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Au lycée Carmejane, la relève agricole

Mis à jour le 03 mars 2023

A la fois lycée d’enseignement général et professionnel, centre de formation et exploitation expérimentale ovine, le lycée agricole de Carmejane joue sur tous les tableaux pour former les jeunes pousses de l’agriculture. Visite guidée.

A quelques kilomètres de Digne, au Chaffaut-Saint-Jurson, le lycée agricole apparaît comme un petit village dans le village. Ici, il y a tout le nécessaire. Salles de classe et cantine, infirmerie et exploitation ovine sont à quelques minutes à pied. Sur les quelques 220 élèves qui foulent les couloirs du lycée, une soixantaine a choisi la filière ovine, conduite et gestion de l'entreprise agricole.

Une exploitation couteau Suisse

L’exploitation comprend 650 brebis, 60 ruches, 65 hectares cultivables pour le fourrage, les céréales et les plantes à parfum et valorise 500 hectares de parcours boisés. Couteau Suisse, elle permet de mettre la théorie en pratique, de produire une viande sous le sigle agneau de Sisteron et Label Rouge, d’employer plusieurs salariés et d’ouvrir les horizons sur l’intégration d’une telle activité dans l’environnement. François Demarquet est le directeur de l’exploitation, il mène ces réflexions avec le lycée agricole depuis plus de 20 ans : « Tout ce que nous faisons est cohérent avec le territoire et avec la formation. Nous travaillons à partir de supports qui peuvent aussi bien traiter de la production, donc l'élevage des brebis et des agneaux, de l'approvisionnement de la filière en viande, que de la production de céréales, du fourrage, des plantes aromatiques, de l'apiculture. C'est également une manière de comprendre tout l'équilibre du milieu, sa biodiversité, la pollinisation. » L’ancrage territorial est l’un des grands enjeux auxquels sont confrontés tous les agriculteurs de la région, et auxquels les jeunes n’échapperont pas : « Nous abordons tout ce qui est en lien avec la production, ajoute François Demarquet. Il y a la question du bien-être animal, de la protection du troupeau contre la prédation avec notamment l'élevage et l'éducation des chiens, de l’autonomie alimentaire du troupeau avec la récolte du fourrage, l’utilisation de l’agro-équipement et des machines. Il y a aussi, évidemment, le raisonnement de l’alimentation et tout le volet génétique, sur les races locales capables de valoriser le territoire, de s’adapter au milieu, aux ressources et au climat. »

Astronaute ou agriculteur

Il y a beaucoup de choses à apprendre pour nos lycéens, que l’on trouve affairés à compter les brebis. Les chiens sont excités, les élèves le sont beaucoup moins : l’arrivée du directeur coïncide avec une erreur de comptage du troupeau, qui vaut à Léa et Damien, les deux salariés de l’exploitation et diplômés de Carmejane, quelques sueurs froides. Aujourd’hui ce sont des élèves de seconde qui sont chargés de diriger les bêtes. Parmi eux, la part des enfants d’agriculteurs baisse, logiquement, à mesure que le nombre d’exploitant diminue. Léna n’est pas fille d’agriculteur, elle a fait le choix de suivre cette formation parce qu’elle était attirée par ce métier et ne le regrette pas. Victoria quant à elle, est issue du milieu agricole et s’orientera plutôt vers la culture des plantes. Noé, fils d’un éleveur de chèvre, de brebis et de vaches près d’Allos, coche toutes les cases : « quand j’étais petit je voulais être astronaute, comme tous les enfants. Mais j’ai vite compris que c’était l’élevage, ma voie, et la polyculture avec les fenaisons et les moissons. J’aime l’idée de faire un métier important, de conduire le tracteur, le troupeau. Après le bac je vais passer les permis poids lourds pour pouvoir faire les transhumances en camion et avoir un autre apport d’argent. Il faut changer avec ce métier, qui évolue en permanence ».  

Un condensé de vie agricole

Faire évoluer le métier est justement l’une des missions de l’exploitation, qui comprend un important volet d’expérimentation. L’un des objectifs est d’améliorer les conditions de travail pour faire sauter les freins qui pourraient dissuader les jeunes de se lancer. « L’expérimentation, c’est à la fois une manière de montrer aux jeunes comment on acquiert la connaissance, mais aussi une manière de leur montrer qu’il est possible d’évoluer dans les méthodes et les techniques pour alléger le travail et le rendre moins pénible, ajoute François Demarquet. Ce lien est aussi fait avec la profession agricole régionale. Certaines des expérimentations faites ici apportent des solutions techniques ou économiques qui peuvent être adoptées sur le territoire comme à l’échelle nationale ».  Pénibilité du travail, adaptation à l’environnement et aux aléas climatiques, renouvellement des générations, savoir-faire et méthode, le lycée agricole de Carmejane est un condensé de vie agricole. « Certains élèves sont encore très jeunes, ils ont des idéaux qui seront bientôt confrontés à la réalité, s’amuse François Demarquet. Certains poursuivent leur cursus en BTS, en école d’ingénieur ou dans des études de vétérinaires, d’autres travaillent tout de suite. A la coopérative ovine, presque tous les salariés ont été formés ici ! A l'occasion des différents événements qu'on organise, on retrouve nos anciens élèves. On voit leur trajectoire, leur réussite, leur vie de famille. C’est très agréable de les voir continuer à évoluer après leur passage à Carmejane ».

Focus sur La Dotation Jeunes Agriculteurs

Depuis le 1er janvier 2023, la Région a la reponsabilité pleine et entiere de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA), mesure FEADER emblématique de l’accompagnement à l’installation en agriculture. Elle représente 150 jeunes bénéficiant d’un accompagnement à l’installation très complet. Pour 2023-2027, le budget pour les DJA s’élève à 14,6 millions d’€ de FEADER et 9,1 millions d’€ de contrepartie nationale.

La Région Sud investit largement sur la politique installation – transmission : le budget prévisionnel 2023 s’élève à plus de 2,8 d’€ de crédits régionaux :

• Par le soutien à la formation,

• Par l’accompagnement des porteurs de projets,

• Par l’accès au foncier,

• Par l’accès au capital,

• Par l’aide au maintien des nouveaux installés,

• Par l’aide à la transmission des exploitations,

• Par l’accompagnement par les territoires.

Mis à jour le 24 juin 2024