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« La grotte Cosquer révélée », un livre évènement !

Pedro Lima, journaliste scientifique, publie toute l’histoire de la célèbre grotte Cosquer. De sa découverte à son histoire plusieurs fois millénaires, il a rencontré les plus éminents spécialistes de l’art pariétal, de la préhistoire, ainsi que des climatologues pour nous restituer au plus près ce que nous savons aujourd’hui sur la grotte Cosquer. S’appuyant toujours sur des données scientifiques, il nous dévoile également les incertitudes qui subsistent sur l’histoire de nos ancêtres. Rencontre avec un écrivain passionné…

Pourquoi cette passion pour la préhistoire ? Avez-vous une formation en préhistoire ?

Absolument pas ! J’ai une formation en neurosciences, c’est-à-dire une discipline des sciences de la vie qui étudie le cerveau et le système nerveux. Je suis devenu journaliste scientifique par la suite. Jusque-là ma connaissance en matière de préhistoire se limitait aux lectures de « Rahan » et à quelques ouvrages grand-public. Ma véritable rencontre avec la préhistoire et l’art pariétal s’est déroulée en avril 1995, lors d’un reportage au Portugal sur le site de Foz-Côa. Ce site recèle des gravures rupestres magnifiques, datées du Paléolithique supérieur. Et l’une d’entre elle révélait un petit bouquetin gravé dans deux positions différentes, l’une de côté, l’une de face, ce qui prouvait que les hommes et femmes de cette période avaient perçu dans leurs arts le mouvement et le transmettaient. Ce fut pour moi une révélation, un choc émotionnel et esthétique.

À cette occasion, j’ai aussi rencontré le préhistorien Jean Clottes qui m’a parlé de la grotte Chauvet, qui venait d’être découverte, puis de Lascaux et de Cosquer. Ajoutez à cela le mystère de ces œuvres qui nous interpellent en tant qu’humain, face auxquelles on se pose des questions sur le pourquoi et le comment... Voilà comment je me suis embarqué en préhistoire et dans l’art pariétal. Depuis je me suis spécialisé sur ces sujets, sur lesquels j’ai écrit bon nombre d’articles dans des magazines scientifiques, puis des ouvrages, notamment sur la grotte Chauvet et la grotte de Lascaux, deux sites que j’ai eu la chance de visiter ainsi que de suivre la réalisation de leurs répliques.

Qu’évoque pour vous la grotte Cosquer ?

La grotte Cosquer me ramène d’abord à mon enfance, lorsqu’avec mes parents, férus de randonnées, je sillonnais les Calanques de Marseille. Je connais bien la calanque de Morgiou, comme celle de Sugiton et les autres, j’ai donc dû marcher plusieurs fois au-dessus de la grotte Cosquer sans le savoir.  En 1991, j’ai entendu parler de cette grotte sous le niveau de la mer. La seule grotte immergée au monde connu devenait ainsi désirable, comme une Atlantide perdue. Par ailleurs, elle a été trouvée dans la région et la ville dans laquelle j’ai grandi et où je vis. Cette proximité la rend particulière à mes yeux, même si je ne l’ai jamais visitée.

Plus tard, elle est devenue pour moi un sujet de travail, et j’ai eu la chance d’être initié par Jean Clottes et Jean Courtin à ses secrets. Ils ont ainsi observé des prélèvements de matière calcaire sur les parois, qui ont  vraisemblablement été extraits de la cavité sans que l’on sache exactement pourquoi, peut-être à des fins médicinales. C’est une des particularités de Cosquer, et aussi un de ses mystères. Concernant l’art pariétal, nous n’aurons jamais de certitudes, il faut accepter les hypothèses, la part d’inconnu, ce qui ne nous est pas parvenu de ce lointain passé mais aussi ce que l’on ne saura jamais. Dans le monde actuel où l’on exige souvent des réponses immédiates, c’est assez fascinant.

Comment avez-vous abordé l’écriture de votre livre « La grotte Cosquer révélée » ?

Mon ouvrage a été accompagné dès sa conception par la Région Sud grâce à l’investissement d’une très belle équipe qui a manifesté le plus grand intérêt à ma démarche et à ce projet. Le livre raconte toute l’histoire de la grotte depuis sa découverte jusqu’à la réplique en s’arrêtant sur les témoignages des acteurs de sa découverte, des premières recherches, des relevés 3D de la grotte sur site et enfin de l’histoire de sa réplique. Le soutien et l’accompagnement bienveillant de la Région, qui a facilité mes échanges avec les principaux acteurs du projet Cosquer dans sa globalité, ont été précieux.

L’ouvrage a également bénéficié du soutien de la Ville de Marseille et du Parc National des Calanques. La grotte se situe d’ailleurs le 9e arrondissement de Marseille, et au cœur du Parc National.

Il était important pour moi que le livre soit fidèle à l’histoire de cette cavité à nulle autre pareille, en donnant à tous ses acteurs la place qui leur revient et en levant le voile sur celles et ceux qui l’ont fréquentée il y a des millénaires, en nous léguant un trésor de l’humanité. Je raconte bien-sûr l’aventure de la découverte par le plongeur Henri Cosquer, tout comme le rôle majeur joué par les scientifiques qui ont authentifié et initié l’étude de la cavité dans les années 1990 et et au début des années 2000 (Jean Courtin, Jacques Collina-Girard et Jean Clottes, entre autres), tout comme l’équipe qui a poursuivi la campagne de relevés sous l’égide de la Drac Paca, composée essentiellement de Luc Vanrell et Michel Olive, rejoints par Bertrand Chazaly pour le relevé 3D. 

Que représente la réplique pour vous ?

Si la grotte a passionné le public à la suite de la révélation de sa découverte, elle tombait peu à peu dans l’oubli du fait de son interdiction absolue au public pour des raisons de conservation. Dès lors, la réplique devenait le seul moyen de la partager avec le public, et de la faire perdurer dans la mémoire collective.  En effet, un lieu que l’on ne peut pas visiter, dont on ne parle plus et qui s’efface peu à peu sous les eaux peut disparaitre de nos mémoires. C’est le principal intérêt de la réplique qui voit en ce moment le jour, qui constituera un outil de partage de connaissance et d’émotions sur l’art pariétal indispensable. De plus, cette réplique va enfin donner une vocation à un bâtiment qui en manquait, ce qui est aussi très positif.

Quels sont vos espoirs sur la révélation de la grotte au grand public ?

Les grottes ornées sont un exemple marquant de l’ingéniosité, de la créativité et de sensibilité de notre espèce, Homo sapiens, des lieux où s’est exprimé le meilleur de l’humanité, pour reprendre les mots du préhistorien Gilles Tosello qui a contribué à la réplique. Je trouve frappant et émouvant que des millénaires plus tard, toutes les qualités techniques et créatives humaines soient à nouveau mobilisées, avec les moyens de notre époque, pour reproduire les chefs-d’œuvre qu’ils nous ont légué, et qui sont parvenus par miracle jusqu’à nous. 

Propos recueillis par Béatrice MICHEL

Le conseil de Pedro LIMA

Si Lascaux, Chauvet et Cosquer sont fermées au public pour les protéger, bon nombre de grottes ornées originales se visitent particulièrement en Dordogne, dans les Pyrénées et aux Pays Basques. Notamment Rouffignac que l’on nomme la grotte aux 100 mammouths ou encore Font-de-Gaume, aux Eyzies-de-Tayac, qui présente des bisons polychromes aussi beaux que ce de Lascaux.

« La grotte Cosquer révélée », Pedro Lima, Editions Synops (2021).