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Santé, Particulier

Professeur Olive : « nous vivons un changement de paradigme pour les malades du cancer »

Mis à jour le 12 février 2024

L’immunothérapie constitue un espoir pour les malades du cancer partout dans le monde. Ce traitement, utilisé en essais cliniques en cancérologie à l’Institut Paoli-Calmettes repose sur des technologies développées au sein de Marseille Immunologie Biocluster.

Le Professeur Olive est chef de l’équipe « Immunité et Cancer » du Centre de recherche en cancérologie de Marseille, professeur d’immunologie et responsable du programme d’enseignement Oncologie Recherche à la Faculté des Sciences Médicales et Paramédicales Aix-Marseille Université et cofondateur d’ImCheck. Ses travaux en immunologie ont ouvert la voie à de nouveaux traitements contre le cancer. Il nous explique pourquoi.

Qu’est-ce que l’immunothérapie ?

L’immunothérapie consiste à moduler les réponses immunes. La fonction principale du système immunitaire, c’est d’empêcher que des microbes se développent dans l'organisme et soient délétères pour nous. Le système immunitaire agit partout dans le corps et peut donc servir à guérir un large spectre de pathologies. Il joue un rôle dans les maladies comme le cancer, les maladies auto-immunes ou les maladies inflammatoires. Si on veut moduler les défenses immunitaires il y a deux manières de le faire, en les augmentant ou en les diminuant. A Paoli-Calmettes, nous augmentons les réponses du système immunitaire pour qu’il lutte contre le cancer. Mais il est aussi possible de diminuer les réponses immunitaires, pour contrôler des maladies auto-immunes par exemple.

Comment ça fonctionne ?

Grâce à des produits qu’on appelle des anticorps. Ils ont beaucoup fait parler d’eux pendant la pandémie, maintenant le grand public sait qu’ils sont produits naturellement lorsque notre corps lutte contre une maladie. Nous avons pu fabriquer en laboratoire des anticorps capables de reconnaitre les molécules immunomodulatrices et de se fixer sur elles pour agir. En 2012, on s’est rendu compte que l’anticorps appelé Antipd1 permettait à certains patients réfractaires aux immunothérapies de contrôler des pathologies réputées difficiles, comme le cancer du poumon, et agissait sur une longue liste de pathologies, incluant les mélanomes, les cancers de la vessie ou du foie. Une autre étape a été franchie avec l’anticorps appelé Antibtn3, utilisé par la société Imcheck que j’ai co-fondé et qui permet d’agir sur d’autres pathologies comme les leucémies, les lymphomes et les tumeurs solides.

Qu’est-ce que cela va changer dans la vie des patients ?

On s’est aperçu que ces anticorps permettaient à des patients résistants à tout traitement, chimiothérapie et radiothérapie, de contrôler leur pathologie. A l’heure actuelle, ce traitement est utilisé en complément des traitements classiques, mais on souhaite qu’à terme il puisse permettre de diminuer les chimiothérapies et même être efficace avant tout traitement. C’est ce que nous souhaitons, mais nous ne savons pas si cela va se réaliser. Nous menons des essais avec des patients pour qui le pronostic est malheureusement sombre. Entre 2020 et aujourd’hui, plus de 150 patients ont été testés et les premiers résultats montrent des réponses cliniques, mais la route est longue avant qu’un nouveau traitement ne voie le jour, il doit passer de nombreux tests. On va vers un changement de paradigme pour les patients, l’immunothérapie permet d’imaginer soigner des cancers qu’on ne savait pas soigner, elle pourrait se substituer aux traitements actuels. Il y a quelques années, on ne connaissait que la chirurgie et les chimiothérapies lourdes pour lutter contre le cancer. Aujourd’hui, on va vers un allègement des traitements, ce qui est un changement majeur pour la vie des patients.

Quels rôles sont joués par des structures comme Imcheck et Marseille Immunology Biocluster ?

En tant que médecin chercheur, si on identifie des nouveaux médicaments potentiels, on est limité financièrement pour tester nos hypothèses, car cela nécessite des millions d’euros. Pour y arriver, il faut créer une société, avec des financements privés. C’est ce que nous avons fait avec Imcheck, qui a pour objectif de créer un médicament efficace, une nouvelle génération de modulateurs du système immunitaire. Imcheck fait partie de Marseille Immunology Biocluster. Ce biocluster est une initiative gouvernementale qui a pour ambition de développer des nouveaux médicaments et des nouveaux dispositifs médicaux qui permettront dans certains domaines une autonomie nationale. Un budget de près de 97 millions d’euros a été alloué pour créer des projets territoriaux qui regroupent les institutions, dont la Région Sud, des universités, des centres de recherche, des laboratoires et des industriels.  

Mis à jour le 13 juin 2024