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Les secrets de l’Hôtel de Région
Mis à jour le 26 août 2026
Avant d’être le cœur politique de la Région Sud, le site de la Butte des Carmes ressemblait à tout autre chose. Il y a encore 160 ans, une colline dominait le quartier. Percée dans les années 1860 lors de la création de la rue de la République, puis progressivement arasée dans les années 1980, elle a laissé place au vaste projet de réaménagement qui donnera naissance à l’Hôtel de Région.
Mais l’histoire du lieu remonte bien plus loin. Les fouilles archéologiques menées sur place ont révélé que ce secteur comptait parmi les plus anciens sites habités de Marseille. Des traces d’occupations grecques et des vestiges d’ateliers de potiers témoignent d’une activité humaine intense depuis l’Antiquité

Une prison, un aqueduc et un siège régional !
L’un des deux bâtiments qui composent aujourd’hui l’Hôtel de Région porte un nom chargé d’histoire : Les Présentines. Un clin d’œil à l’ancienne prison de femmes qui occupait autrefois les lieux. Construite entre 1820 et 1823 par l’architecte Michel-Robert Penchaud, elle accueillit exclusivement des détenues jusqu’en 1943. Plusieurs résistantes y furent emprisonnées durant la Seconde Guerre mondiale avant que l’édifice ne soit démoli au début des années 1980.
Juste devant l’entrée, un autre témoin du passé attire le regard : l’unique arche conservée de l’ancien aqueduc de l’Huveaune. Édifié au XIIe siècle pour alimenter Marseille en eau, cet ouvrage médiéval est aujourd’hui l’un des vestiges les plus inattendus du centre-ville.
À ses côtés se dresse également un khatchkar, une stèle arménienne sculptée offerte par la ville d’Etchmiadzin à la Région, rappelant l'ouverture du territoire sur les cultures du monde.

La Rotonde, un manifeste architectural
L’Hôtel de Région tel qu’on le connaît aujourd’hui a été construit en deux temps. D’abord Les Présentines entre 1984 et 1986, puis La Rotonde, achevée en 1991. Cette seconde phase a été confiée à l’architecte Claude Parent, figure majeure de l’architecture française contemporaine, associé aux architectes marseillais Christian Biaggi et Bruno Maurin.
Dès l’entrée, le visiteur comprend qu’il ne s’agit pas d’un bâtiment administratif comme les autres. Immense atrium baigné de lumière, verrières monumentales, volumes spectaculaires : tout ici a été pensé pour créer une architecture vivante. La particularité du lieu ? Ses circulations en pente douce qui permettent de passer d’un niveau à l’autre sans emprunter d’escalier. Une signature directement inspirée du célèbre concept de la « fonction oblique » développé par Claude Parent.
L’architecte imaginait des espaces favorisant le mouvement plutôt que la rigidité des lignes droites. Une vision audacieuse qui fait aujourd’hui encore de la Rotonde un exemple remarquable du patrimoine architectural contemporain français.

Quand l’art s’invite dans l'institution
Ouvrir les portes de l’Hôtel de Région, c’est aussi découvrir une collection d’œuvres intégrées à l’architecture même du bâtiment. Les jeux de lumière colorée de l’Atrium et de l’hémicycle sont l’œuvre du père André Gence, artiste marseillais de renommée internationale.
Dans l’hémicycle, les tapisseries monumentales de Christian Jaccard dialoguent avec les volumes imaginés par Claude Parent, tandis que le salon d’honneur accueille une fresque conceptuelle signée Max Charvolen, où l’art se prolonge jusque sur les piliers et le sol.

Journées européennes du patrimoine : une invitation à regarder autrement
Les Journées européennes du patrimoine offrent une occasion rare : celle de franchir les portes d’un lieu souvent perçu comme institutionnel pour découvrir tout ce qu’il raconte de Marseille et de son histoire. De l’Antiquité grecque aux expérimentations architecturales du XXe siècle, l’Hôtel de Région est bien plus qu’un siège administratif. C’est un concentré de patrimoine, un trait d’union entre mémoire et modernité, et sans doute l’un des bâtiments les plus méconnus de la ville.


Claude Parent, architecte engagé
Élève de Le Corbusier, rédacteur en chef de la revue L’Architecture d’Aujourd’hui, il est à l’origine (avec le philosophe Paul Virilio) du concept de la fonction oblique qui privilégiait un plan incliné plutôt que des lignes verticales et horizontales qu’imposaient jusque-là les standards du modernisme. Au lendemain de la disparition de Claude Parent en 2016, l’architecte Jean Nouvel a tenu à saluer la mémoire de son maître. « Claude Parent est l’architecte qui, dès les années 1960, a donné une autre vision de l’architecture française, vision orientée vers le futur et vers l’art, dans une direction diamétralement opposée à celle de Le Corbusier. Récusant la ville verticale il a imaginé les « inclisites », cités obliques où les habitants comme les montagnards vivent essentiellement sur les pentes, nouvelle organisation de l’espace basée sur la santé et le plaisir du corps en mouvement. »

