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La garde régionale des lycées face au harcèlement scolaire

Le 29 novembre dernier, plus de 100 médiateurs se sont retrouvés à l’Hôtel de Région pour le 1er Séminaire d’échanges de pratiques de la Garde régionale des lycées. Parmi les grands thèmes abordés, le délicat sujet des réseaux et du harcèlement scolaire.

Etudiants en deuxième année au diplôme d’état de moniteur-éducateur et actuellement en alternance dans les lycées du territoire, les membres de la garde régionale des lycées se sont retrouvés pour échanger autour de leurs pratiques. Ce 1er séminaire a permis de faire le point sur les situations rencontrées et partager des solutions utiles à tous. Plusieurs thématiques ont été abordées en ateliers, allant des violences sexuelles à la radicalisation, des conduites à risques au harcèlement scolaire.

Des contenus virtuels aux conséquences bien réelles

Ils sont une dizaine à participer à l’atelier « éducation à l’image, aux médias, à la prévention du mésusage des réseaux sociaux, du harcèlement numérique et scolaire ». Ils travaillent à Marseille, Fréjus, Brignoles, Cavaillon ou Menton, en alternance à la Croix Rouge ou dans d’autres associations, et ont tous été confrontés à des situations de harcèlement liées à l’usage du numérique. Parmi les cas évoqués il y a celui, fréquent, de la création d’un groupe whatsapp qui prend un élève pour cible, ceux qui ont été harcelés jusqu’à devoir changer d’établissement ou encore ceux qui partagent des photos intimes qui leur appartiennent, ou pas, sur les plateformes pour les faire circuler dans le lycée et au-delà. Une pratique à la frontière entre harcèlement et violences sexuelles, qui interroge les membres de la garde régionale sur le rapport au corps entretenu par certains élèves. « Ils admirent les influenceurs et veulent faire comme eux, résume Lara, médiatrice à Marseille. Ils ont eu un téléphone très tôt, avec l’accès à des contenus qui banalisent le sexe et la nudité. Les garçons ne voient pas le problème quand ils partagent sur les réseaux des photos envoyées par leur copine parce que « tout le monde le fait », et certaines filles se vantent de pouvoir s’acheter le dernier sac à la mode grâce aux photos qu’elles postent sur mym ou only fan. » Pour Jasmine, membre de la garde régionale à Fréjus, il y a là un combat qui ne se mènera pas nécessairement en ligne : « Même nous qui sommes jeunes, on se sent déjà largués sur certaines plateformes. Ce n’est pas évident de suivre pour nous, alors pour les parents ça l’est encore moins. Il y a beaucoup trop de sites et de réseaux pour arriver à tout connaitre. Ce que vont y faire les lycéens va vraiment dépendre de leur éducation. Il faut leur faire comprendre que ce qu’ils postent peut se retourner contre eux, au moment où ils vont chercher un emploi par exemple »

Sortir les têtes des écrans

Jasmine s’interroge : « Comment les amener à se valoriser autrement qu’à travers un écran ? En passant par la relation, en s’intéressant à leurs hobbies, en les orientant vers des associations ou des clubs sportifs dans lesquels ils vont pouvoir s’épanouir. » Identifiés par les élèves, présents à leurs côtés et proches en âge, les médiateurs peuvent vite devenir des personnes ressources. « On fait un travail de rue qui permet d’établir un lien de confiance, pour rassurer les victimes et rappeler aux agresseurs les sanctions pénales qu’ils encourent, complète Sofiane, garde à Menton. L’expérience et le vécu sont de bonnes manières de créer du lien. En expliquant aux élèves que nous aussi avons connu ces mêmes problèmes, ça permet d’échanger. » D’autres outils, comme les escape game, permettent de réunir les élèves pour les faire parler du harcèlement. Celui mis en place par Jasmine à Fréjus, avec la Fédération des œuvres laïques du Var, a permis à 10 classes de seconde de prendre du temps pour se mettre dans la peau d’un jeune harcelé à cause de son orientation sexuelle. A l’issue de cette activité, plusieurs élèves se sont tournés vers les équipes éducatives pour signaler des problèmes ou parler de ce qu’ils ont vécu et ont pu être accompagnés, notamment pour aller déposer plainte. A Menton, Sofiane a lui aussi proposé un atelier : « Nous avons travaillé avec des photos et des témoignages pour faire de la prévention. En participant aux jeux de rôle, avec des mises en situation, certains élèves se sont reconnus dans le rôle de l’harceleur et en étaient surpris, ils pensaient faire des blagues et réalisent qu’ils sont allés trop loin. » Au terme de la journée, le bilan est positif pour Séverine Pasticcio, formatrice IFTS de la Croix Rouge française, qui encadrait cet atelier : « tous ont témoigné de situations dont ils pouvaient se saisir, identifier les manières d’agir pour aider concrètement les élèves ». Prochaine étape pour la garde régionale des lycées, la création d’une plateforme d’échanges de bonnes pratiques.

La lutte contre le harcèlement scolaire, grande cause régionale

La Région a fait de la question du harcèlement scolaire une grande cause régionale déclinée dans un plan d’actions voté par l’assemblée régionale le 28 octobre 2021.  Il renforce la place des médiateurs de la Garde régionale des lycées, forme les agents des lycées et organise des ateliers de sensibilisation.De plus, un prix régional a été créé pour récompenser toutes les initiatives portées par les lycées. Chaque année, une journée régionale de lutte contre le harcèlement scolaire a été instaurée en novembre. Enfin, des ateliers d’autodéfense verbale, physique et des escape game à destination des lycéens sont organisés dans tous les lycées.