Credit photo : Ombrea

Entreprises |

La greentech : le nouveau phénomène de la tech en région Sud

Les startups désireuses de relever le défi de la transition environnementale et énergétique sont de plus en plus nombreuses en France et en région Sud. Elles sont très présentes à Viva Technology qui se tient du 15 au 18 juin. Selon les experts, le phénomène devrait s’accélérer dans les années à venir dans un secteur qui attire toujours plus de capitaux.

C’est l’un des derniers phénomènes qui anime le monde de la tech. La greentech connait un développement fulgurant ces dernières années. La transition énergétique et le défi écologique donnent lieu à une véritable effervescence économique et financière. Sur le terrain, elle se traduit par des créations de startups et d’emplois qualifiés mais aussi de levées de fonds toujours plus importantes. Cette tendance remonte à plusieurs années alors que l’urgence climatique se fait de plus en plus forte. Le choix de Viva Technology 2022 de mettre en lumière la greentech française ne doit donc rien au hasard.

Une chose est sûre, le développement de la greentech permettra de relever le défi de la transition environnementale. Une étude très complète de BPI France, datant de 2021, le confirme. Elle permet de cerner les contours de ce nouveau vivier d’entreprises. Une startup de la greentech est définie avant tout par sa capacité à produire une innovation susceptible de réduire l’impact environnemental. BPI France dénombre à ce jour 1 800 greentech dans l’hexagone, à la fin 2021, dont 25% dans les nouvelles énergies, 23% dans le verdissement de l’industrie, 20% sur la conservation des écosystèmes et la transition environnementale (décarbonation, économie circulaire et accompagnement), 13% dans le verdissement de l’agriculture et agroalimentaire, 13% dans la mobilité propre, et 6% dans la construction durable.

60 000 emplois directs en France

L’essor est tel qu’il stimule l’économie française sur l’ensemble du territoire car plus de 70 % d’entre elles sont situées hors de la région parisienne avec déjà plus de 60 000 emplois directs créés et un chiffre d’affaires évalué à plus de 3 milliards d’euros. Les experts de BPI France notent d’ailleurs que le potentiel de croissance est « très fort ».  En effet, la moitié des greentech a moins de 5 ans d’existence et présente des développements commerciaux importants.

Un potentiel qui attire les investisseurs privés et publics qui ont bien compris l’intérêt de ce tout nouveau secteur d’activité. Les greentech lèvent de plus en plus de fonds pour financer leur croissance. BPI France a évalué à plus d’un milliard par an en 2020 et en 2021. « Une accélération qui a permis l’avènement de deux licornes green comme Blackmarket et Vestiaire Collective. En 2021, elles ont représenté 16% des fonds totaux levés par les startups françaises », notent les experts de BPI France

A l’image de la Région Sud et de ses partenaires, la greentech française bénéficie du soutien des acteurs de l’innovation tout au long de leur développement. Elle bénéficie également d’un cadre réglementaire de plus en plus contraignant favorisant la transition, qu’il s’agisse de la réglementation européenne et française. Les priorités sont claires, la transition nécessite de développer des outils de production et des moyens de transports décarbonés, de nouveaux moyens des productions d’énergie mais aussi de nouveaux usages dans l’alimentation et la consommation.

Maintenant que le secteur commence à se structurer, six domaines, bien identifiés, émergent. D’abord, les nouvelles énergies avec la production d’énergie renouvelable où les enjeux de recherche sont importants, notamment sur l’hydrogène décarboné. Citons également l’industrie verte avec des levées de fonds qui sont concentrées sur la chimie et les matériaux pour financer les phases d’industrialisation. L’environnement est la verticale qui représente 36% des montants levées par les greentech portée par le dynamisme de l’économie circulaire. Concernant l’agriculture, le segment des protéines du futur emporte la majorité des investissements. L’essor de la mobilité propre conduit à une relocalisation de la production de batteries en France, un enjeu jugé majeur pour accompagner l’électrification de la mobilité terrestre. Pour la construction durable, l’innovation se concentre sur les nouveaux matériaux bas carbone et l’efficacité énergétique des bâtiments mais mobilise relativement peu de fonds.

En Provence-Alpes-Côte-d’Azur, « une progression phénoménale »

Provence-Alpes-Côte d’Azur fait partie des régions françaises les plus dynamiques dans la greentech. Frédéric Guilleux, directeur de la Technopôle de l’environnement Arbois Méditerrané,e dédiée aux entreprises et aux startups de la transition écologique et énergétique, située à Aix-en-Provence, peut en témoigner. « On s’aperçoit qu’en France, les fonds investis dans la greentech sont de plus en plus importants, indique-t-il. Ils étaient de 1,2 milliard d’euros en 2020 et de 2,2 milliards en 2021. Nous nous attendons à une progression encore plus phénoménale dans les années à venir. »

« Il s’agit d’entreprises très jeunes et très innovantes qui comptent en moyenne 20 salariés avec des marchés tournés vers l’international, remarque Frédéric Guilleux.

 

Frédéric Guilleux évalue à quelque 200 startups de la greentech rien que dans les Bouches-du-Rhône. Même si aucune donnée officielle n’existe, les experts évaluent à 10 000 salariés travaillant dans ce secteur en région Sud. Et ce n’est qu’un début.  « Il s’agit d’entreprises très jeunes et très innovantes qui comptent en moyenne 20 salariés avec des marchés tournés vers l’international, remarque Frédéric Guilleux. Nous pouvons aussi observer que le temps de mise sur le marché est seulement de 5 ans, alors qu’il faut 20 ans dans le numérique ou la biotech. Les greentech n’ont donc pas besoin de beaucoup de capitaux pour espérer un retour sur investissement rapide. »  Les greentech rencontrent assez vite leur marché, elles deviennent rapidement profitables à l’image des jeunes pousses dans la Technopôle de l’environnement Arbois Méditerranée dont le taux de pérennisation est de 97 % au bout de 5 ans. Ce qui est bien plus que la moyenne des entreprises.

A l’avenir le phénomène greentech devrait s’accélérer. Frédéric Guilleux remarque que les dossiers d’installation dans sa Technopôle ne cessent d’augmenter. Avec 30 dossiers en moyenne ces dernières années, il compte quelque 70 projets d’installation en cours d’instruction à ce jour. Les levées de fonds devraient également doubler chaque année.

Selon Frédéric Guilleux, trois raisons expliquent l’essor impressionnant de la greentech en région Sud. D’abord la proximité de la mer et de la montagne fait que les entrepreneurs sont naturellement sensibles à la préservation de l’environnement. Deuxième raison, la présence d’un tissu industriel comme l’aérospatial ou la chimie qui cherchent à développer des processus propres en lien avec de grands instituts de recherche. Un écosystème favorable à l’émergence de startups. Enfin, la dernière raison de l’essor des greentech réside dans la volonté politique volontariste des acteurs publics dans la protection de l’environnement. En l’occurrence Région Sud Invest consacre 20% de ses fonds disponibles à la greentech depuis 4 ans.