Cliché PJ Texier © Kléber Rossillon & Région Provence-Alpes-Côte d’Azur/Sources 3D MC

Culture |

La réplique de la Grotte Cosquer prend forme !

La réplique de la célèbre grotte se dessine sous nos yeux, le défi de la Région Sud se rapproche du dénouement. Le fac-similé des œuvres pariétales est terminé et nous avons rencontré les artisans, plasticiens et artistes qui ont œuvré pour vous restituer avec précision et talent tous les secrets que la grotte a bien voulu nous livrer.

Suivre l’aventure « Cosquer » et sa réplique qui préservera ce patrimoine inestimable de l’effacement par une montée du niveau de la mer inéluctable, amène tous les acteurs à se passionner pour nos ancêtres et la culture paléolithique d’une infinie richesse. C’est le cas de Gilles Tosello (1) et Alain Dalis (2), tous deux artistes, plasticiens et artisans majeurs de cette réplique, avec leurs équipes. 

La reproduction des œuvres est terminée, finalisée dans les ateliers de Montignac et de Toulouse et elles ont désormais toutes rejointes la Villa Méditerranée, s’incorporant à l’ensemble de la structure en train de se matérialiser chaque jour davantage, grâce à l’entreprise AAB (Ateliers Artistiques du Béton), créateurs des ¾ de la structure de la grotte avec les Ateliers de Stéphane Girard à Paris qui habillent l’ensemble de concrétions (stalagmites, stalactites de toutes compositions rocheuses ou de transparences ) que l’on trouve dans la grotte originale.

Rencontre avec Alain Dalis, artiste et plasticien lors d’une livraison des derniers panneaux d’art pariétal de la réplique de la grotte à la Villa Méditerranée à Marseille. 

"Le travail de l’atelier Arc&Os à Montignac est terminé, le panneau des chevaux, un des plus beaux de la grotte, à mon sens, est en train d’être installé à la même hauteur et dans le même angle d’inclinaison que dans la grotte originale. Nous sommes ici pour réaliser les joints qui incorporent les panneaux sur la structure d’ensemble, ils seront invisibles à l’œil nu."

Au niveau pratique, comment vous êtes-vous répartis les tâches ?

Pour la reproduction de l’art pariétal, trois entreprises se sont réparties le travail : Déco Diffusion et Arc&Os à Montignac (Alain Dalis) et les Ateliers « Tosello création graphique » de Gilles Tosello à Toulouse. Pour le reste du chantier, les pôles principaux s’appuient sur AAB qui détient une technique de béton projeté pour des grands volumes et Stéphane Girard à Paris pour les reproductions de calcites, concrétions, qui vont faire le lien entre les œuvres et le décor pour faire simple.

L’entreprise AAB (Ateliers Artistiques du Béton) de Stéphane Girard à Paris s’occupe principalement de spéléothèmes, autrement dit toutes les concrétions rocheuses que la grotte contient (stalagmites, stalactites, etc…) car elle détient le savoir-faire le plus pointu sur ces questions. AAB traite pour sa part 4 000 m2 de la surface de la réplique, soit, en termes de ratio, 95% de la grotte. Une précision du rendu exigeante pour que tout s’harmonise avec les panneaux exposant les œuvres pariétales.

  
Comment fait-on pour reproduire une grotte ? Quelles méthodes employez-vous ?

Gilles Tosello
La réplique de la grotte Chauvet a été un laboratoire de recherche pour réaliser des répliques entre 2011 et 2014. Nous avons eu le temps de mettre en place des prototypes et de constater ce qui fonctionnait ou pas. Cette méthodologie a mis en lumière la meilleure des technologies pour réaliser une réplique : la 3D. Une grotte autrefois, nous en dessinions le plan, aujourd’hui nous la reproduisons en 3D. Cet outil est un gage de précision, commun à tous. 

La méthode adoptée se décompose en deux phases principales : la première consiste à reproduire la paroi, le support rocheux. Cette étape se déroule dans les ateliers d’Alain Dalis à Montignac par le biais d’une fraiseuse numérique qui sculpte le volume de chaque panneau dans de la mousse très dense et reproduit la base de la paroi avec précision, à quelques millimètres près. De cette matrice, nous en faisons un moulage pour obtenir une coque de résine de quelques centimètres d’épaisseur qui épouse tous les mouvements de la paroi. Cette structure est armée, rendue rigide pour être transformée. Nous partons dans nos ateliers avec cette paroi blanche indiquant les données principales du relief initial. A partir de là, nous revenons au fichier 3D, en le diffusant sur cette paroi par vidéo projecteur, puis on positionne tous les éléments (dessins, tracés digitaux, tâches de couleurs, d’argile…). La phase ultime consiste au modelage manuel de l’épiderme de la paroi, sa matière, avec de la résine fraiche. Une reproduction visuellement identique à la matière visible dans la grotte.

Alain Dalis
"Effectivement, à l’atelier de Montignac, nous réalisons tous les panneaux, forme, modelage, calcites car nous avons trouvé la méthode pour reproduire une certaine brillance de la roche. Archéos a eu en charge environ 65% du chantier, car nous réalisons le modelage de tous les panneaux, la patine et la peinture. Les données précises de la 3D, fournies par la DRAC* constituent notre base. Une fois les coques en résine réalisées, nous nous sommes réparti le travail en termes de dessins et gravures avec les Ateliers de Toulouse."

Gilles Tosello
« Les dessins sont d’autant plus crédibles lorsque la paroi est réaliste, chaque paroi de Cosquer détient sa spécificité, couleurs différentes, avec des apports d’argile, ou blanche ou texturé par le sel marin, brillante ou sèche. Tout cela commence par un modelage très fin puis des dessins et gravures. En fait 80% de notre temps est consacré à la reproduction de la paroi, le reste du temps est consacré aux dessins et gravures. Chauvet 2, nous a appris que chaque détail, même imperceptible, participe à la crédibilité de l’ensemble. »

Qu’est-ce que cette grotte a de singulier par rapport aux autres ?

Alain Dalis
« C’est une des grottes les plus complexes à reproduire car le panel des techniques utilisées ainsi que celui des matières existantes sur le lieu est exceptionnellement riche et divers. Les peintures, gravures ou formes et résidus sur la paroi témoignent de la longue fréquentation du lieu dans le temps (environ 18 000 ans de fréquentation). Les techniques employées sont très différentes et il nous appartient de décrypter tout cela pour le reproduire.

Pour réaliser une bonne reproduction, il faut que le trait ou la gravure semble avoir été fait très vite, il faut réinventer les outils que les hommes du paléolithique utilisaient et trouver des recettes pour retrouver leur technique de fabrication des couleurs ou de charbon. Être inventif est le maitre mot pour ce chantier. De plus l’impossibilité d’accéder au lieu original a rajouté une difficulté supplémentaire.

Nous avons dû travailler avec des matériaux frais qui durcissent par la suite pour redonner la sensation de rapidité d’exécution de l’artiste. »

Gilles Tosello
« 
Je n’ai pas pu m’empêcher de la regarder comme un sujet d’étude car il m’est difficile de copier quelque chose que je ne comprends pas. Cosquer est une grotte très particulière qui m’a beaucoup appris et beaucoup interrogé. Toutes ces surfaces couvertes de tracés digitaux et de la main sur parfois 10 mètres carrés. C’est présent dans les autres grottes notamment à Chauvet mais jamais dans ces proportions.

Par ailleurs, Cosquer détient bon nombre d’empreintes de mains délibérément détruites, un peu comme une iconoclastie ( la destruction de certaines peintures ou gravures laissées par les précédents passages). Or les superpositions sont fréquentes dans l’art préhistorique, mais ce que l’on peut supposer comme la destruction parfois violente des motifs de mains (qui représente un individu), est un comportement que nous n’avions pas rencontré par ailleurs. C’est très visible sur le panneau des mains rouges. »
 

Est-ce les hommes du paléolithique sont des artistes de votre point de vue ?

Alain Dalis
« C’est avéré ! Nous savons que les humains du paléolithique apprenaient à dessiner et cela sur 20 000 ans. Les traits précis en attestent. Les figures sont effectuées de façon sûre et rapide. La base technique de cette civilisation est identique et nous en retrouvons les traces de l’Espagne jusqu’à la Russie.

Ce que j’ai particulièrement aimé travailler sur Cosquer ce sont les chevaux, le panneau des chevaux qui est un des plus riches que je n’ai jamais vu, il contient des tracés digitaux, des gravures partout en plus des dessins. Ce panneau s’abime actuellement très vite dans la grotte et va disparaitre dans très peu de temps.  Après la montée des eaux exceptionnelle de 2017, le constat a été fait que des petites particules de ce panneau sont tombées et se sont dissoutes à jamais. C’est assez touchant de se dire que dans la grotte originale, il n’y aura bientôt plus le panneau des chevaux. Ce travail est important pour ça et dans le cas de la grotte Cosquer, il n’y a pas d’autre alternative. »

L’aventure se poursuit et artistes et artisans continuent de confectionner et modeler la réplique de la Grotte Cosquer afin de nous la dévoiler en juin 2022…

Béatrice MICHEL

 

(1) Gilles Tosello dirige l’atelier« Tosello création graphique ». Artiste indépendant, il effectue des prestations pour le ministère de la culture et des collectivités locales. Avec un parcours universitaire sur l’art pariétal et l’art des objets mobiles, il a beaucoup travaillé pour les répliques de grottes paléolithiques, notamment pour Chauvet 2.

(2) Alain Dalis dirige l’Atelier Archéos à Montignac. Sa formation aux Beaux-Arts et sa proximité avec Lascaux l’ont conduit à se spécialiser dans l’univers de l’art pariétal.

 

Un grand merci à Alain Dalis et Gilles Tosello.