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Agriculture, Culture

La transhumance, une des plus anciennes traditions régionales ?

Mis à jour le 04 janvier 2023

La transhumance est pratiquée de l’Aubrac aux Pyrénées en passant par les Vosges, la Corse et notre région Sud, de la Crau aux Alpes, notamment. C’est dans notre région que les découvertes archéologiques attestent de son existence depuis près de 7 000 ans. La transhumance représente dès lors une des plus anciennes traditions régionales.

Qu’est-ce que la transhumance ?

L'étymologie du terme « transhumance » relève de « trans » (au-delà) et « humus » (le pays). Traduisez : un parcours qui conduit au-delà du territoire d'origine. Il s’agit d’un déplacement saisonnier de troupeaux le long des routes migratoires en Méditerranée et dans les Alpes . C’est la migration de troupeaux d’herbivores (moutons, vaches, chèvres…) vers les pâturages pour se nourrir. Il existe une « transhumance estivale » lorsque les bêtes gagnent les pâturages d’altitude sous la conduite de leur berger, et de « transhumance hivernale » lorsque les bêtes descendent dans les plaines pour profiter d’un climat moins rigoureux.

Il s’agit simplement de l’utilisation des espaces naturels pour le pâturage des troupeaux. Une adaptation ancestrale aux contraintes climatiques. Car le climat méditerranéen sec et chaud des plaines limite la production de fourrage. Les parcours de transhumance et l’herbe des alpages garantissent l’alimentation estivale des troupeaux et permettent une précieuse économie de foin.

 

Un patrimoine bientôt reconnu au patrimoine immatériel de l’humanité de L’UNESCO.

Depuis décembre 2019, une candidature est en cours auprès de l’Unesco coordonnée par le Collectif des Races locales de Massif (CORAM).  Mais depuis juin 2020, la transhumance pratiquée par les bergers et les éleveurs français est reconnue comme patrimoine culturel immatériel(PCI) en France. Cette reconnaissance est une première étape importante avant la reconnaissance de la transhumance comme Patrimoine culturel immatériel de l'humanité auprès de l’UNESCO qui devrait obtenir une réponse dans le courant du printemps 2023.

Seront alors reconnus les modes d’élevage et les pratiques pastorale en altitude, ainsi que la gestion collective des territoires pastoraux et les savoir-faire liés à l’artisanat et à l’élaboration de produits alimentaires.

Une économie à part entière

Au-delà du patrimoine incontestable, le pastoralisme génère des emplois directs et indirects et représente une source d’emplois non délocalisables permettant à de nombreuses familles de vivre jusque dans les lieux les plus reculés de la région. Cet usage détermine à lui-seul, les fondations indispensables à l’implantation d’autres activités. L’aide régionale au pastoralisme, ainsi que le soutien aux éleveurs permet de pérenniser la pratique.

La filière ovine est la plus importante mais des exploitations bovines et caprines, axées pour la plupart sur la production fromagère et la vente directe, s’y ajoutent. Cette spécificité régionale permet de révéler un terroir et des produits d’exception comme l’Agneau de Sisteron (IGP), le fromage de Banon (AOP), ou le taureau de Camargue (AOP). Au total près de 50 Appellations d'origine protégée (AOP) et 35 Label rouge en viande et fromage. Une véritable vitrine pour notre région en termes de retombées commerciales et touristiques et un label de qualité en termes de gastronomie, mondialement reconnue.

 

Un allié contre le changement climatique

Les espaces pastoraux et la pratique de la transhumance se révèlent de précieux atouts pour la sauvegarde de la biodiversité. Ils participent à l’entretien et la valorisation des espaces écologiquement rares et sensibles. De plus les déjections des animaux facilitent un apport en engrais et permettent la diffusion des semences. Par ailleurs ces pratiques constituent de véritable pare-feu naturel car grâce aux troupeaux et à l'estivage, ces terres ne sont pas envahies par les broussailles.  

Par les besoins en eau d’abreuvement lors des passages des troupeaux, ils permettent la préservation de la qualité sanitaire de la ressource la plus indispensable : l’eau.

 

Quelques consignes simples pour les randonneurs et promeneurs

La modification des pratiques de protection du troupeau passe par quelques précautions à suivre par les randonneurs et les chasseurs, notamment avec la présence désormais systématique des chiens de protection « Patous » génère parfois quelques tensions. Le Patou fait son boulot en dissuadant tout étranger (éventuel prédateur…) de s’approcher du troupeau. Et le Patou est très zélé…..

Pour éviter tout malentendu avec ce chien de garde, rien de plus simple, contourner le plus largement possible le troupeau. Si par inadvertance, vous vous trouviez face au Patou, soyez très humble, ne courrez pas et éloignez-vous doucement des moutons le plus calmement possible. Evitez tout contact avec le troupeau, contournez-les dès qu’ils sont en vue. Tenez vos enfants éloignés du chien et votre animal en laisse, le cas échéant, pas de caresses, ni de nourriture et oubliez le portable pour une story-Insta et surtout ne le regardez pas dans les yeux et éloignez-vous au plus vite mais sans courir.

Généralement tout se passe bien si l’on respecte les distances et les randonnées n’en sont que plus savoureuses. Ne perdez pas de vue que le pastoralisme œuvre pour vous et vos enfants et demeure un modèle d’équilibre entre l’homme, l’animal, le milieu naturel et le climat. Une vraie chance pour notre région !

Des fêtes de la transhumance ont lieu sur tout le territoire régional de mi-avril à fin octobre (à leur retour des estives) de la Roya au Verdon en passant par Sisteron, la Crau ou la Tinée, renseignez-vous, cela vaut le détour !

Béatrice MICHEL

Dans le Parc National des Ecrins, des fouilles archéologiques se déroulent à plus de 2000 m d’altitude. Une équipe archéologique internationale a révéléla présence de cabanes et d’enclos il y a plus de 4000 ans, preuve d’un développement et d’un ancrage de l’activité pastorale en région Sud.  Un argument de plus pour la candidature au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de L’UNESCO.

Mis à jour le 13 juin 2024