Vous êtes ici :
© Florent Gardin
Environnement, Particulier, Santé

Comment économiser l’eau dans la lutte contre les feux ?

Mis à jour le 24 juin 2024

La question de l’économie d’eau est partout, jusque dans les casernes des pompiers. A l’Entente Valabre à Gardanne, plusieurs SDIS et acteurs de la prévention incendie se sont réunis lors d’un colloque pour échanger autour de la préservation de cette ressource, essentielle pour lutter contre les feux de forêt. Retour sur une journée fort instructive.

Il n’y a qu’à connaitre l’adage : « pour stopper un incendie, il faut un verre d'eau la première seconde, un seau la première minute et … une tonne d'eau au-delà de 10 minutes » pour comprendre à quel point la question de la ressource en eau est essentielle dans la lutte contre les feux de forêt.

Changement climatique et ressources en eau

Le 4 juin dernier, le colloque s’est ouvert sur un douloureux rappel de la progression du changement climatique. Hélène Correa, Responsable du service Prévision et Climatologie, secteur Région sud-est chez Météo France, souligne que le sud de la France se réchauffe plus vite que le reste du pays. Nous enregistrons déjà une augmentation de +1,8° depuis 1959. Selon un scénario pessimiste, elle devrait atteindre +2,3° en 2050, avec une multiplication des vagues de chaleurs et des nuits dites tropicales (c’est-à-dire avec une température qui ne descend pas en dessous de 20°). Pour se donner une idée, à ce rythme après 2050, on considèrera l’été caniculaire de 2003 comme frais. Un changement climatique qui aura bien entendu un impact sur la végétation, amenée à s’assécher, sur la disponibilité de la ressource en eau, avec des épisodes pluvieux plus courts et plus violents, sur la température et l’état des sols.

Bonne nouvelle toutefois, en région Sud les architectes de l’eau ont fait des miracles. Depuis les Romains jusqu’à Adam de Crapone et avec le Canal de Provence, de vastes réserves et réseaux ont été bâtis, permettant aujourd’hui de sécuriser la ressource pour des décennies. Il n’empêche que les économies sont de mises pour tous les usagers de l’eau, qu’il s’agisse des particuliers, des agriculteurs, des industriels et même des pompiers. Pour mettre ce sujet sur la table, les SDIS voisins sont venus présenter les solutions mises en œuvre sur leur territoire. 

Prendre l’eau là où il y en a

Dans les Pyrénées Orientales, plusieurs communes connaissent déjà des pénuries d’eau potable, et la liste va inévitablement s’allonger dans les semaines et les mois à venir. Un contexte qui crée des tensions entre les usagers de l’eau, et où la recherche d’eau brute (non potable) est indispensable. Le SDIS 66, représenté lors du colloque par le lieutenant-colonel Trani, est ainsi passé maître dans l’art de diversifier la ressource. Les campings et centres aquatiques, tenus de vidanger régulièrement leurs piscines et autres installations sanitaires, stockent désormais pour certains d’entre eux la précieuse ressource dans des bâches en plastique. En lien avec la chambre d’agriculture, les viticulteurs mettent leurs cuves vides à disposition pour y stocker de l’eau. Du côté des stations de ski, à l’image de Font-Romeu, des dispositifs ont été installés sur les canons à neige pour pouvoir y brancher les pompes et puiser dans ces ressources, inutilisées pendant la saison estivale.

La question de la réutilisation des eaux usées traitées reste complexe, avec des temps de stockage limités et la nécessité de rincer le matériel à l’eau claire, comme c’est le cas pour l’eau salée. Car en parallèle de la diversification de la ressource, c’est aussi le matériel qui est amené à évoluer, avec l’emploi de lances incendies à haute pression, l’utilisation de retardant et composés moussants ou encore le déploiement de pompes adaptées pour prélever l’eau dans tous les milieux, quelles que soient les spécificités topographiques.   

Combattre le feu par le feu

Brûlage dirigé, contre feu et brûlage tactique sont d’autres manières de prévenir ou lutter contre les incendies, présentées lors du colloque par le Commandant Jérôme Jallet du SDIS 30 (Gard). Le brûlage dirigé, pratique ancestrale bien connue des vieux bergers, consiste à profiter des conditions humides de l’hiver pour débroussailler par le feu, et ainsi éliminer la végétation qui pourrait servir de combustible une fois l’été venu. Cette technique permet par ailleurs aux plus jeunes soldats du feu d’apprendre le métier dans un cadre sécurisé.
En cas de départ de feu avéré, le contre feu consiste à allumer un incendie, depuis une zone abritée comme un chemin, en face du feu initial pour qu’il vienne à sa rencontre. Le contre feu réduit le combustible disponible, ce qui réduit considérablement la puissance de l’incendie qui n’a plus de matière sur laquelle progresser. Enfin, le brûlage tactique est notamment utilisé pour s’attaquer à la lisière de l’incendie. Lorsque celle-ci se développe en dent de scie, sur des reliefs par exemple, des brûlages stratégiques permettent de la réaligner pour faciliter le travail des pompiers.

Le rôle méconnu des forestiers sapeurs

FORCE 06, dans les Alpes-Maritimes, réunit plusieurs forestiers-sapeurs. Ils sont chargés de l’entretien des infrastructures DFCI (Défense de la Forêt Contre les Incendies) et réalisent des actions de prévention et d’entretien de l’espace forestier. Diagnostics de situation, bilan et causes des incendies, débroussaillage, surveillance des réserves d’eau, ils interviennent sur le terrain pour élaguer et créer des zones d’appui à la lutte en dégageant des espaces dans les massifs susceptibles de ralentir la progression d’un incendie.

La manière la plus évidente d’économiser l’eau, c’est d’empêcher purement et simplement les départs de feu. Et l’ultime manière d’aider les pompiers repose sur tous les citoyens : 9 feux de forêt sur 10 sont d'origine humaine, dont la moitié du fait d'une imprudence. Mégot de cigarette jeté, barbecue organisé à proximité de la végétation, combustibles stockés trop près d'une habitation, non-respect des restrictions d’accès aux massifs… Changeons nos comportements, les pompiers et la nature nous diront merci !  

Témoin d’un incendie ? Contactez immédiatement le 18 ou le 112
Respectez les règles pour le bien commun. Pour les plus réfractaires aux lois, des sanctions pécuniaires sont appliquées :

- Un feu de camp ou une cigarette : 135 € d’amende
- Absence de débroussaillage (50 mètres autour de votre habitation): 135€ d’amende
- Circulation hors-piste : 1500€ d’amende
- Responsabilité d’un départ de feu, même involontaire : 3 500€ d’amende et 6 mois de prison.

L’Entente Valabre, partenaire de la Région Sud
Depuis 1963, l’Entente Valabre agit sur les problématiques liées aux incendies. C’est à la suite de l’année 1962, dévastatrice pour les forêts, que cet établissement public a vu le jour. Pionnier et visionnaire dans les moyens de lutte, l’Entente a investi dans les premiers Catalina (avions bombardiers d’eau). L’Entente Valabre, c’est la prévention incendie mais aussi de la recherche et développement, la mise au point de nouvelles technologies et de solutions géomatiques. 

Mis à jour le 18 juillet 2024