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Vivre en Région Sud : balade sur les bords du Canal de Marseille

Quel provençal n’a pas lu les œuvres d’enfance de Marcel Pagnol ? Dans « Le Château de ma mère », le Canal de Marseille est un personnage à part entière mis en valeur par le cantonnier-arroseur « Bouzigue ». Mais quelle est l’histoire de ce Canal de Marseille ?

On le croise sans savoir qui il est et pourtant en Provence, le Canal de Marseille sillonne nos routes et villages. Au détour d’une pinède, d’un sentier de randonnée, d’un quartier résidentiel (la Grotte Rolland, la Barasse ou encore la Treille), d’un parc public (la Campagne Pastré), on le voit traverser et quadriller la ville, en y acheminant notre bien commun le plus précieux : l’eau de Marseille. 

Histoire d’eau

Marseille, comme bon nombre de villes du sud a souffert de son manque d’accès à l’eau potable. De l’Antiquité au Moyen Âge, le système d’acheminement de l’eau est des plus rudimentaires : puits, citernes, aqueducs et bassins d’eau douce pour capter l’eau potable des alentours…Mais au fil des années, la cité phocéenne voit sa population grandir et ses infrastructures augmenter, ces solutions apparaissent rapidement insuffisantes face à cet essor urbain.

Enclavée, avec un climat chaud et sec, Marseille ne dispose que de peu de ressources en eau douce : l’Huveaune, qui puise sa source dans le massif de l’Étoile et de la Sainte-Baume, et son affluent, le fameux Jarret, une rivière recouverte par un des axes routiers les plus empruntés de la ville font office de solutions provisoires. Mais leurs capacités sont très vite dépassées par une demande de plus en plus forte en raison de l’augmentation  de la population marseillaise.

Au XVIIe siècle, les ressources ne suffisent plus à l’approvisionnement de la ville. Au XIXe siècle, l’Huveaune polluée souffre d’une terrible sécheresse qui réduit la part d’eau potable des habitants de la ville qui doit faire face à une épidémie de choléra. Marseille avait, plus que jamais, besoin d’un système d’approvisionnement en eau potable fiable, pérenne et suffisamment abondant pour alimenter l’ensemble des habitants. La Durance était la rivière la mieux placée pour satisfaire cette exigence.

En 1834 Maximin Dominique Consolat, maire de Marseille, décide « quoi qu’il en coûte » de réaliser les travaux nécessaires à l’approvisionnement en eau de la ville. L’eau doit être captée à un point culminant, sur la Durance, pour pouvoir, par simple application de la gravité, effectuer tout le parcours, traversant les collines intermédiaires, et descendre jusqu’à Marseille, à Saint-Antoine, point culminant de la ville (avec une altitude de 150 mètres), de manière à la desservir en totalité.

Le Canal de Marseille

La modernisation de l’infrastructure hydraulique de la ville et son approvisionnement en eau potable doit beaucoup au Canal de Marseille. En 1839, débutent les quinze ans de travaux nécessaires pour créer les 80 kilomètres (dont 20 de souterrains) du canal. Véritable prouesse technique, le canal de Marseille enjambe la vallée de l’Arc, ce qui nécessite 18 ponts, dont l’aqueduc de Roquefavour, le plus haut aqueduc en pierre du monde, d’une longueur de 393 mètres.  Inspiré du pont du Gard, romain, l’aqueduc permet de faire passer le canal à 82,65 mètres au-dessus de l’Arc.

Les matériaux de construction utilisés furent le béton pour le canal, la pierre et la brique pour les ouvrages aériens. Côté technique, le débit de cet ouvrage est de 10 m3/s.

Puisant sa source près de Pertuis, il serpente à travers les collines en passant au-dessus de la Roque-d’Anthéron pour passer sous un long tunnel vers le sud en sous la chaîne des Côtes. Il traverse les vallons depuis Lambesc jusqu’à Coudoux, Ventabren, puis arrive au-dessus de l’Arc qu’il franchit par l’aqueduc de Roquefavour en allant vers Aix-en-Provence et le plateau de l’Arbois. Il se dirige, ensuite, aux Pennes-Mirabeau puis Marseille en desservant Saint-Antoine pour filer, enfin, vers le palais Longchamp. 

En novembre 1849, l’eau de la Durance arrive à Marseille, au plateau Longchamp, à une hauteur de 150 mètres. Cet événement valait bien un petit palais, celui de Longchamp, qui fête l’arrivée des eaux de la Durance à Marseille.

De 1854 à 1869, 77 kilomètres de canalisations et de nouveaux bassins réservoirs sont construits pour permettre l’acheminement de l’eau sur l’ensemble du territoire de Marseille, incluant les communes avoisinantes.

Le canal aujourd’hui

Jusque dans les années 1970, le canal fut quasiment l'unique source d’approvisionnement en eau potable de la ville de Marseille.  Aujourd’hui, il n’alimente plus que les deux tiers. Le canal de Provence double le réseau existant de canaux souterrains, puisant l’eau du Verdon en alimentant Marseille mais aussi Aix et Toulon. Les deux ressources sont interconnectées, ce qui assure la sécurité de l’approvisionnement. 

De 1849 jusqu’à 1941, le canal a été géré par la Ville de Marseille. En 1941, la gestion de l’eau de la ville, et du canal, est confiée à la Société d’études des eaux de Marseille (SEEM). En 1943, selon une convention de type « régie intéressée », la Ville de Marseille, qui reste propriétaire des ouvrages mais en confie l’exploitation à la SEM (la Société des eaux de Marseille) en 1943. Depuis, la Société des eaux de Marseille, détenue par Veolia, gère le canal.

Cette gouvernance privée de l’eau potable marseillaise doit s’assurer de la qualité du bâti et de l’eau, à l’heure du changement climatique, des sécheresses, des modifications du cycle de l’eau et de leurs conséquences sur les ressources en eau potable.

Pagnol

Dans « le château de ma Mère », Pagnol raconte les longs détours que la famille était obligée de faire, à pied et chargée de bagages, pour contourner les domaines privés entourant les bastides. Ils se rendaient dans leur location de vacances depuis l’arrêt du tramway dans le quartier de la Barasse, jusqu’à la Treille. Jusqu’à leur rencontre avec Bouzigue, cantonnier-arroseur du canal de Marseille et ancien élève de l’instituteur Joseph Pagnol. Bouzigue insiste pour leur prêter la clef qui ouvre les portillons des bastides le long du canal, un conséquent raccourci de leur trajet.

Le cantonnier-arroseur possédait en effet la clef magique permettant d’ouvrir toutes les portes, même celles des propriétés privées riveraines du canal. Son métier consistait à manœuvrer les vannes qui distribuaient l’eau d’irrigation aux concessionnaires pour arroser leurs cultures. Ils étaient dûment assermentés et pouvaient ainsi dresser des procès-verbaux. Avec un intense travail et une large disponibilité d’avril à début octobre et des travaux d’entretien les mois d’hiver, ce métier était convoité et respecté. Lorsque le canal était vidé, alors, c’était la pêche miraculeuse. Les poissons piégés au fur et à mesure que l’eau baissait, il ne restait plus qu’à les ramasser.

À la mise en service du canal, on comptait une centaine de cantonniers-arroseurs. Ils ne sont plus aujourd’hui qu’une quinzaine d’agents d’exploitation à la Société Eau de Marseille Métropole. Les habitations ont implacablement érodé les prairies et les jardins maraîchers.

Accès pour une balade au bord du canal de Marseille

  • Depuis le Parc Saint-Marcel, on accède au Canal en poursuivant la petite route derrière la crèche jusqu’au portail du Château de Forbin suivre le Vallon Chauméry pour un sentier qui perce une forêt très dense et longe en partie le parc du Château et le domaine de la Forbine.
  • De l'avenue des Caillols, une traverse bordée par les vieux murs longe des grandes propriétés de jadis et monte jusqu'à Saint Julien, suivre le chemin campagnard le long du canal pour un panorama éblouissant qui domine les Caillols. Le retour vous fera longer la Commanderie, le lieu d'entraînement des joueurs de l'OM.
  • Des départs de balade existent également vers Roquefavour ou Pelissanne pour y croiser le cheminement de ce canal.
  • Pour ceux qui quittent Marseille, même temporairement, en prenant le TGV entre Avignon et Marseille vous pourrez admirer le Canal de Marseille, il vous suffit d’être attentif.

Le parcours du Canal, à Marseille 

Le canal sillonne toute la ville de Saint-Antoine, en direction de l’Estaque, il contourne ensuite  le vallon des Aygalades et sur les flancs de la chaîne de l’Étoile en direction de l’est. Dans le 14e arrondissement, le canal se subdivise en deux. La branche principale part vers le sud, alimente le réservoir du Merlan et, de là, descend vers les Chutes-Lavie et le palais Longchamp. L’autre branche poursuit vers l’est, longe les collines pour desservir la partie périphérique de la ville qu’elle contourne jusqu’au sud. Le canal traverse Château-Gombert, fait le tour de Plan-de-Cuques, passe au pied d’Allauch, et revient sur les Olives. Il passe en tunnel sous les Trois-Lucs, puis laisse un embranchement à l’ouest vers Saint-Julien, et le réservoir de Saint-Barnabé, et un autre vers les Camoins et Aubagne à l’est. Il contourne la Valentine, traverse la vallée de l’Huveaune, puis repart en direction de l’ouest : la Valbarelle, Saint-Tronc, la Campagne Berger, le Redon, Mazargues, la Campagne Pastré et, enfin, la Madrague-de-Montredon. Il termine son parcours à une altitude de quelque 10 mètres, avant de se jeter dans la mer, au mont Rose, ayant approvisionné en eau tous les quartiers de Marseille.