d'huile essentielle (source CIHEF - données 2016), dont environ 19 tonnes d’ « huile essentielle de lavande de Haute-Provence » ou « essence de lavande de Haute-Provence ». La qualité « huile essentielle de lavande de Haute-Provence » ou « essence de lavande de Haute-Provence » est reconnue et garantie par une AOP (Appellation d'origine protégée).

Thym, romarin… aussi sur la sellette

Cette méthodologie d’évaluation des risques non adaptée aux substances complexes que sont les huiles essentielles signerait également la mort de bien d’autres huiles essentielles qui disparaitraient tout simplement de la consommation. Toutes les plantes aromatiques, tels le thym et le romarin, qui permettent de fabriquer des huiles essentielles pourraient être considérées comme « cancérigène, mutagènes, reprotoxiques », « non biodégradables », « non essentielles » ou tout simplement trop dangereuses et donc restreintes, voire interdites au même titre que d’autres produits toxiques synthétiques…

Céline BEDDOU

L’économie autour de la lavande et du lavandin

La France est le 1er producteur au monde d’huile essentielle de lavandin (environ 1 500 tonnes/an) et le 2e producteur mondial d’huile essentielle de lavande (environ 100 tonnes/an).
Plus de 1 700 agriculteurs cultivent de la lavande et du lavandin pour produire des huiles essentielles sur plus de 30 000 hectares. A lui seul, le secteur lavande et lavandin génère plus de 9 000 emplois directs et plus de 17 000 emplois indirects issus de l’activité touristique la production de miel.

Une huile essentielle de lavande de qualité
La qualité « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence » ou « Essence de lavande de Haute-Provence » est reconnue et garantie par une AOP (Appellation d'origine protégée).

Lavande et lavandin : quelle différence ?
La lavande est souvent confondue avec le lavandin. À la différence de la lavande, le lavandin est stérile et se multiplie uniquement par bouturage. Ses épis sont fournis et réguliers. Le lavandin est très cultivé, car il donne de bons rendements et pousse à plus basse altitude. Moins coûteux et plus abondant, 1 hectare de lavandin produit environ 100 kg d'huile essentielle.
La lavande est principalement utilisée dans la fabrication de parfums et d'huile essentielle. En effet, après avoir été récoltées, séchées et pré-fanées, les fleurs de lavande sont envoyées à la distillerie pour en extraire l'huile. En moyenne, un hectare de lavande produit environ 15 kg d'huile essentielle.
Source : Ministère de l’agriculture et de l’alimentation.