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Développement durable |

Le plus précieux de nos herbiers

Trésor patrimonial et plante miracle, la posidonie est emblématique des fonds marins de Méditerranée. De sa présence et de sa préservation dépendent un écosystème parmi les plus riches de notre environnement.

« On va éviter cette plage, elle est recouverte d’algues ! » Qui d’entre-nous n’a pas prononcé ou entendu ces mots, souvent ponctués d’une mine déconfite ? Pourtant, si l’on y réfléchit, la présence de banquettes de posidonies sur notre littoral et donc sur nos plages est l’une des garanties de stabilité de celles-ci. En effet, les amas naturels constitués par les plantes mortes – la posidonie n’est pas une algue mais une plante à fleurs - offrent une défense naturelle à l’érosion de nos côtes et à la présence des plages que nous apprécions tant. Mais ce n’est que la partie terrestre des bienfaits de la posidonie car ses vertus immergées méritent la plongée.

Qui dit mieux ?

Pas bien profonde d’ailleurs puisque posidonia oceanica, symbole de notre identité régionale et méditerranéenne, dresse ses vertes tiges entre 0 et 40 mètres de fond, à l’image de la plupart des espèces composant notre flore et faune marines exceptionnelles. La posidonie n’est présente qu’en Méditerranée. Les herbiers de posidonies offrent des services écosystémiques dont la valeur est parmi les plus élevées au monde, terre et mer confondues : zone de nurserie et de frayère pour les poissons, stockage de carbone, production d’oxygène, fixation des fonds meubles, atténuation de la force de la houle et des courants, protection contre l’érosion des plages. Qui dit mieux ? La protection de ces herbiers a donc un rôle fondamental pour l’écosystème régional et méditerranéen et, au-delà, pour bon nombre d’activités liées à l’économie maritime et littorale.

Attention danger !

L’importance écologique des herbiers marins rend leur régression particulièrement préoccupante. Si les 1 000 km de côtes régionales abritent 10 % de la biodiversité marine mondiale, elles sont soumises à des activités préjudiciables à leur développement voire même à leur survie. A titre d’exemple, le littoral de notre région, déjà fortement peuplé, accueille jusqu’à 8 fois sa population en été ! La fréquentation touristique, le trafic maritime, les rejets en mer, les déchets, les différentes formes de pollution… la nocivité des activités humaines et plus encore leur conjonction nuisent à notre écosystème marin. Malgré son statut d’espèce protégée, on estime à près de 10 % la surface totale d’herbiers de posidonie perdue au cours des 100 dernières années, avec une nette accélération à partir des années 1950. Sur certaines zones urbanisées et/ou portuaires, le recul est très marqué (jusqu’à 90 % à Marseille depuis la fin du XIXe siècle).

Sauvons nos posidonies

La préservation des écosystèmes marins et des herbiers de posidonies en particulier est devenue une priorité partagée à plusieurs niveaux : régional, national et européen. Le dispositif Sauvons nos Posidonies est l’une des actions du Plan mer et littoral régional, adopté en juin 2019.

Les 4 axes du dispositif :

  • Axe 1 - Améliorer les connaissances sur les herbiers, pour une meilleure gestion des espaces marins et littoraux ;
  • Axe 2 - Protéger les herbiers en soutenant le développement de zones de mouillage écologique pour les navires de plaisance ;
  • Axe 3 - Adapter nos plages au changement climatique en soutenant des méthodes innovantes de gestion et d’aménagements côtiers préservant et valorisant les écosystèmes marins ;
  • Axe 4 - Sensibiliser le public aux enjeux de gestion des écosystème côtiers.

A l’échelle méditerranéenne

La mise en oeuvre opérationnelle du dispositif est assurée, d’une part, par des appels à projets, élaborés dans une logique de partenariat avec les services de l’Etat et d’autre part, par des actions conduites dans le cadre du projet européen POSBEMED2, dépendant du programme Interreg Med. Ce projet a pour objectif le développement de modalités de gestion des banquettes de posidonies favorables à l’écosystème marin et côtier et au développement d’une approche écosystémique des aménagements littoraux. La Région est lauréate aux côtés de 7 autres partenaires méditerranéens de Grèce, Chypre, Italie, Espagne et Croatie. Ainsi, des actions d’envergure sont entreprises sur une part très importante du pourtour méditerranéen à la mesure des bienfaits de cette plante irremplaçable.

Thierry AUFFRAY

La posidonie, en chiffres

100 millions d’années : date de l’apparition de la posidonie
1 à 5 centimètres par an : une croissance très lente de sa tige ou rhizome
3 fois plus : à surface égale, l’herbier de posidonie stocke jusqu’à trois fois plus de carbone qu’une forêt tempérée ou tropicale.
30 à 40 % des prises de la pêche en Méditerranée résultent de l’herbier de posidonie (alors qu'il couvre moins de 2 % de sa surface)
10 % de carbone : quantité absorbée par les herbiers de posidonie sur la totalité de celle captée par les océans alors qu'ils ne représentent que 0,2 % de leur surface
- La surface estimée d’herbiers de posidonie en Provence-Alpes-Côte d’Azur est d’environ 255 km². Les herbiers de posidonies absorbent 10 % du carbone capté par les océans.