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Le Podcast Région Sud - Parle Sud

Ici ça « Parle Sud » : c’est la région dans vos oreilles où et quand vous voulez ! Le podcast pour s’imprégner, rire et s’émouvoir des richesses régionales. Écoutez le portrait sonore de femmes et d’hommes qui vous plongent dans l’ambiance du Sud.

Des voix qui nous parlent, des histoires qui vous rappelleront peut-être la vôtre. 

Avec « Parle Sud », podcast de la Région Sud, faites plus ample connaissance avec des personnalités régionales, et bien souvent, nos meilleurs ambassadeurs !  Ils ont tous un point commun : quoi qu’il arrive, ils seront toujours fiers de représenter le Sud et notre identité.
Renaud MUSELIER
Président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur,
Président délégué de Régions de France

Episode 5 – Sophie Ferjani, l'atout vitaminé pour Marseille!

Ce mois-ci rencontre avec Sophie Ferjani l’architecte d’intérieur la plus marseillaise des néo-marseillaises ! De ses vacances d’été dans la Cité Phocéenne alors qu’elle était enfant à son installation définitive sur les hauteurs de la ville il y a quelques années, Sophie Ferjani vit la ville en tribu. Son attachement à la Région Sud, ses projets, ses aventures télévisuelles, elle nous dit tout avec l’enthousiasme qui la caractérise et le sourire dans la voix ! Bonne écoute !  
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Si vous deviez vous présenter à quelqu’un qui ne vous connait pas du tout, que diriez-vous ?

Alors je suis Sophie Ferjani, née Godeau, c'est important parce qu'il faut se rappeler d'où l’on vient. Je viens du Loir-et-Cher, d’un tout petit village. De deux parents que j'embrasse très fort parce que tout ce que je suis, je leur dois. J'ai 45 ans, j'ai trois enfants, je suis maman de trois garçons. C'est ma priorité. Mon mari est mon amoureux depuis le lycée, depuis que je suis entrée en seconde, c'est important aussi dans son histoire. On vient de la région Centre, de Blois exactement.

Je suis montée à Paris, à 18 ans, pour faire mes études d'arts appliqués, ce qui était mon rêve. Je savais que je voulais faire du beau, du joli depuis que j'étais petite mais il fallait passer par Paris, c'était le centre de la création et des opportunités. Donc je suis restée 20 ans à Paris, parce qu'après le bac le travail se trouvait là-bas. Et au bout de 20 ans, on s'est dit que ce n'était pas notre rêve de vivre à Paris. On voulait juste bosser, nous accomplir professionnellement, sauf qu'on n'était pas très heureux, on n'était pas malheureux, mais ce n'était pas ce qu'on voulait faire. On ne choisit pas sa famille, mais on peut choisir où l’on va vivre, et donc on a décidé de se barrer à 40 ans avec mon mari. Il a quitté son job, il travaillait chez Conforama depuis 17 ans et il a tout plaqué pour monter le magasin « La sélection by Sophie Ferjani » avec moi à Marseille.

Et j'ai oublié de dire un truc, c'est que je fais de la télé ! Donc je suis décoratrice, architecte d'intérieur. En fait je fais du beau, voilà ma définition de qui je suis. Désolée Caroline, je ne sais pas faire des phrases courtes, je vous le dis ça va être très long notre interview.

Merci pour cette première réponse plein de punch et de soleil. Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui et qu'avez-vous fait ces derniers jours qui vous a rendue heureuse ?

Aujourd'hui on est lundi, le magasin est fermé, on fait un coup de fraîcheur et un coup de nettoyage de printemps tous les lundis. Donc j'aime bien, c'est mon petit jour où on est des petites fourmis, on s'active. Il fait beau, le ciel est bleu, donc c'est génial. Et ce qui m'a rendue heureuse ces derniers jours, c'était ça L'idée, c'est ça ? On a fait des goûters en famille parce que forcément, il y a eu samedi et dimanche, on a lu des livres. Mon fils est descendu en pleine nuit parce qu'il ne voulait pas dormir, on a été obligé de dormir avec lui, oh, c'est trop nul. On fait semblant de l'engueuler. Il ne faut pas qu'il écoute, mais on adore ça. Et j'ai soigné mon moyen parce qu'il a une gastro. Donc voilà, j'ai fait maman poule ce week-end.

Alors vous le disiez tout à l'heure, vous êtes née à Blois en 1977, loin d'ici. Nous avons forcément envie d'en savoir plus sur votre première rencontre avec le Sud, avec cette région et ensuite votre coup de cœur pour Marseille, là où vous avez posé vos valises en famille récemment.

Alors ma première rencontre avec Marseille, j'étais petite. Ça commençait vers 2 h du matin, on partait en vacances, donc en fait mon père se couchait tôt. On montait en voiture vers 2 h, mes parents nous avaient aménagé un espace pour dormir dans la voiture avec ma sœur, et pendant tout le voyage on dormait, on se réveillait vers 9 h et on était arrivé à Marseille. Voilà, c'est ça mon souvenir. Et ça sentait le pâté et le café. Si vous venez de la campagne comme moi, on ne part pas en long voyage sans une thermos de café, un sandwich au pâté et un sandwich à la rillette. Donc pendant tout le voyage avec ma frangine ça puait dans la bagnole et mon père ne supportait pas d’ouvrir les fenêtres ça lui faisait des torticolis. C'était absolument horrible et notre seul plaisir c'était d'ouvrir les yeux, on était arrivé le matin, on entendait les cigales et on était à Marseille.

Vous passiez vos vacances à Marseille ?

On ne passait pas toutes nos vacances. Mes parents étant modestes, la semaine ou les deux semaines de vacances qu'on pouvait se payer, on venait à Marseille ou dans la région, donc c'était Cassis, c'était autour, mais c'était ici.

Donc ce sont des souvenirs de baignades, de balades ?

Beaucoup de balades, randos et carte physique à la main. On partait, on n'en pouvait plus avec ma frangine et aujourd'hui, je le fais subir à mes enfants parce que c'est génial j'adore. Mais c’était surtout des balades et les calanques, à l'époque c'était En-Vau et tout à pied, on les faisait toutes, on passait par l'endroit où c'est hyper glissant, hyper dangereux. Aujourd'hui, on n'y passe plus.

On flippait « non maman, tu ne vas pas nous ramener là » - « mais si, mais si ! », on pleurait avant d'y aller. Et voilà, c'est ça mes souvenirs.

Vous avez fait le choix d’une villa avec vue mer sur les hauteurs de la ville, qu'entendez-vous, que voyez-vous et que sentez-vous quand vous ouvrez vos fenêtres le matin ?

Alors déjà, quand j'ouvre mon portail, ça coulisse ça coulisse, et à travers les arbres, je vois la mer et ça déjà, c'est fabuleux et fantastique, ça n'a pas de prix. Alors je n’ouvre pas les volets le matin parce que je dors avec les volets ouverts, parce que je vis vachement avec l'extérieur et le lever du jour donc je ne supporte pas d'avoir des volets fermés, ça me déboussole. Par contre, je dors beaucoup avec les fenêtres ouvertes dès qu'il fait un tout petit peu bon, ce qui arrive beaucoup chez nous. J'adore les bruits de la nuit, des oiseaux, j'adore le bruit des cigales, j'adore le bruit des grillons de tout ça, des feuilles parce qu'on a des platanes, les bruits d'une maison en général et les bruits de la mer. Alors moi je vis dans les quartiers nord, donc j'ai aussi des bruits de cité, mais tout ça, ça fait partie de ma vie et c'est ce que j'aime parce que c'est mon histoire à moi et c'est comme ça que je me construis, baignée de tous ces extrêmes, c'est comme ça que je suis heureuse. J'ai les bruits de la ville et j'ai les bruits des bateaux parce qu'en dessous de chez nous on a effectivement tous les bateaux de croisière qui sont là, des fois j’ai le droit à « on fait tourner les serviettes ». Le soir en fait c'est un truc de dingue avec le vent ou le mistral ou autre, vous avez l'impression d'être sur le bateau avec eux. Bon moi je ne suis pas très fiesta comme ça, mais c'est drôle en fait, ça nous fait rigoler. C'est pour ça que j'aime Marseille, c'est pour les éléments. J'ai besoin de me rattacher à la terre, à l'eau, au feu, à tout. Et de la maison j'ai sans arrêt devant les yeux, sous le nez, aux oreilles ? effectivement tous les bruits, toutes les vibrations marseillaises et surtout de la nature en plus de la ville, ce sont toujours ces contrastes qui me baignent. J'aime être sur la balance. Ça sent aussi les pots d'échappement des bateaux, on ne va pas se mentir mais voilà, c'est ça que j'aime à Marseille, c'est tous ces savants mélanges du bien et du moins bien. Et ça fait ce qu'on aime.

Ça fait combien de temps vous vous êtes installés à Marseille ?

Ça fait cinq ans et demi qu'on est à Marseille.

Pour les enfants ça a été évident ?

Non, pour les enfants, c'est comme tous les enfants hein ! Vous déracinez vos enfants en déménageant. Un enfant est attaché à sa maison, surtout moi, je suis très matérialiste, alors j'apprends à l'être moins avec mon mari, mais venir à Marseille, c'était : « comment ça tu nous enlève de notre école, de notre maison, notre jardin ! Mais jamais je retrouverai un jardin pareil ! ». Mais tu es fou ou quoi, tu es en banlieue parisienne, il faisait 100 mètres carrés, c'était nul, mais c'était fabuleux. Donc, au début, ils m'ont fait la gueule. Quand on est arrivé à Marseille, on avait loué vraiment en plein cœur de Marseille, à côté de Saint-Charles, aux Réformés exactement, on avait loué un superbe appart de 180 mètres carrés, magnifique, ancien, sublime, 3 mètres 70 sous plafond, avec de la marqueterie partout au sol. Ils sont rentrés, ils se sont mis à pleurer en me disant « oh c'est moche », ils n'ont pas du tout compris. Mais ils m'ont dit : « Maman comme on t'aime, on sait que tu vas faire quelque chose de joli, mais c'est moche ». Dons ils n’étaient pas du tout content de venir à Marseille et là, récemment, depuis un an, un an et demi, ils osent me dire : « ouais, c'est quand même mieux que Bondy », ça y est !

Vous partagez votre temps entre Paris et Marseille. Est-ce désormais ici, dans le Sud, que vous vous sentez vraiment chez vous ?

Alors, ça a toujours été ici, dans le Sud, que je me suis sentie chez moi et pas à Paris. A Paris j'y étais, je le savais,  en location de courte durée ou de longue durée, mais ce n’était pas chez moi. Marseille, je ne peux pas vous l'expliquer, mais c'est chez moi. C'est à dire que quand je suis venue petite, quand je me promène ado et quand j'y reviens femme, je suis dans les rues et je sais que c'est chez moi. Mais voilà, on ne sait pas dire pourquoi, mais c'est chez moi ici, voilà.

 

Alors on va faire un saut dans le temps. Sophie, vous êtes l'architecte d'intérieur la plus connue des Français grâce au petit écran. Vous avez failli l'oublier dans votre présentation de tout à l'heure et pourtant, tout a commencé avec « Maison à Vendre » aux côtés de Stéphane Plaza, dont le 100ᵉ numéro a été diffusé il y a peu je crois, mais aussi d'autres programmes comme 100 % Mag, 100 % maison, Téva, Déco et j'en passe. Racontez-nous cette aventure télé, Comment ça a commencé, ce qu'elle vous a apporté et ce qu'elle vous apporte encore ?

Déjà merci la vie parce que c'est génial. Après, dans la vie, il n'y a pas de hasard non plus. Tout ce qu'on obtient on l'obtient par le travail, je tiens à le dire parce que souvent j’entends : « elle a de la chance elle passe à télé », non ! Tout se provoque dans la vie. Quand on veut quelque chose, il faut aller le chercher. Ça a commencé, donc j'avais décidé de me mettre à mon compte au bout de huit ans où je travaillais, j'étais directrice artistique dans une société de publicité et on faisait de la déco, de la PLV, donc vraiment de l'événementiel pour des marques qui lançaient des parfums et tout. Il fallait raconter une histoire à travers la décoration, dans des pharmacies, dans des boutiques. Et je me suis dit j'en ai marre. En fait, il y a un rapport à l'argent qui ne me plaisait plus du tout.

Donc j'ai décidé de m'installer à mon compte et de travailler pour les particuliers. Une fois qu’on se met à son compte, c’est bien beau, ça y est je suis décoratrice, ok, mais qui est là pour l'entendre ? Et comment on le dit ? Parce qu'à l'époque, il y a 17 ans, les réseaux sociaux, ça n'existait pas, c'était des chats et des forums de discussion. Pas d'image à l'époque, on écrivait du texte. Et puis donc, pour me faire connaître, on avait acheté à plusieurs dans une vieille serrurerie en banlieue parisienne, et on avait refait des lofts. Donc déjà, les voisins le voient, ceux qui veulent acheter aussi : « oh mais c'est génial, qui est-ce qui a fait ça ? – Oh bah c’est moi - super ».  J'avais commencé à bosser comme ça et au-delà de ça, il fallait se faire connaître. Donc je m'asseyais le matin à mon bureau, à 8 h et demi, une fois que j'avais emmené mon petit à la crèche, parce que je me disais : « Non, tu ne t’endors pas sur tes lauriers, tu veux te mettre à ton compte ? Il faut bosser, même si tu n’as rien à faire, il faut bosser ! » Donc j'emmenais mon enfant à la crèche, je m'asseyais à mon bureau, et puis jusqu'à 18 h que je retourne le chercher, j'allais sur des forums de discussion, sur des chats, je faisais mon beau site, etc, j'essayais de nourrir tout ça. Et puis j'ai dû me faire connaître comme ça parce que j'avais créé un blog, le mot blog existait encore.

On m'a proposé un jour par mail, au bout de 1 an, 1 an et demi d'activité, de coprésenter une émission. Bah oui, bien sûr, quelle drôle d'idée ! Donc ils lançaient « Maison à Vendre » et ils faisaient un casting de décoratrice. J’ai su après que nous étions 80. Je me suis présentée au casting, on m’a filmé en train de me présenter, de montrer mon book, mes travaux et tout. Et puis ça s’est fait comme ça, j'ai été prise. J’ai rencontré Stéphane Plaza et on nous a jeté dans un appartement parce qu’il commençait lui aussi, on nous filmait pour voir comment ça matchait tous les deux, et on s'est super bien entendus et on a fait une fausse émission en live pour voir comment ça donnait. Puis on nous a gardé, enfin, lui était déjà gardé d'office. Le duo a pris tout de suite et ça fait quinze ans que ça dure.

J'avoue qu'au début, je l'ai fait juste pour me faire de la pub parce que moi j'avais mon activité et la seule chose que je voyais, c'était de la pub gratuite. Et je me disais : «  si tu passes à la télé, tu vas avoir des clients, c'est génial ! » Sauf qu'en vrai, dans la vraie vie, le home staging, c'était très nouveau en France. La décoration aussi, parce que ça faisait un an et demi que Déco existait avec Valérie Damidot, c'était récent. Et avant ça, on ne va pas se mentir, la décoration, c'était réservé à une élite, les gens pensaient que s’ils n’étaient pas blindés de tunes ils ne pouvaient pas se payer une décoratrice. Ça a complètement changé depuis. Et surtout avant, on s'achetait la patte du décorateur alors que ce n’était pas forcément notre style, il y avait un côté un peu impersonnel. Donc c'était très nouveau. Le fait de passer à la télé ne m'a pas aidé rapidement, parce que ce n’est qu'au bout de deux ou trois ans que j'ai commencé à voir les retombées. Les gens étaient juste curieux au début, donc je me suis accrochée, puis j'aimais ça en plus, c'était cool parce que Stéphane était quand même super sympa et on tournait en extérieur. C'était des bandes de copains, à chaque fois, des récréations et tout. Et puis au final, les clients ont commencé à rentrer. Mais je n’avais plus de temps pour prendre les clients parce que la télé m’accaparait. Ça a duré pendant de nombreuses années où finalement, j'ai fait que ça. Je gardais quand même deux ou trois clients par mois, mais je ne pouvais pas en faire vraiment beaucoup.

Ça vous prenait vraiment beaucoup de temps Maison à Vendre ?

Beaucoup de temps oui, la télé prend énormément de temps parce que là, par exemple, je suis sur la prépa d'une nouvelle émission. Il faut une dizaine de jours de prépa. Il y a quatre cinq jours de tournage donc sur un mois de 21 jours ouvrés de travail, ça va vite, ça prend 80 % du temps rapidement. Donc oui, c'est énergivore, mais c'est génial. La télé a commencé comme ça et j'ai commencé à me faire connaître gentiment, mais doucement. On a amené, en même temps qu'on s'est fait connaître, l'idée de home staging, de décoration, de vulgariser au sens propre du terme l'idée de la déco. Ça peut être pour tout le monde, ce n’est pas réservé à une élite et ça s'est fait gentiment.

Ma notoriété est montée de la même manière, gentiment, doucement, avec des sourires, avec des compliments. Ce n’est pas comme une poussée fulgurante où tout d'un coup on ne sait plus qui on est ni où on est. Ça m'a permis de toujours garder les pieds sur terre et donc je pense que je suis toujours la même personne sauf que j'ai un peu vieilli. Mais voilà, la télé, ça a été au début effectivement, de la pub. C'est devenu une passion, mon job à temps plein et aujourd'hui, c'est toujours ça.

Comment répartissez-vous votre temps entre la boutique ici à Marseille et la télé à Paris ?

Alors, dès que je ne suis pas en tournage, je reviens à la boutique. On va dire que les tournages aujourd'hui représentent moins de temps. Parce que mon Stéphane, qui est un homme qui bouffe la vie, veut tout faire. Du théâtre, de la télé, de la cuisine, pourquoi pas, des vacances, il en prend très très peu, mais des tournages, des émissions et des émissions et des émissions. En fait, il a de moins en moins de temps. Donc nous, ça nous a permis d'espacer un peu nos tournages récurrents. Du coup, je me partage, on va dire 40 % pour les tournages, seulement 20 % du temps à Paris. Les autres 20 % passent ici, soit dans mes bureaux, soit à la maison à travailler. Et puis le reste du temps, je suis dans la boutique ou dans le cabinet d'archi parce que j'ai le rôle de directrice artistique partout, je sélectionne tous les produits. Et puis le rôle de maman aussi, si vous avez des enfants, ceux qui nous écoutent, vous savez que ça prend beaucoup de temps.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?On va faire un point sur votre actualité, on est fin janvier en tout début d'année.

Alors très honnêtement, j'ai plein d'idées, d'envies en tête, il n'y a rien de concret. Le truc, c'est que quand on a ouvert ici, tout le monde nous a demandé si on allait ouvrir ailleurs, à Lyon, à Bordeaux, à Grenoble. Bah non, j'aimerai mais je ne sais pas déléguer. Ça a toujours été mon défaut. Et comme je fais tout avec le cœur un peu façon vieille boutique de ma grand-mère, moi si j'ouvre à Bordeaux, il faut que j'aille à Bordeaux, si j’ouvre à Lille, il faut que j'aille à Lille. Donc ça, je ne sais pas me dédoubler. Peut-être que je changerai d'avis, mais en tout cas, aujourd'hui, je n’ai pas envie, et surtout pas de me franchiser, ce n’est surtout pas le concept. Je n’ai pas envie de me multiplier.

Par contre on avait envie de faire un développement linéaire rue de la République à Marseille, donc c'est pour ça que le cabinet d'architecte s’est collé à côté. Dans mon rêve fou, derrière j’aurai la menuiserie, on ferait une recyclerie et on retaperait des meubles seconde vie. Ça, c'est mon rêve depuis le début et c'est écrit dans mon projet d’il y a cinq ou six ans, même sept ans. Ça se fera ou pas. Mais s’il y avait cet atelier, on viendrait retaper ces meubles ensemble. Voilà, il pourrait y avoir plein de choses, une saladerie dans mon idéal aussi, on viendrait bouffer ensemble le midi. En gros, c'était un peu le village pas des bisounours mais de Sophie Ferjani.

Est ce qu'il y a des gens qui viennent d’ailleurs à Marseille juste pour votre boutique ?

Oui, juste pour la boutique ou juste pour le cabinet d'archi, bien sûr. Les gens se déplacent beaucoup même. D'ailleurs, je suis sur l'écriture d'un guide justement parce que les gens viennent. Parfois, le mari n’est pas tout à fait au courant, il croit qu'il va en week-end en amoureux. Mesdames, je vous le dis, ça marche parce que vous êtes beaucoup à le faire. Donc ils réservent un petit hôtel pas loin, et en passant devant ma boutique, elles font semblant le premier jour : « Ne me dites pas que c'est pas vrai, elle est là ? Oh chéri et si on rentrait dans la boutique ? » Et après elles viennent me voir en disant « Sophie, il est où le resto dont vous aviez parlé ? - Ah oui, c'est mon pote Michel, c’est à côté, c'est la trattoria ». En fait, je passe mon temps à réciter les mêmes choses. Donc du coup, je suis en train d'écrire un petit guide où je vais pouvoir laisser à mes clients en gros « deux jours à Marseille en passant par chez Sophie » ou Je n’en sais rien, mais c'est assez drôle.

A quel moment vous êtes-vous sentie la plus heureuse, la plus épanouie ?

Wow ! Euh. Je ne sais pas. Souvent, je me vois sourire comme une con en regardant le paysage assise sur une roche, en regardant la mer avec mon petit garçon à côté de moi aussi, un goûter le mercredi après-midi, parce que je lui dis viens on va marcher dans la montagne. Voilà, c'est tout de suite ce qu’il me vient en tête.

Désormais à Paris ou à l'étranger, est-ce que vous vous sentez ambassadrice du Sud ?

Oui, mais je pourrais faire mieux.

C’est-à-dire ?

Petit reproche, il me semble que je ne suis pas assez sollicitée. Alors après, est ce que c'est parce que je viens de Paris ? Mais je ne suis pas parisienne. Je pense que je pourrais faire mieux. Voilà, je ne suis pas assez ou conviée ou partagée, du genre il y a un nouveau musée qui ouvre ou un nouveau truc qui va ouvrir, on retape, je dis n'importe quoi mais La Poste à côté, là, moi mon truc, c'est de l'architecture. Moi mon rêve quand je passe et que je me promène en ville, c'est de rentrer dans les maisons pour voir et dire : « Oh, regardez-moi ce plafond, regardez-moi ce parquet ». En fait, c'est mon kiff de petite fille, de rentrer comme une petite souris, de découvrir des lieux. Pas par curiosité, juste parce que je suis fan de ça. Ils ont retapé la Poste à côté, mais pourquoi on ne m'a pas convié à un moment ? Quand ils font le truc avec les archi, je rêverais d'y aller et de parler de Marseille, de parler que c'est beau, que oui, on rénove des trucs. Donc voilà, c'est juste le petit reproche. Je pourrais faire beaucoup plus.

C'est quoi pour vous Le Sud ?

Le Sud ? C'est un tourbillon de mélange, de bonne humeur et de et de plein de choses. Marseille, c'est la meilleure représentation du Sud. C'est pour ça que moi je tenais à venir à Marseille et pas ailleurs, et qu'on me dit : « Ah oui, non, tu dis Marseille mais c’est Cassis ? » mais non, c'est Marseille.

Marseille, c'est ce port, c'est tout, par son histoire, par tout ce que ça raconte, par le quartier du Panier. C'est un ancrage profond et un mélange. Humainement ce sont des gens qui viennent de partout, de plein de cultures, même au niveau de la bouffe, au niveau du paysage, il y a un mélange de tout. C’est une énergie folle le Sud, pour moi, c'est ça ! Et puis c'est une grande claque dans ta gueule aussi, attends, calme-toi, assieds-toi et regarde. Ah oui, pardon, et on se tait. Et là, il y a la mer. Parce que finalement, il y a un coup de bourrasque et ne m’entend plus parler, même si je parle très fort et tout à coup hop, on ne m’entend plus. Et voilà, j'adore ça.

Et le Sud ? Moi, c'est ce qui me ramène fortement, encore une fois, je parle de valeurs et de nos sens, qui me rappelle constamment qu'on est de passage sur terre une courte période et putain mais cette maison que tu as achetée, peut-être qu’elle sera encore là dans 200 ans. Et surtout, au-delà de ça, la pierre, la roche sur laquelle tu es, et cette mer, et ce truc, et cette vague qui vient frapper, elle sera encore là, puis t’es rien pour elle. Donc en fait, je trouve que ça nous ramène toujours à beaucoup d'humilité.

Où vous voyez vous dans dix ans ?

Dans dix ans ? Toujours ici, bien sûr. J'avoue, je n'aime pas trop penser au futur à l'avenir comme ça. Moi, j'aime profiter de chaque jour et j'essaie surtout parce que ça a été mon défaut pendant longtemps et ça l'est encore un peu, de me dire bon, et après ça ? Et après ? Et après, y a quoi ? C'est pour ça que je vais si vite, que je parle peut-être vite, que j'ai toujours plein de projets. Mais j'essaie de me poser un peu. C'est pour ça que j'ai voulu venir vivre à Marseille parce que, comme je le disais, ça me calme. La présence des éléments est tellement forte et ça me permet d’essayer de me raccrocher au moment présent. Donc voilà, dans dix ans j'espère que je serai toujours aussi épanouie. Mais je n'en doute pas, parce que j'essaye de m'entourer d'éléments ou de choses ou de personnes qui font en sorte de se sentir heureux au quotidien.

Si c'était à refaire, referiez-vous les choses de la même manière ?

Oui, il ne faut rien regretter dans la vie. Oui, on est ce qu'on est parce qu'on est passé par là où on est passé.

Episode 4 – De « Dix pour cent » à « Ici Nougaro » : Grégory Montel, l’acteur attaché au Sud

Ce mois-ci rencontre avec le comédien Grégory Montel qui ne s’éloigne jamais trop de Digne-les-Bains, sa ville natale. Il nous raconte comment il s’y implique dans la vie culturelle avec le cinéma « Le Top » dont il souhaite faire un vrai lieu de vie artistique ouvert à tous. Celui que vous connaissez sans doute grâce à son personnage de Gabriel dans la série « Dix pour Cent », revient sur les planches pour un hommage à Claude Nougaro.
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Si vous deviez vous présenter à quelqu'un qui ne vous connaît pas du tout, que diriez-vous ?

Je me présenterais en disant Bonjour, je m'appelle Grégory Montel. Je dirais d’où je viens, car c’est important. Je viens de Digne-les-Bains, c'est l'endroit où je suis né. Plus globalement, je suis un acteur de théâtre, de cinéma, et aussi un acteur du territoire parce que j'ai envie de m'engager. Ça m'intéresse.

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui et qu'avez-vous fait ces derniers jours qui vous a rendu heureux ?

Je vais plutôt bien aujourd'hui. Hier, j'allais moins bien parce que je fais un métier difficile qui met souvent les nerfs et la confiance à l'épreuve. Hier soir, j'ai bien travaillé. J'ai appris mon texte ce matin, j'ai amené mes enfants à l'école et du coup, ça va mieux. Mais il y a toujours beaucoup de mauvaise conscience dans notre métier parce que c'est un métier où on ne cesse jamais de travailler.

Vous êtes né à Digne-les-Bains, dans les Alpes de Haute Provence, en 1976. Elle ressemblait à quoi votre enfance dans une famille de commerçants ?

C’était une enfance un peu rêvée. J'avais des parents et des grands-parents aimants. Je me souviens de ma grand-mère paternelle chez qui j'allais manger tous les midis et où j'allais dormir le soir. Donc j'étais heureux. J'avais beaucoup d'amis avec qui je faisais du tennis, du rugby, du football, de l'athlétisme. J'ai eu cette chance qui m'a probablement donné un équilibre personnel. Donc j’ai vécu une enfance heureuse. Ce n’est pas très original. J'ai compris plus tard que tous les enfants ne sont pas aussi joyeux.

À Digne, qu'est-ce que vous sentiez quand vous ouvriez les fenêtres le matin ?

Tout dépendait de l'époque. Quand j'ouvrais les fenêtres de la maison au printemps, évidemment, c'était l'odeur. Et je pense aux oliviers systématiquement. On avait un petit jardin à la maison où il y avait beaucoup d'oliviers et mine de rien, l'olivier a une odeur. En hiver, c'était l'odeur de la fraîcheur matinale, de la rosée du matin. Parce qu'à Digne, il peut faire très froid, c’est à 700 mètres d'altitude au milieu des montagnes.

Nous enregistrons à Marseille, on est dans un très joli bar d'hôtel. C'est ici que vous vivez désormais. Est ce qu'il vous arrive d'imaginer vivre ailleurs qu'ici ?

Non. Je me pose souvent la question de savoir si je suis plus heureux ici ou à Paris. Ça va vous étonner pour quelqu'un du Sud comme moi mais Paris me manque beaucoup. Dans les métiers de l'art et de la culture en général, il y a une émulation très forte. C'est un sujet qui est presque permanent. À Marseille, on parle de choses tout aussi importantes mais qui ont davantage un rapport avec l'eau, le temps et le soleil. Et c'est formidable ! Je suis en train de me rendre compte à quel point il se passe des choses à Marseille mais ce n'est pas encore rentré dans mon inconscient car je pourrais sortir tous les soirs si je le voulais et voir les plus belles pièces de théâtre.

À Paris, justement, comment vos origines régionales étaient perçues à vos débuts ?

Très rapidement, surtout quand on fait de la comédie, les gens sont systématiquement obnubilés par l'idée de l'accent. J'avais probablement davantage d'accent lorsque je suis arrivé à Paris en 2001. C'est très agaçant cette chose-là. Paris est Paris, il y a un fort sentiment de supériorité. Le côté province, ça continue de les faire beaucoup rire. C'est comme ça.

L’accent s'efface avec le succès, on vous en parle moins ?

On m'en parle moins parce que j'ai l'impression que l'accent s'est un peu dissout. Mais ça reste un sujet. 

On va faire un saut dans le temps pour comprendre la genèse de votre parcours. Impossible de ne pas évoquer cette révélation pour le théâtre, alors que vous aviez treize ans seulement, on vous a proposé le rôle de Chérubin dans « Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais. 

Eh oui, je pense à la professeure de français qui m'avait fait travailler cette pièce que j’ai revue récemment. Elle m’a montré des photos de cette expérience.[AA1] 

Comment avez-vous vécu cette première expérience de comédien ?

Sans tomber dans le cliché, la scène est un truc assez unique. C'est à la fois une grande solitude et en même temps, il y a plein de gens qui vous regardent, donc c'est très étrange. Je me rappelle que je suis entré sur scène et j'ai muté en quelque sorte. Il y a un truc dans mon cerveau qui a muté.

Je me suis montré comme jamais, ni auprès de mes professeurs, ni auprès de mes amis. Pour la première fois, j'ai été totalement probablement moi-même. Donc ça reste dans mon cerveau.

J'ai vite refermé cette boîte parce que ça fait peur d'être sans filet, sans filtre. Donc j'ai vite mis un couvercle là-dessus. Ensuite j'ai fait mes études bien sagement. À l'issue des études de droit, j'ai réouvert la boîte de Pandore. Je me suis dit que j’allais faire sortir le petit diable qui était en moi, le petit clown.    

J’ai senti que j’avais du talent.  Il n'était pas énorme, mais j'étais très volontaire. Et surtout, je me suis rendu compte que, tout en étant très feignant, j'avais énormément de pugnacité. Quand on est comédien, c'est important d'être pugnace et de se dire que ce n'est jamais perdu.  

Puis il y a eu le cours Florent à Paris, la rencontre avec Dominique Besnehard et évidemment le rôle de Gabriel Sarda, l’agent de stars dans la série « Dix pour cent ».

Est-ce qu'on peut dire que ce rôle de Gabriel Sarda dans « Dix pour cent » a changé votre vie ?

Bien sûr, ce rôle a changé ma vie ! Je pense que ce personnage de Gabriel n'aurait pas été aussi évident si, derrière, il n'y avait pas eu le travail mené avec mon ami cinéaste Grégory Magne. Son film, qui est très important pour moi, s'appelle « L'air de rien », m'a permis d'être révélé auprès du public et de la profession. Si je n'avais pas fait ce film, Cédric Klapisch, le cinéaste qui a tourné les premiers épisodes de « Dix pour cent », ne m'aurait jamais repéré. Ce personnage de Gabriel Sarda, il était fait pour moi.

Il vous ressemble ?

Gabriel Sarda me ressemble énormément, donc on s’est amusé avec ça.

Votre actualité, c’est votre retour sur les planches au Théâtre des Bernardines avec la pièce « Ici, Nougaro » ?

Oui j’ai hâte de présenter cette pièce au public ! Je suis fan de Claude Nougaro. Il a raconté plein de choses sur la vie artistique, l'engagement artistique, l'engagement même physique pour un art.

Mon ami, Charif Ghattas, a écrit un texte qui s'appelle « Ici Nougaro ». La pièce raconte l'histoire d'un certain Matthias qui est un sosie un peu raté de Claude Nougaro. C’est un artiste déclassé en quelque sorte, une sorte de gilet jaune du monde artistique, quelqu'un de déclassé d'abord amoureusement, ensuite professionnellement, puis globalement, socialement et qui, à travers l'amour éperdu pour Claude Nougaro, va quand même réussir à ne pas perdre pied.

C'est un très, très beau texte, très poétique, dans lequel on chante accompagné de Lionel Suarez qui est un musicien que je connais depuis une dizaine d'années maintenant et qui est un immense accordéoniste.

Retour aux sources à Digne dont vous ne vous éloignez jamais trop avec ce merveilleux projet de réhabilitation du cinéma « Le Top ».   

C'est un projet de longue haleine. Je n'avais pas prévu ça au début. Je n'ai pas pensé que ce serait si long. Un projet comme cela prend du temps parce qu’il bénéficie de pas mal de subventions. J'en profite d'ailleurs pour remercier la Région Sud qui est un des principaux partenaires.

« Le Top » doit servir à redynamiser le centre-ville. Digne est une ville moyenne qui souffre énormément en son cœur à cause de la concurrence des centres commerciaux. La ville s’est paupérisée. Je fais partie de ces gens qui pensent que les arts et la culture sont de nature à participer au dynamisme d'un cœur de ville. Donc l'idée est de racheter ce cinéma qui est sur la place de la ville et d'en faire un lieu moderne, attractif, vivant, culturel, artistique.  

 À quel moment vous êtes-vous senti le plus heureux ? Épanoui ?

Évidemment, dans des moments personnels, dans des moments très forts de vie, des naissances par exemple. Mais je me sens très heureux sur scène, c'est banal ! Mais sur scène, je me sens immensément heureux.

À Paris, à l'étranger ou ailleurs qu'ici, est-ce que vous vous sentez ambassadeur du Sud ?

À Paris oui, je suis ambassadeur du Sud parce que je porte cela en moi. À Marseille, ce n’est pas nécessaire parce il y en a qui le font bien mieux que moi.

C'est quoi pour vous le Sud ?

Mon Sud à moi, c'est la Méditerranée et la Provence. Quelque chose de très humain, très chaleureux et qui a un rapport direct avec le lien social, le lien affectif. Un truc du bassin méditerranéen, qui a un rapport avec le tactile.

Si c'était à refaire, est-ce que vous referiez les choses de la même façon ?

Probablement. Oui. Je referais les choses de la même façon. Je perdrais du temps à faire des études qui m'ont beaucoup apporté, même humainement, intérieurement.

Episode 3 – De l’intolérance alimentaire à l’étoile Michelin : Nadia Sammut, cuisinière hors pair

La cheffe étoilée originaire du Luberon revient sur son parcours, marqué par l’influence de sa mère et sa grand-mère, toutes deux cuisinières et par son intolérance alimentaire au gluten. Elle nous accueille sur la terrasse de l’auberge la Fenière à Cadenet, sous le soleil exactement. Découvrez Nadia Sammut en toute simplicité dans le troisième épisode de « Parle Sud ».
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Si vous deviez vous présenter à quelqu'un qui ne vous connaît pas du tout, que diriez-vous ?

Je dirais que je suis une enfant du Sud, née à Lourmarin, qui œuvre pour nourrir cette planète en conscience.

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui et qu'avez-vous fait ces derniers jours qui vous a rendue heureuse ?

Je suis dans un état d'esprit de bonheur, comme d'habitude. Chaque jour m'évoque ça. Et je dirais que les dernières choses qui m'ont fait plaisir, c’était de cuisiner ce week-end, de recevoir toutes ces personnes émerveillées et heureuses autour de choses qui me semblent hyper simples. Autour du pois chiche, comme d’habitude ! Bref, de donner ce petit goût du bonheur qui pour moi représente ma région.

On reparlera du pois chiche, mais revenons la Genèse. Vous êtes née à Lourmarin au tout début des années 80. Ça donnait quoi ? 

Ça donne une enfant qui est née dans un village de 1000 habitants au cœur du Luberon, avec un grand terrain de jeu qui est le village entier, avec des familles qu’on connaît très bien, qui sont des amies. Une problématique de maladie cœliaque à la naissance qui a été hyper acceptée dans un petit village comme ça. Tout le monde essayait de me faire du bien, d'être présent. Je suis ancrée ici.

Cette maladie cœliaque est à l'origine de cette réussite aujourd'hui. Comment l’avez-vous découverte ?

Mes parents connaissent mieux l'histoire parce que j'étais trop petite pour m'en souvenir, mais lors de la diversification alimentaire, on s'est rendu compte que le gluten et le lactose chez moi étaient problématiques, que je ne les digérais pas. Je n'avais pas d'enzymes qui permettaient de digérer ces molécules. Le gluten, c'est la colle glue, que l'on trouve dans le seigle, le blé, l'orge, l'avoine, les blés anciens et tout ça. On s'en est rendu compte en 1980, 1981 et vers l'âge de dix ans, on m'a demandé de remanger comme tout le monde parce qu'on pensait que c'était une allergie et qu'elle avait disparu. Elle est revenue à mes 30 ans de manière très, très forte et radicale et donc ça m'a amenée, quand je me suis relevée de ces problématiques, à vouloir créer un monde au goût meilleur.

Chaque jour à La Fenière, dans le Luberon, qu'est-ce que vous entendez, qu'est-ce que vous voyez et qu'est-ce que vous sentez quand vous ouvrez vos fenêtres le matin ?

J'entends les oiseaux. Un petit rossignol très mignon. Je sens les odeurs de l'herbe fraîche le matin. Un petit peu plus loin, quand je vais promener mon chien dans le jardin, les effluves des odeurs des différents endroits dans le potager, près des arbres fruitiers. Puis, si je monte dans la garrigue, c'est plutôt le thym. Et ce que je vois, c'est le paradis. Tous les jours, il est différent par ses couleurs.

Est ce qu'il vous arrive d'imaginer vivre ailleurs qu’ici ?

Je l'ai fait pendant longtemps. J’ai d'ailleurs voyagé énormément. J'avais l'impression que c'était l'ailleurs qui m'appelait. Donc je me suis rendu compte que j'adorais rencontrer des personnes ici et là. Et puis, à un moment donné, je suis revenue vivre auprès de mes parents et je me suis dit qu'en fait, tout allait naître de ce territoire et de ce lieu qui sont mes racines et qu'en fait, non, je ne pourrais absolument pas vivre ailleurs.

Vous faites partie d'une lignée de femmes cuisinières nourricières. Tout commence avec Claudette Sammut. C'est votre grand-mère ?

Elle s'appelait Claudette Leclerc, de son nom de jeune fille. Claudette a commencé à cuisiner pour sa famille. Elle est arrivée en France dans les années 50. Elle faisait pension de famille aussi. Le soir, elle nourrissait des étudiants qui venaient étudier à Aix-en-Provence. Et puis, dans les années 75, elle a ouvert le restaurant de La Fenière, dans un grenier à foin, à Lourmarin, dans une petite rue du village. Mon père était en salle et elle était en cuisine. Ma mère a rencontré mon père au village de Lourmarin. Elle était en médecine à l'époque. Et puis, par amour, elle a arrêté médecine pour apprendre en cuisine avec sa belle-mère. Elle venait des Vosges, donc absolument pas dans cette cuisine méditerranéenne, mais elle a été adoptée par la Méditerranée. Et puis elle en a fait aussi son histoire, sa recherche culinaire, sa passion. Et elle me l'a transmise. Ce n’était pas dit. Je ne voulais pas faire de cuisine. J'avais une vraie problématique liée à l'alimentation. D'abord, un, je détestais manger et la deuxième chose, c'est que je ne savais pas comment donner du plaisir étant donné que je n'en avais pas moi-même.

Quand je l'ai compris, je me suis dit que, finalement, ce qu'on m'avait le plus transmis, c'était l'amour. Que si on avait l'amour et la lumière, on arrivait à son tour à faire quelque chose avec ça. Donc je me suis ensuite affairée en cuisine à partir de 2015. J'ai essayé de créer cette idée d'une cuisine tolérante, respectueuse et surtout très profonde. Et je me suis dit que pour ça, il allait falloir que je réfléchisse sur mon territoire à tout ce que j'allais avoir autour pour le donner avec cette force-là.

Construire un monde au goût meilleur, vous en avez fait votre mantra. En Provence, vous vous battez pour faire renaître des cultures telles que la pistache, l'amande, le pois chiche. Vous mettez en place un véritable écosystème vertueux et vous proposez une cuisine pure, locale et de saison. Donc l'idée, c'est de ne jamais dissocier agriculture, alimentation et santé. C'est une nouvelle vision du monde, en somme.

Je pense que c'était la vision première du monde. Pour moi, il était fondamental de revenir aux sources et aux racines. J'ai été élevée à Lourmarin, dans un village où tout le monde était très bienveillant, avait envie de transmettre justement la culture potagère, l'agriculture. On rencontrait des agriculteurs en permanence, en allant à l'école. Toutes ces questions-là, elles font partie de mon éducation. Mon projet est de manière holistique très respectueux d'un écosystème qui est bien sûr la terre et la régénération de la terre, la régénération du corps et la régénération de l'esprit. Et il me semble que si on régénère tout cet écosystème, alors on pourra construire ensemble un monde au goût meilleur.

Concrètement, on mange quoi quand on vient à La Fenière ? Quelle est la carte de Nadia Sammut ?

Je cuisine aujourd'hui beaucoup de végétal et j’effectue un travail sur la mer. Je travaille peu la viande, voire pas du tout. Non pas parce que je suis contre, je n'ai absolument aucune opposition, mais j'avais envie d'amener un travail très important sur le goût de cette cuisine en conscience.

Qu'est-ce que c'est le goût d'aujourd'hui et de demain ? Qu’est-ce que c’est le goût d'une plante résiliente qui peut-être résistera aux conditions climatiques et environnementales auxquelles on va faire face ? Je crois qu'il faut créer des madeleines de Proust sur nos territoires aujourd'hui. Créer des produits typiques aussi. Donc c'est pour ça que je m'affaire chaque jour à créer une cuisine respectueuse. Je travaille énormément le végétal. Je vais le transformer, le maturer, le sécher, le déshydrater. Je fais plein de choses comme ça et du coup, tout au long de l'année, on va goûter la culture locale. Côté mer, je travaille beaucoup le mulet, le maquereau, des poissons qui ne sont pas forcément très nobles, qu'on ne croyait pas très nobles. Mais qu'est ce qui est noble et qu’est-ce qui ne l'est pas ? Je trouve qu'il est important de se poser aussi ces questions sur le respect du réservoir marin et le goût de la mer.

Aujourd'hui, votre maman est-elle toujours à vos côtés ?

Non, elle n’est plus à mes côtés depuis 2018 à La Fenière. Elle est à mes côtés dans la vie en général, mais elle n'est plus le chef d'entreprise. C'est moi qui ai pris ces responsabilités. Mais comme on est une famille très, très unie et qu'on a toujours vécu ensemble toute cette histoire, finalement, je suis dans la continuité de l'histoire.

Et ça, c'est très beau. On peut parler évidemment de votre sœur qui est bien connue des Marseillais.

Julia, Oui. De la même façon, elle a tracé son idée du goût et de la gastronomie. C'est vrai que Marseille, pour elle, c'était un lieu d'ancrage très fort. Je pense que c'est d'ailleurs le lieu où est arrivée ma grand-mère, quand elle est partie de Tunis. Donc il doit y avoir aussi des liens un peu particuliers. Pour Julia, c'est vrai que ce travail d'épicier, d'aller chercher le produit chez le producteur, est une façon différente de nourrir les gens, c'est quelque chose qui est fondamental aussi. Donc on se rejoint par notre philosophie et différemment par notre manière de le faire.

Dans quelle mesure vos origines régionales vous ont permis de réussir ?

Mes origines régionales, c'est ma vie. C'est tellement une force absolue. D'abord, c'est un réseau, un tissu naturel. Quand je parle aux gens autour de moi, ils me connaissent parce qu'ils m'ont vu grandir. Puis j'ai beaucoup de respect pour eux parce que je les ai vus aussi œuvrer. Je connais les familles historiquement comme elles connaissent la mienne, et je crois que ce rapport humain était fondamental dans le projet que j'ai voulu tisser. Et puis bon, je suis quand même la fille, encore une fois, de la troisième génération. Ma mère et mon père ont œuvré d'une façon magistrale pendant 50 ans et j'arrive derrière. Ils avaient déjà marqué les choses, je prends la suite de leur travail en respectant le territoire et je suis respectée aussi aujourd'hui, c'est génial. J'ai été très bien accueillie comme enfant du pays.

Et partout ailleurs, comment sont perçues ces origines régionales ?

Ce que je trouvais génial, c'était de se dire que ce qu'on faisait, ancré ici dans la région Sud, permettait d'être essaimé, comme les abeilles font un essaim et vont voyager ailleurs. Et moi, je dis que la terre de la région Sud est un modèle essaimable.

Tout ce que je fais ici, j'essaye de le proposer, non pas pour le faire moi-même et créer des multinationales, mais tout simplement pour donner l'idée. Expliquer comment on peut monter des systèmes sur notre tissu régional et les transmettre. Donc aujourd'hui, c'est une terre d'inspiration, qui me permet d'aller inspirer le reste du monde.

On va dire un mot de votre actualité parce qu'il y a la restauration, mais pas seulement.

J'ai créé il y a trois ans Kom&sal, qui est une marque de produits issus de l'agriculture locale, régionale bien sûr, et qui est une meunerie boulangerie pâtisserie vegan, plutôt végétale et sans gluten, sans lactose. Je travaille énormément le pois chiche parce que c'est une plante d'aujourd'hui. Une légumineuse d’aujourd'hui et de demain qui est importante à réfléchir sur le plan agricole. C'est une plante de rotation qui nous permet de fixer l'azote sur le sol, qui demande très peu d'eau et en fait, on peut le planter dans de nombreux endroits. J'ai choisi le lycée agricole de l’Isle sur la Sorgues et Avignon, pour lancer notre premier projet. Donc, chaque année, on produit sur ces terres et ce sont les élèves qui sèment, qui plantent, qui ramassent, qui récoltent le pois chiche et moi je le transforme dans ma fabrique. J'ai un moulin en meule de pierre que j'ai fait faire en France, qui me permet d'écraser pas mal de farine. On distribue dans la France entière, auprès de restaurateurs, d'hôteliers, ces produits vertueux et délicieux, avec du riz de Camargue aussi, de la châtaigne d'Ardèche, le sarrasin qui vient de Gascogne. Aujourd'hui on a planté du sorgho, qu’on va avoir en rotation. Ce sont toujours des plantes de territoire et on essaie comme ça de créer des produits délicieux et de donner une nouvelle idée culinaire, comme une nouvelle expérience. On distribue aussi dans les magasins bio des épiceries fines dans la France entière.

A quel moment vous êtes-vous senti la plus heureuse, la plus épanouie ?

Il y a quelques mois, j'ai finalisé mon modèle vertueux et l'écriture d'une gouvernance très particulière qui, avec une philosophie plutôt de philanthropie in fine, me va très bien. Donc, ça y est.

A Paris, à l'étranger ou même ici, face à des clients qui viennent du monde entier, vous sentez-vous une ambassadrice du Sud ?

Oui, absolument. Je suis fière de pouvoir porter les valeurs de la région où je suis née, de pouvoir amener les gens à respecter notre territoire quand ils viennent le découvrir et qu'ils n'en soient pas des consommateurs, mais qu'on les amène à vivre une expérience. Je suis fière d'être un des maillons de la chaîne d'un territoire aussi positif, ensoleillé et fort dans son image.

D'ailleurs, c'est quoi pour vous le Sud ?

C'est la vie ! Le Sud, pour moi, c'est la source. C'est une agriculture vertueuse, ce sont des produits délicieux, ce sont des gens heureux aussi. C'est l'accent aussi, que je n’ai plus.

C'est vrai, ça. Vous l'aviez à l’origine ?

Je l'aimais beaucoup. Je l'ai perdu, je crois, en voyageant énormément et en me trouvant à l'étranger. Dans ma cuisine, on parle essentiellement anglais et beaucoup espagnol, parce que j'ai des gens du monde entier à mes côtés. Mais quand je m'énerve, il revient.

Si c'était à refaire, referiez-vous les choses de la même façon ?

Je les referais de la même façon. J’ai eu énormément de chance de vivre dans ma pleine personnalité, d'accepter qui j'étais pour en faire quelque chose. Ce n'est pas souvent le cas. On essaye toujours d'être quelqu'un d'autre pour plaire. Quand j'ai compris qui j'étais et que je ne pouvais pas vivre de la même façon qu’avant parce que je mangeais des choses qui me rendaient malade, et bien je vais aller jusqu'au bout de moi-même. Donc aujourd'hui, je vais jusqu'au bout de moi-même.

Épisode 2 - De la Grotte Cosquer aux « Lettres de mon moulin », Philippe Caubère, comédien à l’âme provençale


Le comédien et auteur de théâtre nous raconte sa jeunesse marseillaise et son attachement à la Provence.
Découvrez Philippe Caubère, en toute intimité, dans le deuxième épisode de « Parle Sud ». 
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Si vous deviez vous présenter à quelqu'un qui ne vous connaît pas du tout, que diriez-vous ?
Je suis un comédien.

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui et qu'avez-vous fait ces derniers jours qui vous a rendu heureux ?
Ce matin, je suis triste à cause de la mort de Jean-Luc Godard. Ce qui m'a rendu heureux, c'est la création de ce triptyque Alphonse Daudet. Ça se passait en plein air aux Baux-de-Provence. Donc c'était vraiment un environnement sublime et approprié. Il y avait du monde. Ce spectacle, pour moi, c’est un voyage ailleurs. 
J'ai découvert dans ces textes la possibilité de partir en voyage. Ce qui était déjà extraordinaire parce qu’on ne pouvait plus voyager depuis deux ans à cause de la pandémie. Quel bonheur de partir en voyage dans la Provence du XIXᵉ siècle ! J'ai vraiment voulu que l’on voit arriver Alphonse Daudet dans son costume du XIXᵉ et nous emporter avec lui dans une Provence dont j'ai connu quelques bribes, quelques vestiges, dans mon enfance. 

Les lettres de mon moulin, c'était un souvenir d'enfant ?  Vous ne vous y étiez pas replongé depuis ?
Non pas du tout. J'ai vraiment exploré Pagnol à l'occasion des deux films d'Yves Robert où je jouais Joseph, le père du petit Pagnol. Tous les enfants s'en souviennent. Mais Daudet, vraiment, c'était pour moi du domaine de la bibliothèque verte. Des textes qu'on lit quand on est enfant. C'est vraiment par hasard que j’ai redécouvert Daudet. J'avais une vieille pléiade dans ma bibliothèque. J'ai découvert que je ne relisais pas, mais que je lisais. Je me suis rendu compte que je découvrais cet écrivain. Daudet est un immense écrivain. 
Je me suis dit que j’allais pouvoir faire ce qu’aucun acteur en France est capable de faire. Tous les accents, les accents bourgeois, les accents corrigés, les accents de femme, les enfants et les animaux. J'allais pouvoir m'amuser, comme dans mes propres spectacles autobiographiques, à faire tous les accents. 
Les accents de la Provence aussi. La Provence est une chose qui reste, qui perdure, qui continue, y compris aujourd'hui dans les banlieues de Marseille. Je les distingue toujours derrière les expressions des petits gamins ou des petites gamines. Cet accent du midi reste vivant, c’est le vestige d’une langue occitane et la langue de Provence. 

Vous en parlez tellement bien de la Provence, de cet accent marseillais. Vous y êtes né en 1950. On a envie d'en savoir plus sur votre enfance, sur votre jeunesse. 
J’ai eu la chance d’être né dans une famille bourgeoise. Donc mon enfance, elle s'est passée à Marseille dans le quartier des Chartreux. Mes grands-parents y avaient une très belle maison marseillaise qui a été détruite depuis.
Il y avait un escalier de fer qui sonnait très fort et qui ouvrait sur une usine. A l'époque, c'était le bagne. Et ma mère, une Parisienne, une fille de bourgeois, qui était dans l'hôtellerie, a vraiment découvert la classe ouvrière. Comme ma mère avait un grand sens social, il y avait des engueulades avec mon père qui était patron. C'était une enfance déjà très pagnolesque. D'ailleurs, j'étais à l'école paroissiale, en face de l'école communale qui était celle de Joseph Pagnol.

A l’époque, vous aviez déjà l’envie de jouer ? 
Bien-sûr ! Un jour, la maîtresse nous a dit que nous allions jouer La Pastorale. Elle a dit que je devais jouer la poissonnière parce que j’étais celui qui ressemblait le plus à une fille. Tempête de rire de mes copains ! Et moi, je ne sais pourquoi, mais un trouble profond m'a envahi. Je me suis senti fier d'être celui qui ressemble le plus à une fille. 
J'ai récité le texte. Mon père m’a demandé de vraiment jouer la poissonnière. Il m’a emmené sur le Vieux-Port pour me montrer les poissonnières qui parlent avec l'accent et les gestes.  
Ma grand-mère m'a habillé en provençal avec du tissu provençal, des coussins pour faire les seins qui sont tombés au fur et à mesure du spectacle. Je me suis retrouvé le soir de la kermesse déguisé en poissonnière. Sur scène, je suis parti dans mon numéro de poissonnière, avec l'accent, les gestes et tout. C'était un triomphe absolu. Je suis sorti de là en marchant à un mètre au-dessus de la terre. Je me suis dit que je ferai cela toute ma vie. 

Quelles sont vos attaches régionales aujourd'hui ? Vous partagez votre vie entre Marseille et Paris ?  
En effet, depuis que j'ai racheté cette maison à ma famille. J'ai longtemps hésité parce que je n'avais jamais été propriétaire. Finalement, un jour, cette maison était en vente. Et puis, j'ai fait un cauchemar. Je me suis rendu compte que quand je descendrai dans le Sud, j'allais être obligé d'aller à l'hôtel au Vieux-Port et que je ne pourrai plus jamais marcher dans la colline. Vraiment, j'ai fait ce cauchemar !

Qu’est-ce que vous entendez, qu'est-ce que vous voyez et qu'est-ce que vous sentez quand vous ouvrez vos fenêtres le matin ?
Ça dépend du sens du vent. Quand le vent est au Nord, j'entends quand même le vent dans les pins. J'ai eu cette expérience quasiment proustienne lors du premier confinement. Sans aucune voiture, j'ai entendu le bruit du vent dans les pins. C’était un des sons de mon enfance que j'avais oublié.  
Parfois je vois passer une poule par ma fenêtre que j'insulte tellement je la trouve bête. Et puis j'avais acheté à ma fille deux petits bouquetins avec qui elle partait dans la colline comme Manon des sources. Ces bouquetins sont devenus des monstres, parfois on les lâche et ils sont là se baladant devant mes fenêtres. 

C'est ici que vous vous sentez chez vous maintenant ?
Oui, je partage ma vie entre Paris et Marseille. Je suis beaucoup ici parce que c'est ici que je travaille, j’ai la place. Mais je retourne très souvent à Saint-Mandé, près de Paris. Mon père était Marseillais, la famille de mon père était Marseillaise, mais ma mère était parisienne. Donc mon cœur balance entre Paris et Marseille. 
J'aime Paris profondément. J'ai une relation plus simple avec Paris qu'avec Marseille. J'ai tellement aimé le livre d'André Suarès, Marsiho où il exprime des sentiments tellement contradictoires sur Marseille. C'est la ville de Mars qui est le dieu de la guerre, donc c'est une ville violente. Paris, c'est la ville de la lune, c'est la ville de l'amour. Donc je vais souvent à Paris pour jouer, pour m'amuser, pour me distraire. Et ici, c'est plutôt pour travailler.

A quel âge avez-vous pu rejoindre Paris et pour apprendre votre métier ? 
J'étais à la fac mais je n’y allais jamais. J’étais tout le temps dans les cours de théâtre. Je me souviens parfaitement de ma rentrée scolaire en 1968 à la faculté de Lettres d’Aix-en-Provence. De fil en aiguille, je suis monté à Paris en 1971. Avec mes copains, on a pu rencontrer Ariane Mnouchkine, la metteuse en scène. Nous avons pu jouer notre pièce sur l’histoire de la Commune de Paris. C’était un véritable coup de foudre entre nous et le Théâtre du Soleil.  

Vos origines régionales vous ont-elles permis de réussir ?
Les deux ou trois premières années, j'ai fait beaucoup de théâtre. Au tout début, j'avais monté, écrit et réalisé 17 spectacles en collaboration avec mes amis.  
Mais nous étions vraiment considérés comme des nuls. On ne nous ouvrait pas les portes, on ne nous donnait même pas de salle pour répéter. Nous n’étions pas du tout dans le côté intello qui était déjà très présent à l'époque.
Nous étions considérés comme des mauvais parce que originaires d’Aix ou Marseille. Et c'est bien des années plus tard, quand j'ai connu mes premiers succès parisiens, que j'ai pu être invité à La Criée à Marseille. J'ai enfin été reconnu comme un enfant du pays.

Vous avez également prêté votre voix pour la sonorisation de la visite de la réplique de la Grotte Cosquer à Marseille. Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
C’était totalement insolite. Je reconnais que quand on m'a fait cette proposition, j'ai été très surpris. En même temps, le projet, je le trouve extraordinaire, si romanesque. Donc j'ai tout de suite dit oui. Avec cette Grotte Cosquer, on descend dans le temps, dans la mémoire préhistorique, avec ma voix qui accompagne les visiteurs. Évidemment, ça me fait plaisir, énormément même. Au cours de cette aventure, j'ai vu des gens incroyables, extraordinaires, des savants et des gens très simples, alors qu’ils étaient des pointures absolues. J'ai vraiment vu que ce projet allait être quelque chose de formidable. C’était passionnant. 

A quel moment vous êtes-vous senti le plus heureux, le plus épanoui dans votre vie ?
J'ai eu beaucoup de moments heureux. Grâce à l’amour et la scène. Je me souviens d’un jour de printemps, je faisais du VTT dans la colline. Je venais juste d’avoir 60 ans et j'ai roulé comme un fou sur mon vélo. J'ai rarement eu un tel moment de bonheur dans ma vie. C'était magnifique.

Un retour définitif dans la région, vous l'envisagez ?
Je crois que je pourrais difficilement me passer de Paris. Mais j'ai fait un retour définitif dans cette maison. J'y habite quand même énormément.  

À Paris ou à l'étranger. Est-ce que vous vous sentez un ambassadeur du Sud ?
Oui, à Paris, certainement. Parce que la première chose qu'on apprend à un comédien marseillais, c'est de perdre son accent. Moi, j'ai eu la chance d'arriver au Théâtre du Soleil où l’on m’a demandé d'en avoir plus. Nous jouions les Marseillais de la Révolution française, ceux qui ont inventé la Marseillaise. Il s'agissait plutôt d'accentuer l'accent. Je me sens Provençal et ambassadeur de la Provence. 

C'est quoi pour vous, le Sud ? 
Le Sud, c'est un projet de théâtre où je jouerais au moins sept spectacles que j'ai tous déjà montés. Ce serait André Suarès ou Urgent crier, le recueil de poèmes du dramaturge André Benedetto. Je pense aussi à Serge Vallès qui est pour moi un des plus grands dramaturges contemporains, et qui est vraiment un dramaturge marseillais. Ou peut-être une reprise de La Danse du diable, mon propre spectacle. Pour moi, le Sud, c'est ça.

Philippe Caubère, si c'était à refaire, que feriez-vous ?
Si c'était à refaire ? Deux options. Ou je deviens écrivain. Mais j'ai trop besoin des autres en dépit des apparences. Ou peut-être, au contraire, je ferais ce qui était mon projet initial, faire partie d’une troupe de théâtre. Mes aspirations m'ont amené à être seul sur scène parce que c'est la manière que j'ai trouvée d'écrire.


Épisode 1 - Des Orres au prime-time de TF1 : Camille Combal, un gars du Sud


Camille Combal, c’est l’animateur star de TF1, mais c’est aussi le fils de « Riquet des Orres ».
Découvrez cette anecdote et pleins d’autres dans le 1er épisode de Parle Sud !
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Camille Combal Bonjour.

Bonjour, bonjour, bonjour, tu prendras celui que tu préfères.

On a eu Jean-Pierre Foucault au milieu !

Il y a eu Jean-Pierre Foucault. Dès que je parle. Il y a toujours Jean-Pierre Foucault au milieu. C'est plus fort que moi. C'est une maladie particulière que j'ai.

Alors Camille, si vous deviez vous présenter ?

On se vouvoie ? 

 Moi, ça me va. Comme tu veux

On se tutoie. Il faut dire aux gens que nous sommes dans le jardin de ma mère et donc, à partir de là, du moment où les gens sont dans le jardin de ma mère, on ne peut pas se vouvoyer. Vous voyez ce que je veux dire. Tu es en train de boire le café de ma mère qui est dégueulasse.

Non c'est faux ! Et on a de très jolis petits gâteaux sous cloche.

Ma mère est beaucoup dans la présentation. Mes parents étaient hôteliers.

On allait y venir. Donc si tu devais te présenter à quelqu'un qui ne te connaît pas du tout aujourd'hui, que dirais-tu ?

Je dirais : Salut c’est Camille Combal. C'est la version wish de Nikos Aliagas.

Tu ne peux pas faire mieux ?

Ici dans le Sud, je dirais que je suis le fils de Riquet des Orres. C'est comme ça qu'on me connaît le mieux en tant que Haut-alpin. Henry Combal, dit Riquet, c’est mon père et donc, ici, je suis connu comme le fils de mon père.

Dans quel état d'esprit es-tu aujourd'hui ? Et qu'est-ce que tu as vu ces derniers jours qui a pu te rendre heureux ?

Je suis déjà toujours hyper heureux quand je rentre aux Orres et dans ma région. Il faut savoir que je suis ce débile qui, dès qu'il voit le panneau Provence-Alpes-Côte d'Azur, klaxonne dans sa voiture pour dire, ça y est, je suis chez moi. Je suis ce lourd. En plus, là, j'ai mon fils pour la première fois. Donc je lui présente tout le monde, les copains à la station. C'est cool. J'ai fait plein de trucs tous les jours, un peu de surf électrique sur le lac de Serre-Ponçon. Un peu de tennis aussi. Il y a mon chien qui joue avec sa balle juste à côté. Gaspard, lui, il vit sa meilleure vie. Et beaucoup d'apéritifs, bien sûr.

Tu es né à Gap en 1981. On a évidemment envie d'en savoir un peu plus sur ton enfance. Est-ce que tu faisais du ski ? Est-ce que tu faisais de la rando avec tes parents ? Que faisaient tes parents d'ailleurs ?

Mes parents étaient restaurateurs, donc ils ne faisaient absolument rien avec nous puisqu'ils ne faisaient que travailler les pauvres ! Ils ont travaillé très dur. Avec mon frère, on s'occupait un peu entre nous et donc, forcément, quand on a la chance d'avoir un chalet au pied des pistes, c’est le ski très vite.

On ne vivait que pour le ski. L’école, c'était juste ce qui nous séparait de la prochaine session de ski. Mon frère et moi avions deux styles très différents. Mon frère aimait bien les piquets comme les skieurs d'aujourd’hui. Et moi, j'étais déjà un peu plus bosses et freestyle.

Quelles sont tes attaches régionales aujourd'hui ?

Je viens tous les étés et à Noël aussi, c'est obligé. Mes attaches, ce sont mes parents bien-sûr qui sont à la retraite qui sont restés là, et puis tous mes potes. Ils ont des restos, des magasins de sport, des paintballs, ils ont plein de trucs. J’ai gardé tous mes potes qui sont restés ici. 

Qu'est-ce que tu entends ? Qu'est-ce que tu vois et qu'est-ce que tu sens quand tu ouvres la fenêtre le matin ?

Ce qui me fait me réveiller le matin, c'est le bruit des perches du téléski qui tapent les unes contre les autres. C'est un truc génial ! Tout le monde parle des cigales, c'est cool les cigales, mais le bruit des perches métalliques qui tapent, c'est ça qui te réveille le matin, c'est quand même fantastique.

On avait le bus scolaire qui passait à 7 heures tous les matins pour nous récupérer au collège à 8 heures. Un jour sur deux, je bourrais mon sac de matériel de ski. Je me cachais, le bus passait et ensuite je montais au pied des pistes pour attendre l'ouverture à 9 heures. Je partais skier toute la journée d'où mes résultats au bac. Catastrophiques !

Sinon je ne sens rien quand j’ouvre ma fenêtre puisque j’ai eu le Covid il y a un an et demi et j'ai perdu l'odorat. Je ne sens plus rien ! Donc je ne vais pas vous raconter que je sens bien le jasmin, les arbres, ou tout simplement la neige. Je sens walou.

Ça se rééduque cette perte d’odorat ?

Je crois. Mais j’ai la flemme rien qu’en écoutant le mot rééducation. Aller voir un gars qui met des huiles essentielles pour me rééduquer en six mois. Ah ouais, c'est le comble de la flemme !

Donc on peut vraiment dire que c'est ici que tu te sens chez toi aujourd'hui.

Honnêtement, j'étais plutôt pressé de partir. Je suis honnête, je m'ennuyais un petit peu. Moi j'adore Paris. Je suis vraiment un Parisien d'adoption, je me régale là-bas. Mais, ouais, mon vrai chez moi, c'est ici. Je suis trop chauvin toute l'année.  Je crée des compétitions avec les autres stations. Yann Barthès de « Quotidien », il est de Savoie. Il est au-dessus d'Annecy et adore sa région. Il y va, il y retourne souvent. On a cette chose en commun d'adorer notre région, d'adorer le ski. Mais après, ce qui nous différencie, c'est que, moi, j'ai un vrai niveau de ski. La battle ne s’arrêtera jamais !

Donc, jeune, tu t'ennuies. Tu décides de partir après le Bac ?

Je pars à Aix et je vais voir un peu d'autres trucs. Mon frère faisait Sciences-Po Aix, donc j'étais descendu deux ou trois fois et je m'étais dit « Ah d'accord, en fait, c'est ça. OK, c'est la vie étudiante. »  La ville et les filles, tout était fou. 

Quand fais-tu le choix d'aller à Paris ?

Je voulais divertir les gens, peut-être faire de la radio, peut-être faire de la télé, ou de la scène. Moi, j'ai eu du mal à l'assumer, à dire à mes parents que j'ai envie d'aller à Paris. Et, au final, je dis à mes parents que j'ai trop envie de faire ça.

Et donc je pars à Paris. Mes parents, trop cools, me paient un appart pendant six mois. Je me retrouve à Paris en connaissant absolument personne. Je n'ai aucune porte à laquelle sonner. C'est un vrai moment dur. Deux ans, c'est long. Je mets du temps avant de trouver un boulot dans les médias. C'est dur.

Quel est ton premier boulot dans les médias ?

Le premier boulot ? il y a Fun Radio qui me repère et me dit « Ouais, viens chez nous, tu pourras écrire des trucs. »  Et quand j'arrive, en fait, ils me font envoyer des cadeaux. C'est moi qui envoie les compilations. Et donc je me retrouve à faire ça, c’était pas du tout intéressant, mais je m'accroche. J’étais stagiaire et non payé. Et donc je fais deux ans de stage avant de décrocher mon premier contrat.

Quel enseignement tu tires de ces débuts difficiles ?

 Il ne faut pas tout de suite se dire, oui, je veux être animateur radio. Tant que je ne suis pas animateur radio, je ne fais rien. Il faut faire tous les petits métiers. C’est comme la restauration. On ne démarre pas tout de suite chef d’un trois étoiles. Il faut démarrer à la plonge, puis commis, puis préparer les entrées froides. C'est pareil dans nos métiers. Il est très rare que quelqu'un fasse rire dans la rue et obtienne tout de suite une libre antenne.

Avec tes origines sudistes, monter à Paris. C’est plutôt rare.  

Je ne suis pas un précurseur. Je ne vais pas me valoriser plus que ça. Jean-Pierre Foucault, qui est du Sud, l'avait fait bien avant moi. Mais je n'étais pas relié à lui. Donc j'ai fait mon truc, dans ma petite région, d’autres personnes l'avaient fait avant moi. Je n’avais aucun lien avec eux. Plein de gens du Sud avaient percé avant moi à Paris.

A Paris, les gens te posent des questions sur tes origines ?

Ils disent « tu viens de la neige ? » mais c'est un peu vague pour eux. Quand ils me disent : « tu viens d'où ? »  Je dis Aix en Provence. Si je vois que les gens s'intéressent un peu, et ce n’est pas souvent à Paris, je dis Serre-Chevalier. Et si je vois que les gens s'intéressent encore, je parle des Orres. Mais je ne le fais vraiment pas par snobisme, je le fais par flemme d'expliquer.

Donc pas d'a priori négatifs à Paris parce que du Sud ?

Ouais, j’ai dû assumer mon côté provincial, même campagnard. Mais pas d'a priori, en revanche j’avais un énorme accent, celui d’Aix-en-Provence et de Manosque. Il fallait quand même le perdre.

C'était ta volonté ? Personne ne t’a demandé de perdre ton accent ?

J’ai compris que je devais un peu adoucir mon accent. Quand tu écoutes bien, on dirait Fernandel à un moment donné !

À quel moment tu t’es senti le plus heureux ?

J'ai de la chance, moi je suis très heureux. Vraiment, j'ai trop de chance dans ma vie. Je suis trop content de tout ce qui m'arrive et de tout ce que les gens me permettent de vivre. Donc, je dirais même maintenant, je ne suis pas loin du max.

Tu envisages un retour dans les Hautes-Alpes ?

Je suis lié à la région, je reviens souvent. On a des projets dans le coin, je reste très proche de la région. Mais je ne pense pas y revivre à plein temps un jour.

Mais bon, qui sait, il ne faut jamais dire jamais. Le jour où cela s'arrêtera à Paris, je n’aurais aucun problème à revenir aux Orres et ouvrir un magasin de sport. Mes potes sont tellement heureux. Moi je serais heureux ici avec simplicité. Je ne m'accroche pas plus que ça. 

À Paris ou à l'étranger, te sens-tu ambassadeur du Sud ?

J'espère ! Mais ce n'est pas à moi de le dire. Ce serait bien trop prétentieux. Moi, mon rêve, ce serait de l'être et de faire des soirées de l'ambassadeur comme dans la pub.

En tous cas, je fais tout pour. Je ne sais pas pourquoi je suis chauvin à ce point-là, peut-être parce que j'étais tellement heureux, enfant et adolescent. Donc je suis très lié aux gens du Sud. Vraiment, j'ai l'impression que l’on s'entraide entre nous. On parlait de Clara Luciani tout à l'heure, mais Jean-Pierre Foucault a été tellement gentil avec moi.

Donc je pense quand même qu'on a un lien entre nous, qui fait que nous sommes montés à la capitale. À Paris, quand je vois une voiture avec une plaque des Hautes-Alpes, je m'arrête, je baisse la vitre et je lui parle. Les gens hallucinent ! Je ne sais pas si je suis un bon ambassadeur. En tout cas, je fais tout pour parler du Sud et dire à quel point c'est cool.

Et d'ailleurs, c'est quoi pour toi le Sud ?

Mon Sud ? On est sur les Bouches-du-Rhône et les Hautes-Alpes. Mon Sud, c'est vraiment Aix, Marseille et après le Var, Serre-Chevalier, Montgenèvre. Voilà, c'est là où j'ai grandi, où j'ai appris le ski où j'ai fait toutes mes compétitions. Donc je suis très attaché, surtout à la montagne et bien sûr et à Aix- Marseille où j'ai toute ma famille.

Tu te vois où dans dix ans ?

Je ne sais pas. Ce sont les gens qui décideront quand ils auront marre de moi. Je suis trop heureux de faire ce que je fais, partager tout ça avec les gens. Vraiment, je suis très chanceux qu'on me suive dans mes projets. Et puis, peut-être, un jour, ça s'arrêtera.En tout cas, je ne vais pas m’accrocher à devenir chroniqueur, à essayer d'être sur tous les plateaux. Une fois que ce sera fini, je reviendrai ici tranquillement. Je mets mes parents dans un EHPAD, je récupère le chalet, je suis au max !

C'est la fin de cet épisode de « Parle Sud ». Nous espérons que vous avez passé un bon moment et vous serez fidèles à ce nouveau rendez-vous. Parlez-en autour de vous ! Abonnez-vous pour être les premiers informés de la diffusion des prochains épisodes et n'hésitez pas à nous encourager en laissant des avis et des étoiles sur vos applications de podcast préférées.