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Percez les secrets du Mimosa au Domaine du Rayol

Alors que débute la saison des mimosas, nombreux sont les curieux qui s’aventureront du côté du Domaine du Rayol, dans le Var, pour en admirer une quarantaine d’espèces. Assez peu connu du grand public, ce magnifique espace naturel protégé de 20 hectares est aussi le point de départ d’une promenade ludique.

Propriété du conservatoire du littoral, le Domaine du Rayol s’étend au pied du Massif des Maures, face aux îles d’or. Dans ce vaste jardin, les plantes issues des climats méditerranéens règnent en maître. Venues du sud-ouest et du sud de l’Australie, du sud-ouest de l’Afrique du Sud, du Chili central, de Californie, des Canaries, elles s’épanouissent librement, selon les principes de Gilles Clément. Jardinier, botaniste et paysagiste à l’origine du lieu tel que nous le connaissons aujourd’hui, il défend l’idée d’un jardin en mouvement perpétuel, prône la réconciliation entre le monde des hommes et celui des plantes. Ce n’est donc pas un jardin botanique que les visiteurs sont invités à découvrir, mais bien des paysages amenés à se transformer au fil du temps et des saisons. Pour percer les mystères des incroyables espèces qui peuplent le parc, les visites guidées sont assurées par les membres du conservatoire du littoral. En cette saison du mimosa, il est, bien sûr, la star !

Le saviez-vous ?
Pour reconnaitre une plante, on ne regarde pas sa forme ou ses feuilles mais ses fleurs et ses fruits, d’où l’appellation « flore ».

Le mimosa, beauté fatale

Qu’ils se présentent sous forme de petits buissons ou de grands arbres, qu’ils soient jaunes ou blancs, qu’ils s’ornent de petits pompons ou de grappes de fleurs en chenilles, les mimosas se découvrent sous toutes les formes au Domaine du Rayol. Arrivés dans la région vers 1850 pour satisfaire les besoins des parfumeurs, ils se sont depuis échappés et colonisent désormais la colline. Le mimosa est redoutable pour plusieurs raisons. En plus de contenir une substance qui empêche les autres espèces de se développer, ses graines, contenues dans ses cosses, peuvent attendre dans le sol pendant 50 ans ! Couper un mimosa offre donc la lumière et la place nécessaires aux graines pour pousser. Enfin, le mimosa est capable de drageonner (à partir d’une racine) et de rejeter (à partir d’une pousse) pour se reproduire. Très heureux dans le sud et particulièrement dans les sols de type maquis, il se propage à grande vitesse, d’autant que les promeneurs le stressent en lui arrachant ses branches pour faire des bouquets, provoquant les rejets. C’est la raison pour laquelle il ne faut surtout pas le cueillir dans la colline. Véritable catastrophe écologique, il est en train d’éradiquer la faune locale et est d’ailleurs classé sur liste noire par le Conservatoire Botanique Méditerranéen de Porquerolles. Au fil de la visite (qu’il faut impérativement faire guidée, elle est à la fois passionnante et comprise dans le prix du billet), vous en apprendrez plus sur la faune et la flore locale, mais aussi sur les nombreuses espèces étonnantes qui peuplent le jardin.

Le saviez-vous ?
La biodiversité des régions méditerranéenne est remarquable. Elles qui ne représentent que 5% de la surface du globe, rassemblent 20 % du total des plantes connues.

De jardins en paysages

Déambuler dans le domaine, c’est aller de ravissement en ravissement et contempler l’invisible travail de titan des jardiniers. Depuis la pergola, une grande perspective est tracée par l’escalier monumental. En empruntant les chemins, on se retrouve transporté au milieu des cactus de l’Amérique aride, songeur face à un Araucaria centenaire qui a survécu à ses blessures de guerre, étonné de s’enfoncer dans les bambous qui bordent la cascade, pantois au milieu des forêts primaires de Nouvelle-Zélande. Et que dire de l’arrivée à la Maison de la Plage depuis la pointe du figuier ? C’est de là qu’en période estivale, la visite se poursuit sous l’eau pour découvrir l’ultime paysage du domaine, tout en nacre et en posidonie.

Au Domaine du Rayol, plus de 100 ans d’histoire

L’entrée au domaine de Rayol se fait par L’Hôtel de la Mer (actuellement en travaux, avec le soutien financier de la Région Sud), une bâtisse construite au début du XXe siècle par Alfred Courmes, le tout premier propriétaire du domaine. Ce banquier parisien originaire de Bormes-les-Mimosas est aussi à l’origine de la ferme, autour de laquelle s’organisaient le verger et le jardin potager. Passionné de botanique, c’est lui qui, au fil de ses voyages commence à peupler le parc d’espèces méditerranéennes. Après lui, le domaine est acheté par Henri Potez, un aviateur collectionneur d’art, dont le directeur financier n’est autre qu’Abel Chirac, le père de Jacques, qui y passera de nombreuses vacances. Pendant la guerre, le domaine sera un lieu de refuge pour ces familles. Le grand escalier, qui traverse le parc en constitue la seule perspective, sera construit après la guerre. Le jardin continuera de s’enrichir jusque dans les années 60, puis sera peu à peu délaissé faute de moyens. Les bâtisses endommagées et la flore devenue jungle sont mises en vente. Il est alors question de tout raser pour créer un centre de vacances. Le domaine est finalement sauvé par l’association du Domaine du Rayol, composée d’habitants, qui a permis le rachat par le conservatoire du littoral en 1989.