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© Région Sud/Getty images
Culture |

Le passé refait surface à la porte d'Aix !

Mis à jour le 25 mai 2022

Des vestiges d’une Marseille rebelle ont été mis au jour en haut du boulevard des Dames à quelques pas du siège de la Région Sud. Un morceau de rempart datant de Louis XIV témoigne d’une époque tourmentée qui marqua les mémoires et fit de Marseille l’éternelle insoumise.

La découverte archéologique

Tous ceux qui circulent dans Marseille entre la Joliette et la Gare Saint-Charles connaissent trop bien les travaux de canalisation en cours sur le boulevard des Dames. Mais en creusant dans le sous-sol d’une ville millénaire, il n’est pas étonnant de trouver des témoignages de son riche passé.

Cette fois, c’est un morceau de rempart de trois mètres de largeur, datant du XVIIe siècle qui a émergé. Aux yeux des archéologues de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), cela confirme un tracé déjà identifié sur d’anciennes cartes de cette période. Jusqu’alors le seul vestige visible de ce rempart, édifié entre 1669 et 1694, se situe rue des Lices dans le quartier du panier. Les remparts amplifiaient la circonférence de la ville du XIe siècle, qui passa alors de 60 hectares à 195. Ces nouvelles limites de la ville ajoutaient également une emprise du roi sur les velléités d’indépendance des frondeurs.

Marseille, la ville rebelle

La Provence conserve une indépendance face au pouvoir central jusqu’en 1660 et même si elle n’est pas soumise à la loi commune, elle demeure fidèle au roi.

Mais une décision du gouverneur de Provence avec l’appui de certains consuls veut mettre à disposition les subsides de la ville pour armer la galère de son fils. Cette étincelle met le feu aux poudres contre le gouverneur et embrase la ville qui entre en rébellion. A sa tête, Gaspard de Niozelles s’empare de l’Hôtel de ville et génère des élections ! (et oui les prémices de la révolution trouvent leurs racines à Marseille). Ces velléités d’indépendance du peuple de Marseille durent près de 12 ans. Le roi décide de reprendre les affaires de la ville en main et d’anéantir tout esprit de fronde. Il se déplace avec Mazarin afin de faire face à une des plus grandes épreuves politique de son long règne. Le royaume a besoin du commerce du grand port de Marseille. Afin de « mater » ces marseillais trop enclins à protester, il va employer l’urbanisme pour tenir la ville sous surveillance en offrant plus d’espace aux citadins et en construisant des forts et des remparts pour protéger la ville. Enfin, ça c’est la version officielle !

Les forts protègent la ville des assaillants et de ses…habitants

Début 1660, 6 000 soldats occupent la ville qui est désarmée et contrôlée. Une fois son pouvoir politique réaffirmé, le Roi établit un plan d’urbanisme pour la ville afin de préserver son autorité. A sa demande, un arsenal des galères pouvant accueillir 20 000 hommes sera installé sur le port, ainsi que deux forts : le fort Saint Nicolas et le Fort Saint Jean. Ils se dressent non pas vers le large mais vers la ville afin d’en maitriser la population. Les forts sont construits sous la houlette du chevalier de Clerville à qui succèdera Vauban. Le plan d’une nouvelle ville est acté. Ces changements impacteront définitivement le paysage urbanistique de la ville, qui multiplie sa superficie par trois grâce à un nouveau rempart.

La découverte du morceau de rempart du boulevard des Dames émane de cet épisode de notre histoire.

B.MICHEL

Ptit plus marseillais :La Corderie était le quartier où l’on fabriquait les cordages réalisés à base de chanvre (canebe, en provençal), c’est de là que la Canebière tire son nom.

Mis à jour le 13 juin 2024