Reprise de la végétation après l'incendie de Gonfaron survenu en 2021

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Comment la forêt se remet-elle d’un incendie ?

Depuis plusieurs mois, tous les services incendies sont mobilisés. Cette année, on dénombre déjà plus de 400 départs de feu en Région Sud. Chaque jour de mistral se solde par des centaines d'hectares partis en fumée. Heureusement, les espèces qui peuplent nos forêts présentent des spécificités qui leur permettent de s’adapter. Néanmoins, la récurrence des incendies pourrait bien les mettre en danger.

Rémi Savazzi est adjoint au directeur de l'agence DFCI Midi-Méditerranée et expert technique national incendie de forêt. Il connaît les massifs de la région Sud sur le bout des doigts. Particularité des essences, fréquence des feux et menaces du changement climatique sur l’équilibre de nos forêts : petite mise au point.

Quelles sont les principales espèces végétales en région Sud et comment réagissent-elles au feu ?

Dans la région il y a deux faciès différents. Il y a, sur la plupart du territoire, tout ce qui se développe sur les sols calcaires avec de la pinède, du pin d’Alep et du chêne vert. Ce sont eux qui vont se retrouver dégradés, avec des garrigues de plus en plus clairsemées à mesure du passage des feux. Dans la capacité d’adaptation au feu, le pin d’Alep est une espèce pionnière. Son cône est fermé par une résine qui, avec la chaleur des incendies, va fondre pour s’ouvrir et libérer ses graines. Si une sécheresse ne survient pas après l’incendie, des petits pins se ressèment tout seul. Les espèces en sous-étage, elles, repartent de la souche si l’incendie ne les a pas tuées. C’est un fonctionnement idéal, à condition qu’il ne soit pas perturbé par la sécheresse ou les incendies à répétition. Si les petits pins n’ont pas le temps de devenir adulte, ils n’auront pas de cône pour se ressemer. C’est ce qui se passe sur le plateau de Vitrolles ou dans le massif des 4 Termes, où le feu passe tous les 10 ans.  Ailleurs dans le Var, du côté des Maures et de l’Estérel, le faciès est différent. Ce sont des sols acides, granitiques, où l’on trouve du maquis, des chênes liège, des pins pignon. Ce sont des espèces plus résistantes, qui ont la chance de pousser sur des sols plus riches. Mais même plus résiliente, elles brûlent comme les autres ! On l’a vu avec le feu de Gonfaron l’été dernier. L’avantage avec ces espèces, c’est qu’elles ont des écorces bien plus épaisses pour les protéger. Elles peuvent survivre après le passage du feu et réactiver leurs bourgeons pour repartir des branches. 

Lorsqu’on observe la partie d’une colline qui a brûlé, on a l’impression que seule la garrigue repousse. Est-ce une illusion ?

C’est ce qui repousse en premier, mais s’il y avait des arbres avant, ils peuvent revenir. Il faut compter 4 ou 5 ans pour retrouver une garrigue de taille moyenne, mais il faut 30 ou 40 ans pour avoir une forêt jeune. Ce n’est pas le même temps de retour, c’est pour cela qu’on a cette impression. Le problème, c’est que les sols sur terrain calcaire sont peu épais. Il suffit qu’un gros orage survienne après un feu pour qu’une partie du sol disparaisse, ce qui complique la repousse des végétaux. La forêt est adaptée mais elle a ses limites, et nous les touchons du doigt avec le changement climatique. Dans les secteurs cités plus haut, nous risquons, d’ici 50 ans, d’aller vers la désertification. Les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le sud du 04, une partie des Alpes-Maritimes et l’ouest du Var sont particulièrement sensibles.

Que doit-on faire après un incendie ?

On commence par évaluer les dégâts. On travaille avec des images satellites pour définir un contour précis, on compare ces images avant et après pour voir si la forêt a été simplement parcourue ou totalement brûlée et en déduire quelles sont les chances de reprise. En premier lieu, il faut anticiper les conséquences immédiates qui pourraient survenir avec de nouveaux aléas. Des arbres pourraient tomber sur des habitations, des voies de circulation, des lignes électriques. Enfin, dans les endroits très pentus, on évalue les risques d’inondation, de chute de blocs.

Pourquoi ne pas replanter massivement les espèces qui résistent bien ?

Au contraire ! Pour le retour de la végétation, l’urgence, c’est d’attendre. Il est très difficile de replanter, surtout sur des sols superficiels. Il y a 30 ans, on replantait tout de suite, et on voit que ces plantations aujourd’hui font 1 mètre de haut alors que la végétation naturelle atteint une dizaine de mètres. Mieux vaut laisser la nature faire plutôt que de s’échiner pour un résultat très faible. La première mesure, c’est donc la protection des sols, en réalisant des travaux pour empêcher l’érosion. Si les sols sont préservés, la forêt va reverdir naturellement et là, ce sera gagné !

Cette année s’annonce mal pour les forêts de la région. Des vigilances particulières ?

La vigilance est de mise sur l’ensemble du territoire et particulièrement sur le débouché de la vallée du Rhône. Le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône sont dans l’axe du mistral, qui propage les feux et dessèche la végétation. Sur l’ensemble de la région, nous avons eu un déficit de pluie tout l’hiver.  Nous avons eu des feux dans les Hautes-Alpes en janvier et février, dans des endroits inhabituels, à cause du manque de neige. On voit les alertes sur le lac de Serre-Ponçon qui est à son plus bas niveau. On voit pas mal de départs de feux, mais heureusement, les services de secours sont sur le coup et arrivent pour l’instant à les maîtriser.

Ne laissons pas notre maison brûler ! 
Pour lutter contre les feux de forêt, tout le monde peut s'engager, en adoptant les bons gestes, en rejoignant les comités communaux feu de forêt ou les pompiers volontaires. La Région Sud mène la guerre du feu ! 
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