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Couple et argent : les violences économiques en question

Mis à jour le 08 mars 2024

Les violences économiques sont peu connues et mal identifiées. Elles consistent en un contrôle financier dans le couple, qui prive la femme de ses revenus et de son autonomie. Cette violence est souvent sous-estimée, banalisée. Pourtant, 25% des femmes qui appellent le 3919, numéro national de référence pour les femmes victimes de violence, le dénoncent.

Comment ces violences se manifestent-elles ?

L’argent, c’est le pouvoir. Lorsqu’un conjoint prend le contrôle des revenus du ménage, il plonge sa partenaire dans une forme de dépendance. Cette violence peut commencer de manière anodine, par des critiques sur les achats effectués par la partenaire qui justifieraient par exemple de l’écarter de certaines décisions financières. Dans le cadre des violences économiques, le compte joint est un redoutable outil de contrôle. De nombreuses femmes sont contraintes d’y verser leurs revenus et interdites de posséder un compte personnel, ou doivent obtenir l’accord de leur partenaire pour effectuer le moindre achat. Menaces de couper les vivres de la famille en cas de rupture, chantages, blocages de carte, souscription à des crédits à la consommation au nom de la partenaire sont autant de formes que peuvent revêtir les violences économiques. Elles peuvent s’accompagner de pressions et de culpabilisations pour que la femme diminue son temps de travail, ou encore d’une incitation à travailler pour l’entreprise détenue par le conjoint pour peu ou pas de rémunération. L’emprise exercée par le conjoint, les violences psychologiques, la dépendance économique des femmes et de leurs enfants empêchent souvent les victimes de quitter le domicile conjugal.

Quelles solutions pour les victimes ?

Fin 2020, la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale se saisissait du problème et organisait un colloque sur la reconnaissance des violences économiques. Fin 2021, la loi Rixain introduisait trois principes visant à lutter contre les violences économiques : l’extension du droit au compte (la détention d’un compte collectif n’empêche pas l’ouverture d’un compte individuel), l’impossibilité de verser un salaire sur un compte de tiers, la mise en place du recouvrement par la CAF des pensions alimentaires non versées. Une autre étape a été franchie avec la loi du 28 février 2023 et la création d’une « aide universelle d’urgence », sous la forme d’un prêt à taux zéro versé par la CAF ou d’un don, pour permettre aux victimes de quitter rapidement le foyer conjugal.

Comment se protéger de ces violences ?

En France, la banque BNP Paribas a été la première à se pencher sur le sujet pour tenter de protéger ses clientes victimes de violences conjugales bancaires. Les grands axes de travail sont la sensibilisation des collaborateurs à cette problématique et la mise en place plusieurs garde-fous, comme le rappel de la loi concernant les fausses déclarations, l’ajout de critères pour faire opposition pour un tiers ou encore rendre obligatoire la présence des deux conjoints pour la signature d’un crédit. Plus généralement, il est conseillé aux femmes de ne pas partager leurs identifiants, de détenir un compte personnel en parallèle d’un éventuel compte joint et de se saisir du sujet des finances du couple, aussi épineux soit-il. C’est l’objet de l’intervention de Paola Vieira lors du forum Respect pour les femmes organisé par la Région Sud.

Rendez-vous au forum Respect pour les femmes 
Violences économiques et conjugales, cyberharcèlement, droit des femmes, le 16 novembre à l'Hôtel de Région, le public est invité à participer aux tables rondes et master class lors du Forum Respect pour les femmes. 

Programme et inscriptions

Mis à jour le 12 juin 2024