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Des bénévoles de l'association MerTerre
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Environnement |

« Les déchets sont un révélateur de nos modes de vie »

Mis à jour le 04 septembre 2026

Docteure en sciences de l'environnement, Isabelle Poitou travaille depuis trente ans sur le sujet des déchets abandonnés dans les milieux aquatiques. Fondatrice de l'association MerTerre et de la plateforme de sciences participatives ReMed, elle nous raconte l’histoire de son engagement et la nécessité impérieuse de lutter contre la pollution plastique.

Comment MerTerre a-t-elle vu le jour ?

L'histoire commence avec la Région Sud ! Ma thèse a été financée à 100 % par une bourse régionale. J'ai travaillé sur 37 communes du territoire pour dresser un état des lieux de la connaissance locale des macro-déchets, c’est-à-dire les déchets solides, visibles à l'œil nu. Ce que j'ai constaté m'a marquée : les services techniques des communes étaient démunis, ils ramassaient des tonnes de déchets, et personne n'en parlait comme d'un risque environnemental. C'était alors considéré comme une simple nuisance pour le tourisme. Il n’y avait aucun organisme en France chargé d'organiser la lutte contre ce qui était pourtant une bombe à retardement écologique.

J'ai alors décortiqué les maillons de ce qui pouvait constituer une politique publique sur le sujet, mais je faisais des préconisations à des acteurs qui n'avaient ni les outils, ni les moyens, ni le cadre réglementaire pour les appliquer. L'association MerTerre, créée en 2000 pendant ma thèse, est devenue le lieu où j'allais pouvoir les expérimenter. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a fait partie de nos premiers partenaires financeurs.

Comment le sujet des déchets sauvages est-il monté en puissance ?

Les premières années, il a fallu éveiller les consciences. Tout s'est accéléré avec la directive-cadre européenne « Stratégie pour le milieu marin », en 2008 : la France a organisé à Brest des rencontres entre chercheurs pour préparer son application, et j'y ai animé l'atelier consacré aux déchets échoués. J'ai ensuite rejoint le groupe de travail européen sur les indicateurs de mesure des macro-déchets, tout en menant des diagnostics de terrain et en coordonnant l'opération « Calanques Propres ».

Ce fut un cas d'école de construction d'une politique publique : les associations et les scientifiques font remonter un état des lieux, les pouvoirs publics définissent des règles et débloquent des moyens. En 2016, l'État a créé une ligne budgétaire dédiée, parce qu'ils ont alors compris que ces déchets finissaient par se dégrader en microparticules de plastique, nocives pour l’environnement et la santé humaine.

C'est de là que naît la plateforme régionale ReMed ?

Nous avions besoin d’une plateforme collaborative pour centraliser les données de ramassage. Au même moment, la Région Sud lançait son appel à projets « Zéro plastique en Méditerranée ». En parallèle, le Muséum national d'Histoire naturelle disposait de moyens pour consolider les programmes de sciences participatives. MerTerre a donc piloté le projet, le Muséum en a été le partenaire technique, et nous avons réuni à Marseille plus de 80 structures venues de toute la France pour recueillir leurs besoins. ReMed a servi de pilote : c'est de là qu'est née la plateforme nationale Zéro Déchet Sauvage (ZDS).

Que permet-elle concrètement ?

Elle met à disposition des méthodes harmonisées de caractérisation des déchets, qui répondent aux exigences scientifiques européennes comme aux besoins des collectivités. Je m'inscris, je déclare mon ramassage, je suis accompagné dans la caractérisation, puis j’enregistre mes données sur ZDS. Cinq fonctionnalités en découlent : la carte des acteurs et des actions du territoire, le bilan des ramassages, des infographies par matériaux, secteurs économiques et marques génératrices, le référencement des grands événements comme Nettoyons le Sud, et le signalement des « hotspots », les zones d'accumulation de déchets. C'est un outil d'aide au diagnostic et à l'évaluation des actions engagées.

Quel bilan tirez-vous de l’édition 2026 de Nettoyons le Sud, avec ses 25 000 participants ?

Un bilan positif ! Les collectivités peuvent maintenant caractériser leurs déchets, puis les enregistrer sur la plateforme ReMed. Ainsi, d'une année sur l'autre, les communes participantes peuvent comparer leurs résultats, constater l’évolution des volumes collectés et orienter leurs objectifs de dépollution.

Le sujet reste technique, j'en ai conscience : compter chaque déchet collecté, ce n'est pas très attrayant. Mais le macro-déchet est un révélateur. Nous faisons de l'archéologie contemporaine : ce qu'on ramasse dit énormément de nos modes de vie. Le message peut être très simple : comptez, ce n'est pas si sorcier, et nous sommes là pour vous accompagner.

Quels gestes simples aimeriez-vous que les gens adoptent ?

Le principal : espace naturel = zéro déchet abandonné. J'arrive avec de la nourriture ou des emballages dans un espace naturel ? Je repars avec. On entend parfois des gens dire « je paie des impôts, les services publics n'ont qu'à faire leur travail ». Mais le camion-benne ne passe pas dans les calanques ! Aller chercher des déchets dans des endroits difficiles d'accès démultiplie le coût du traitement, et c'est dangereux pour ceux qui le font.

Ensuite, il faut avoir en tête que 80 % des déchets marins viennent de la terre. Déposer son sac au pied d'une poubelle saturée n'est pas un geste éco-responsable : c'est ce qui, à la première pluie, envoie les déchets vers la mer. Enfin, jamais un mégot par terre ! C'est de loin le déchet le plus retrouvé sur nos ramassages, et un départ d'incendie potentiel.

Nous générons plus de déchets que nous pouvons en traiter ! Nous avons une responsabilité de consommateurs : nous sommes tous responsables de ce que nous jetons.

Mis à jour le 04 septembre 2026