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Pâques en Provence

Au fil du temps, les fêtes religieuses sont devenues des traditions que nous perpétuons en oubliant leurs sens symboliques ou religieux. Un petit rappel des origines où se mêlent rites et légendes avant de fêter Pâques en famille ou entre amis.

Pâques, qu’est-ce que cela retrace ?

Pâques représente l’évènement principal pour les chrétiens, symbole de la vie après la mort, autrement dit la commémoration de la résurrection du Christ. Par ailleurs, cette fête met un terme aux 40 jours de Carême. La célébration de Pâques a été fixée par un calcul savant établi en 325 de notre ère, lors du Concile de Nicée, prenant en compte la date supposée de la résurrection. Ce qui revient à placer cette célébration au dimanche suivant la pleine lune après l'équinoxe de printemps. Les dates varient ainsi, selon les années, entre le 22 mars (début du printemps) et le 29 avril. 

Dans la religion juive, Pessa'h, la Pâque juive, commémore l'exode des Hébreux. Dès qu’ils furent libres, ils sacrifièrent un agneau, animal sacré en Égypte. Des similitudes persistent avec Pessa'h, l'agneau notamment. Pâques porterait ce nom car selon les Évangiles, la crucifixion aurait eu lieu durant la Paque juive. S'inscrivant dans la continuité du judaïsme, les chrétiens célèbrent également la fuite d'Égypte à leur manière mais à cette Pâque juive, ils en ajoutent une autre qui leur est propre et est célébrée le même jour : la résurrection du Christ. Ils célèbrent donc les Pâques (au pluriel).

Les cloches traditionnelles de Pâques viennent du fait qu’elles sont condamnées au silence durant trois jours en signe de deuil. Le tintement des cloches rythmant jadis le quotidien de la population, on expliquait ce silence aux enfants en leur racontant qu’elles partaient à Rome où le pape les bénissaient avant leur retour le dimanche où elles carillonnaient de nouveau pour annoncer la résurrection. Elles revenaient chargées de friandises qu’elles déversaient sur leurs passages dans les jardins et les prés.

Origines des œufs de Pâques

Cette période pascale trouve des sources dans les traditions païennes : avec l'arrivée du printemps, c'est une périodede renouveau. Or, les œufs symbolisent depuis des temps immémoriaux, la vie, la renaissance et la fécondité. Les romains, les perses et les égyptiens décoraient des œufs et se les offraient pour célébrer le retour du printemps. Quelques sources rapportent que les Perses s’offrent déjà des œufs 3.000 ans avant notre ère.Ces traditions ont été assimilées par le Christianisme et l’œuf de Pâques est devenu un symbole de la résurrection.

Au 9ème siècle, l’église catholique interdit la consommation d’œufs durant le carême, période de privation juste avant Pâques. Cependant, comme les poules continuaient de pondre, les gens se retrouvaient avec des œufs qu’ils ne pouvaient pas utiliser. Ils prirent l’habitude de les décorer lorsqu’ils n’étaient plus consommables pour se les offrir entre eux. Souvent peints en rouge afin d’évoquer le sang du Christ, ils sont ornés de dessins ou de devises. A la Renaissance, dans les Cours royales, les œufs de poule deviennent des œufs en or. Ces objets connaissent leur apogée à la Cour deRussie, avec, notamment, les œufs du bijoutier Peter Carl Fabergé (1846-1920).

Pourquoi des lapins ou d’autres formes ?

La cloche revêt tout son sens car c’est elle qui distribue les œufs en revenant de Rome. Les poules également, étant naturellement apparentées à l’œuf. Mais le lapin ? Déjà les grecs anciens offraient un lièvre pour déclarer ses sentiments à quelqu’un. Imaginez : « Tout à coup un inconnu vous offre ….un lièvre ???? »  À chaque époque ses traditions, nous direz-vous !

Mais l’explication reflète une réalité très éloquente de l’époque sur l’attente des hommes vis-à-vis des femmes.  Lorsque l’on sait que le lapin femelle représente la fertilité, compte tenu du grand nombre de petits qu’elle engendre, l’illustration devient criante. Le lapin émane également d'une tradition païenne germanique : symbole de fertilité et du printemps.

Par ailleurs, les coutumes et les symboliques sont différentes selon les pays : aux États-Unis et en Alsace, c’est le lièvre, en Westphalie, un renard et en Suisse, un coucou.

La chrétienté a aussi assimilé cela. La présence de l’œuf cuisiné sous toutes ses formes, lors des fêtes pascales, les œufs décorés ainsi que les œufs en sucre et en chocolat d’aujourd’hui sont les délicieux vestiges et le prolongement de ces significations cachées qui reposent au cœur de notre inconscient collectif.

Le chocolat

AuXIXe siècle, le cacao devient plus accessible. Les chocolatiers commencent à confectionner des œufs en chocolat. Une tradition que nous n’avons jamais perdue… pour le plus grand plaisir des gourmands.

Le chocolat fait son apparition d’abord dans les coquilles d’œufs avant que des œufs tout chocolat ne fassent leur apparition dans la première moitié du XIXe siècle.L’œuf en chocolat, apparaît grâce aux progrès d’affinage de la pâte de cacao chauffée à 50°C avec la mise au point des premiers moules en argent, en cuivre ou en fer étamé. Au XXe siècle, comme le reste de la France et de l’Europe, la Provence est conquise par le chocolat. Sous forme d’œufs, de cloches, de poules ou de lapins, c’est désormais LA tradition gourmande de Pâques. Attention les bouts de choux les œufs, les cloches et autres sujets en chocolat sont traditionnellement destinés à récompenser les enfants sages….

Traditions culinaires de Provence

En Provence, pays de forte tradition catholique, Pâques est une fête importante et très suivie. Le caractère purement provençal réside dans l’art culinaire et le repas champêtre du lundi. Le repas dominical se déroule en famille où la coutume est toujours de manger le gigot ou l’épaule d’agneau, accompagné de légumes de printemps et de plats comportant des œufs et le lundi de Pâques provençal, un pique-nique rassemblait souvent tout un village autour d’une chapelle rurale ou dans un site naturel remarquable. Pour le dessert, les femmes préparaient des oreillettes, des crèmes et des omelettes sucrées. À Marseille, au XIXe et au début du XXe siècle, les îles flottantes étaient un des desserts de Pâques.

Anchoïade et tapenade sur des croûtons frottés d’ail, poivrons grillés à l’huile d’olive et à l’ail
Gigot ou épaule d’agneau aux herbes fraiches de Provence, accompagné de pommes de terre ou de légumes de printemps : fèves aux petits oignons frais ou fenouils braisés. Salade frisée avec croûtons frottés d’ail
îles flottantes, omelettes sucrées, L’important, c’est que l’œuf en soit un des ingrédients principaux.
Pique-nique champêtre le lundi.

Salades sauvages des champs, avec œufs durs et oignons frais, le tout assaisonné d’une huile d’olive du pays.
Charcuteries de pays (jambons, saucissons, caillettes…) viandes froides et omelettes aux herbes ou aux oignons.