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© Crédit : Château en santé
Santé, Particulier, Collectivité

Le château en santé accompagne les femmes des quartiers nord

Mis à jour le 03 janvier 2023

Lieu de soin, d’écoute, de sociabilisation, le château en santé est rapidement devenu un repère pour les habitants, et particulièrement pour les habitantes du 15e arrondissement de Marseille, qui représentent la majorité de la patientèle. Là-bas, elles sont accompagnées par une équipe pluridisciplinaire composée de médecins et de travailleurs sociaux. Parmi eux, il y a Elisa Bausson, conseillère conjugale et familiale. Rencontre.

Le chemin vers le centre de soin commence par un coin de verdure, avec le jardin partagé baptisé « mine d’or ». Contrastant avec les immeubles du parc Kallisté, la bastide qui accueille le château en santé semble hors du temps. Dans la salle d’attente orange, la décoration a été assurée par les enfants du quartier. Entre deux coloriages, sur les murs, les invitations sont lancées : « Et si on allait marcher ? » Parmi les rendez-vous, il y a les marches entre femmes des mardis matin pour prendre l’air et parler santé, le groupe comptine et langage pour les petits, un créneau pour évoquer les dépendances. Dehors sous la pergola, des hamacs se balancent. Le centre de soin ressemble à une oasis dans le désert médical qu’est cet arrondissement. Les habitants de Kallisté, la Granière, la Solidarité et les Bourrely peuvent venir ici consulter des médecins généralistes, mais aussi faire appel au reste de l’équipe. Orthophonistes, médiateurs en santé et interprètes, infirmiers et travailleurs sociaux réunis dans un même centre, c’est précisément le besoin qui était ressorti des diagnostics de territoire qui avaient été réalisés en concertation avec les habitants avant l’ouverture du lieu.

Des consultations plus longues pour mieux comprendre les patients

« Ce qui différencie ce centre des autres, c’est notre vision du soin, détaille Elisa Bausson. Nous considérons la santé globale des patients, parce que les inégalités sociales produisent des problèmes de santé. La santé est liée aux questions de logement, de travail, de famille, de racisme et est bien sûr liée à la difficulté d’accès aux soins. » Pour comprendre les conditions de vie des patients, il faut les écouter, prendre le temps d’évoquer tous ces aspects de leur quotidien, renforcer la relation entre soignants et soignés. Ici, une consultation dure au minimum 20 minutes. Une manière d’établir la confiance, d’ouvrir le dialogue et d’identifier celles et ceux qui pourraient avoir besoin de rencontrer Elisa Bausson. « En tant que conseillère conjugale et familiale, j’accompagne les couples et les familles, et principalement les femmes, sur des questions de santé sexuelle au sens large, sur des questions de parentalité et sur des questions de violences intrafamiliales, conjugales et sexuelles. » Les conséquences de ces violences sont nombreuses : dépression, grossesses non désirées et IST, isolement social, blessures et hématomes, insomnies, renforcement des addictions… Y répondre est un travail complexe, en particulier dans les centres de soin communautaires : « ici, on va recevoir toute la famille, donc en cas de violences intrafamiliales, on reçoit les auteurs comme les victimes, poursuit Elisa. Lorsque les situations le nécessitent pour des raisons de sécurité, nous orientons les patientes à l’extérieur du centre. Et après, l’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales est un processus très long, qui nécessite beaucoup d’écoute. »

L’union fait la force

Suivi médical, conseils juridiques, accompagnement économique : à l’image de la démarche pluridisciplinaire adoptée par le château en santé, l’accompagnement des femmes victimes de violence doit être global. Pour cela, Elisa Bausson s’appuie sur le tissu associatif local : « Le CIDFF (Centre d'Information sur les Droits des femmes et des Familles) a un super bureau d’aide juridique qui m’aide sur les questions de droit de la famille et de droit international de la famille, je travaille aussi beaucoup avec le planning familial. L’association solidarité femmes a mis en place un réseau local, pour les 15e et 16e, qui réunit les travailleurs du secteur associatif qui ont affaire aux questions de violences intrafamiliales. On se retrouve pour partager des informations et des pratiques. On travaille aussi avec une psychologue et une assistante sociale de la Police Nationale, ce qui permet un accueil très différent au commissariat ».

La démarche du château en santé, qui consiste à agir collectivement, à faire se rencontrer les acteurs, à mettre les pratiques en commun pour le bien des patients et des patientes, fait son chemin. Aujourd’hui, 4 centres de ce type existent en France et un réseau national des centres de santé communautaires est en cours de création. L’objectif, continuer à faire évoluer les pratiques et accompagner les porteurs de projets pour que d’autres structures puissent voir le jour.

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Le 24 novembre à l’hôtel de Région à Marseille, de nombreuses associations et experts des questions liées au genre seront réunis. Rôle de la prévention, sexisme, harcèlement, consentement, questions juridiques : tout au long de la journée, des tables-rondes et des débats ouvriront la réflexion. En parallèle, ateliers et masterclass permettront au public de passer à l’action en apprenant notamment à dire non et à se défendre.
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Quelles actions régionales pour la santé des femmes ?
Avec un budget annuel d’un million d’euros, la Région soutient des projets déterminants dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle participe notamment au fonctionnement du mouvement français du planning familial, à la création et au fonctionnement des maisons pour les femmes, aux programmes d’éducation à la santé sexuelle ou encore au déploiement des gynécobus.

Mis à jour le 13 juin 2024