Yann Bouvier

Culture |

Un 1er juillet en terrasse !

Seconde nature en France « s’asseoir à la terrasse d’un café » est une culture à part entière : un café en terrasse le matin en lisant son journal ou l’apéro avec des amis après le boulot, ces habitudes sont ancrées dans notre quotidien. Après la longue crise sanitaire, les terrasses font partie de ces usages qui nous ont le plus manqués.

Un apprentissage des règles communes, une pratique de la démocratie.

Lieu public et partagé, la terrasse est un bien commun ouvert à tous avec des règles communes et partagées. Elle devient ainsi l’expression même de la démocratie, l’endroit commun où l’on partage le paysage et la lumière ; où l’on échange des idées ; où l’on observe d’un espace en retrait l’agitation urbaine, où l’on fait une pause, où l’on se côtoie... Ces moments passés en terrasse nous permettent finalement de mieux nous connaitre, de mesurer la société qui nous entoure et d’en extraire sa propre opinion. Cet espace tampon entre l’espace urbain et l’espace privé s’est révélé être celui qui nous a le plus manqué durant la longue crise sanitaire, pour ces échanges de conversations ordinaires où tout le monde peut prendre part. Ne serait-ce pas une expression de la liberté au quotidien ?

Des terrasses de cultures et à la culture de terrasses

Pour les adeptes de la vision romantique et esthétique des vestiges du monde rural, ces terrasses étaient un lieu de contemplation avant de devenir ce lieu de convivialité citadin auquel nous sommes si attachés. A la fin du XVIIe siècle, le mot « terrasse » a pris son sens moderne : le Dictionnaire de l'académie française de 1694 le définit comme une « levée de terre dans un jardin, dans un parc, faite de main d'homme pour la commodité de la promenade et pour le plaisir de la vue ». Ce seraient donc les jardiniers-paysagistes du XVIIe siècle, concepteurs de terrasses pour les châteaux et parcs des puissants, qui auraient diffusé la notion et le mot. 

Comme une micro-société, la terrasse est un lieu de convivialité avant tout

Comme souvent, nous tenons nos habitudes du passé. S’asseoir à une table, profiter du moment présent remonterait à la fin du XIXe siècle, la fin de la grande dépression, le début des progrès techniques, l’électricité qui illumine peu à peu les rues. Après la première guerre mondiale, ce moment si particulier où l’oubli de l’horreur des millions de morts devient une nécessité naquit une envie ardente de savourer le moment présent comme si c’était le dernier avec des personnes de l’entourage ou bien en créant des liens spontanément par des rencontres fortuites dans le cadre d’un café.

Les années 1920-1930 voient naître de grands cafés à Montparnasse et sur les Champs-Élysées, dont l’architecture témoigne de la joie de vivre qui s’empare de la capitale française après la première guerre mondiale et gagne le territoire tout entier

Avec un brin de chauvinisme et une certaine fierté, le saviez-vous ?C’est à Marseille que le café (la boisson) a fait son apparition et que le premier établissement qui lui a été entièrement consacré a ouvert ses portes. Si pour certains, c’est à Paris que le premier café public a été ouvert, sachez que cette information est fausse. Ramené de Turquie par les explorateurs, le café, est arrivé en Europe en premier lieu à Venise au tout début du 17ème siècle pour ensuite conquérir les autres pays d’Europe. En France, le café débarque officiellement en 1644 dans le port de Marseille, à bord d’un navire venant d’Alexandrie. Discréditée dans un premier temps par des savants de la faculté d’Aix-en-Provence pour favoriser les acquis de sa bourgeoisie, la population marseillaise, déjà rebelle, en consomme de plus en plus. Quelques années plus tard, en 1671, le premier établissement public destiné au débit de café ouvre enfin ses portes aux environs de « La Loge », aujourd’hui quartier de la Bourse, entre le Vieux-Port et Belsunce.

D’où vient l’appellation de terrasse ?

Le terme faisse ou faïsse (en patois français local) désignait les « terrasses de culture ». Les « bancel » ou « bancaou » qualifie des bandes de terre cultivées.

Depuis les temps médiévaux, semble-t-il, les cultures en terrain pentu ont nécessité des aménagements en terrasses pour plus de commodité, comme on peut encore l’observer sur les flancs du Mont Ventoux ou dans les Cévennes. Aux XVIe et XVIIe siècles, l'accroissement démographique dans le Languedoc et les régions voisines fut accompagné de défrichements de terres nouvelles ou retournées à la friche. En Provence, l’endiguement des torrents se fait à l'aide de « restanques ». Au XVIIIe siècle, les techniques de défrichement et de construction de parcelles, s'affirment, avec dans les Cévennes la plantation de muriers sur des terrasses irriguées et le défrichement de terres jusque-là incultes car inaccessibles. 

Mais le vocable de « terrasse » serait apparu au XIIe siècle, sous la forme « terrace » et dans les sens d’« amas de terre ». A la fin du XIVe siècle (1380), le mot « terrasse » désigne un support de statue ou un socle plat.

Mais l’heure est à la fête, celle du retour de nos terrasses ! profitons-en, ce 1er juillet …et toute l’année pour ce retour à la vie ! Bonne fête des Terrasses !

Béatrice Michel