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© @Jacques Collina-Girard
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Grotte Cosquer : Les recherches continuent !

Mis à jour le 03 janvier 2023

La grotte Cosquer n’a pas encore dévoilé tous ses mystères ! La 3e phase de recherche débute à peine avec la nomination d’un nouveau directeur de recherche: Cyril Montoya. Il a mis en place une équipe pluridisciplinaire pour mieux cerner les particularités physiques et culturelles de la cavité. Le début d’une nouvelle aventure au cœur du paléolithique.

Rencontre avec Cyril Montoya…

Cyril Montoya est docteur en préhistoire spécialisé en paléolithique supérieur, responsable de l’équipe scientifique de la grotte Cosquer depuis août 2020 et conservateur adjoint au ministère de la Culture sur le site de Montpellier à la Drac Occitanie. Au-delà de ses compétences, Cyril Montoya est avant tout un passionné

Région Sud : Pourquoi avoir choisi d’étudier la préhistoire ?

Cyril Montoya : Depuis l’enfance, j’ai toujours souhaité être archéologue, donc naturellement j’ai fait des études en archéologie et c’est au fil de mon cursus universitaire et assez tardivement que l’étude de la préhistoire s’est imposée à moi.  Mon intérêt s’est toujours porté sur les comportements sociaux, or dans l’archéologie au sens large, nous menons des enquêtes sur des évènements qui se sont déroulés il y a des milliers d’années avec des indices très ténus. Essayer de démêler tout ça me passionne.

RS : En ce qui concerne la grotte Cosquer, on évoque différentes phases de recherche, vous entamez la 3E phase ?

Cyril Montoya : On peut effectivement parler de 3e phase, la première ayant été réalisée par Jean Courtin et Jean Clottes au moment de la découverte de la grotte et quelques années après, c’est-à-dire vers 2003, puis la deuxième par Luc Vanrell et Michel Olive. Ils ont été les précurseurs,  ont authentifié les œuvres et ont permis de déterminer la première chronologie, les premières traces d’activités sur les parois et sur les sols. Ce travail colossal en termes de relevés et d’inventaires est fondateur et leurs documents sont extrêmement précieux pour l’équipe et pour les recherches à venir. Cette base solide nous sert grandement et nous continuerons à nous appuyer dessus dans les années à venir. 

Leurs travaux vont s’enrichir des nouvelles technologies qui n’existaient pas au moment de leur recherche. La 3D notamment comme la photogrammétrie* n’existait pas, ils ont donc réalisé leurs études avec la technologie de leur époque mais leurs méthodologies demeurent très pertinentes. Dans 30 ans, il existera sûrement d’autres technologies que nous n’avons pas aujourd’hui.

Actuellement, nous disposons de la capture 3D qu’ils n’avaient pas. Ce qui représente un avantage considérable. Avec la 3D, nous pouvons travailler au sec, tout en appréciant et étudiant finement les choses. En revanche, dans la cavité, les méthodes que nous emploierons seront les mêmes que celles employées par Jean Courtin et Jean Clottes.

*Technique permettant de déterminer les dimensions et les objets à partir de mesures effectuées sur des photographies montrant les perspectives des objets.

 

La 3e phase consiste en quoi concrètement ? et sur quelle durée ?

Cyril Montoya : C’est un travail de longue haleine, nous sommes partis sur deux décennies au moins. Actuellement nous mettons en place une équipe pluridisciplinaire, en collaboration avec le DRASSM : des archéologues des sols, des parois, des hydrologues, des géologues, ceux qui étudient les sédiments dans la grotte, des hydrogéologues, des karstologues etc... Cette équipe se met en place, pour étudier l’ensemble et non pas seulement les parois ornées.

Car au-delà des parois ornées, nous commençons par essayer de savoir comment fonctionne cette grotte. C’est le travail de base de l’archéologue qui doit comprendre comment fonctionne son site, en l’état de sa découverte, comment le site est parvenu jusqu’à nous, comment et pourquoi il s’est conservé, et comprendre tous les processus qui ont contribué à la préservation du site. Cette grotte continue de vivre dans son environnement spécifique. Donc nous avons des priorités :

Un : comprendre et identifier tous les agents qui ont permis la conservation ou la destruction des parties du site. C’est majeur !

Deux : comme les œuvres sur le site continuent de se dégrader tous les jours, il faut établir un bilan rapide de tout ce qui est en train de se détruire, en l’occurrence, les parois archéologiques peintes ou gravées, mais aussi les sols (trop souvent oubliés) Les vestiges sont bien conservés. Il subsiste de nombreux foyers qui ont très certainement servi d’éclairage mais également des colorants,  des enduits probablement utilisés pour réaliser certaines des entités graphiques dans la cavité et quelques pièces de silex qui ont pu servir à racler ou récupérer de la matière molle sur les murs.

Trois : Le travail de l’équipe consiste également à déterminer la chronologie de la fréquentation de la grotte qui s’échelonne, pour l’instant, sur 12 000 ans.

L’idée c’est de répertorier, paroi et sol archéologiques et sur cette base-là de proposer un processus d’intervention, c’est-à-dire des fouilles car si nous n’intervenons pas, ce site disparaitra avec ses secrets. Ce programme a été décidé par la Direction générale des Patrimoines qui dépend directement du ministère de la Culture. Les financements nous sont attribués annuellement.

En quoi consisteront ces fouilles ?

La mer continue son œuvre, certaines zones avec les battements de la mer sont exposées ou recouvertes de calcites, dans certains secteurs les parois ou les sols sont conservés ce qui est une exception au regard de l’ensemble de la cavité. Nous ignorons également de quelle façon les sédiments ont pesé sur les surfaces de la grotte. Il nous faudra donc probablement découper certaines zones en enlevant le calcite pour découvrir ce qu’il y a dessous, et voir ce que nous pourrons récupérer. Ce sera le travail de ces prochaines années, même si cela s’avère complexe, d’une part parce que la grotte n’est pas facile d’accès, d’autre part parce que le temps nous est compté et enfin car nous ne pourrons le faire qu’au moment où les phases de la grotte sont favorables aux travaux. D’où l’intérêt de connaitre le fonctionnement physique de la grotte. Tout est lié !

Qu’est-ce qui vous fascine dans le cadre de la grotte Cosquer ?

Cyril Montoya : Cela demeure toujours de démêler les indices ténus de ce palimpseste pour essayer de comprendre les comportements des humains de cette période. Cette grotte a connu une fréquentation sur 12 000 ans, ce qui est considérable et je suis convaincu que durant ces fréquentations, les hommes ne sont pas venus pour la même chose ou pour la même raison. C’est ce qui m’anime pour ces recherches.

Nous pouvons supposer que cette grotte a été fréquentée soit en continu soit par intervalles . A nous de déterminer à quel moment elle a été accessible et fréquentée et d’essayer de trouver pour quelle raison ou tout au moins essayer d’émettre des hypothèses. Nous pouvons imaginer qu’à certains moments, ils sont venus peindre et graver et à d’autres prélever du « mondmilch », cette matière extrêmement plastique, issue d’une altération de la paroi calcaire par de nombreux processus chimiques.(La grotte Cosquer recèle de multiples traces de prélèvement de cette matière).Des hypothèses ont été émises par mes prédécesseurs concernant l’utilisation de cette matière mais cela reste à approfondir. Notre but est d’essayer de hiérarchiser ces comportements sociaux.

Est-ce que cette grotte est particulière pour vous ?

Oui et c’est d’ailleurs, une autre motivation pour mes recherches sur Cosquer. Cette particularité est ce qui lui a valu les réserves et les polémiques lors de la déclaration de sa découverte. Cette grotte se situe sur le plan culturel dans une interface, car il y a à peu près 19 000 ans, après le dernier Maximum Glaciaire, une scission culturelle a eu lieu et la vallée du Rhône a séparé deux mondes culturels bien identifiés par les préhistoriens. A l’ouest du Rhône, le monde solutréo-magdalénien et à l’est du Rhône, le monde gravettien et épigravettien. Le Rhône constitue traditionnellement la matérialisation de cette partition. Ces deux mondes étaient différents sur le plan de la culture matérielle. A l’ouest du Rhône, les outils étaient réalisés en os ou en cornes alors qu’à l’est ce style d’outils étaient très faiblement répandus. Des échanges avaient lieu entre les différentes cultures, notamment documentés par la découverte de quelques rares outils ou silex, ayant appartenus aux deux cultures dans le bassin rhodanien. Mais il est très difficile pour nous alors de savoir quand et comment. En Provence les échanges s’opéraient plutôt avec la péninsule italique, alors qu’à l’ouest, ils se faisaient avec la Dordogne, l’Espagne et le Languedoc. Cosquer se situe au milieu. Ce partage culturel a perduré très longtemps, mais nous ne savons pas si les cultures et usages se sont succédé ou si l’une des cultures a pris l’ascendant sur l’autre.

Or, si les fouilles archéologiques en attestent, la grotte Cosquer a cette particularité unique au monde de représenter cette zone tampon ou zone de contact culturel. Elle est pour l’instant, le seul vestige paléolithique sur cette zone. C’est la raison qui a valu la grande réserve et même le problème de reconnaissance de cette grotte. Alors peut-être existait-il des grottes dans les calanques de Marseille, mais nous ne les avons pas trouvées ou elles sont probablement sous l’eau à l’heure actuelle, dans tous les cas, nous n’avons trouvé que Cosquer.

Les fouilles prochainement conduites par Cyril Montoya et son équipe nous éclaireront sur les mystères de la grotte Cosquer. L'enquête est en cours sur un parchemin géologique à décrypter...

Propos recueillis par Béatrice MICHEL

Mis à jour le 24 juin 2024