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Particulier, Agriculture, Environnement

Pour un pastoralisme local vivant, l’héliportage !

Mis à jour le 09 décembre 2022

Au cœur des alpages, les troupeaux trouvent naturellement leurs places dans les paysages que nous chérissons, mais côté coulisses, cela nécessite une certaine organisation. Allons voir ça de plus près…

Estives approvisionnées

Depuis plusieurs années, la Région Sud participe avec les Chambres d’agriculture et les éleveurs régionaux à l’héliportage des approvisionnements nécessaires à la vie en estive.

Les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes voient tour à tour l’héliportage comme une ressource pour accéder aux estives habituellement non carrossables entre fin juin et début juillet. L’organisation se réalise en amont avec le recueil des demandes des éleveurs centralisées par les Chambres d’agriculture qui planifient des héliportages groupés. Une aide concrète et pratique pour faciliter la vie des bergers et garder le dynamisme et la spécificité du pastoralisme régional. 

Nous avons infiltré un héliportage, on vous emmène avec nous…

Nous arrivons la veille dans une auberge pour rencontrer Benoit Esmengiaud de la Chambre d’Agriculture des Alpes-Maritimes et ses deux compagnons, dévolus à l’hélicoptère. L’un et l’autre rejoignent chaque année Benoit pour ces indispensables héliportages au cœur de nos alpages. Le lendemain s’annonce chargé car un orage a interrompu les vols de la journée, il faudra rattraper le temps perdu.

Benoit Esmengiaud parcourt tous les ans 28 000 km dans les montagnes pour mettre en place ces héliportages en bonne intelligence avec les propriétaires et les bergers. Il connait tout le monde et tout le monde le respecte. Il orchestre tout au long de l’année les points d’héliportage nécessaires aux besoins recensés auprès des éleveurs (blocs de sel, croquettes pour les chiens, ravitaillement pour les bergers pour 3 mois, matériaux de reconstruction pour les cabanes d’estives, etc…)

Des anecdotes fusent lors du repas du soir, comme une amende prise par le pilote d’hélico de la part d’un garde du Parc national du Mercantour car l’hélico volait trop près de la zone de reproduction d’un vautour d’une espèce rare (le Gyapète barbu) dont il ne restait que 5 spécimens sur la zone.

De fait, une déviation a été intégrée au plan de vol de l’hélico ! Le pouvoir des vautours…

Rendez-vous pris est 5h45 pour le p’tit déj et départ à 6H15 pour le premier vol d’approvisionnement vers les estives. A l’heure dite, nous voici dans un champ où des éleveurs attendent avec des ballots prêts à amarrer sous l’hélico direction les estives. Sur place dans la montagne,  une autre personne attend le précieux ballot contenant le nécessaire pour la saison pour le réceptionner et le décrocher.

Les charges sont amarrées à l’hélico, le décollage est imminent.

A hauteur d’hélico, les estives sont extrêmement variées, certaines propres, rangées, bien organisées, d’autres totalement en vrac avec des matelas retournés restés sur place depuis l’année dernière, livrés aux éléments d’octobre à juin. Les estives sont le reflet de la diversité humaine, il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement.

D’ailleurs l’hélico sert aussi à débarrasser les détritus des estives de l’année précédente. De quoi recommencer sur une estive saine.

En effet, toutes les ordures non biodégradables sont empaquetées en fin d’été par les bergers et sont récupérées et évacuées à cette occasion. Les estives ne bénéficiant pas de chemin carrossable, l’hélicoptère reste le meilleur moyen d’y accéder.

Efficacité et bonne humeur

Aujourd’hui, le temps est idéal et le soleil s’accorde avec la bonne humeur ambiante. Mais Benoit reste concentré car conscient du coût de l’ensemble de l’opération et de l’enjeu pour les éleveurs qui se sont déplacés. Il a scrupuleusement répertorié non seulement les points de rendez-vous mais également veiller à localiser de façon rationnelle, les points de ravitaillement en carburant de l’hélicoptère. En effet 1 heure d’hélico correspond à 1000 litres de kérosène.

Le coût annuel de l’héliportage régional s’élève à 45 000€ dont 16 000€ versé par la Région Sud, 4 000 par la Chambre d’Agriculture et 25 000€ par les bergers concernés. L’opération annuelle représente 75 voyages en hélico avec des charges comprises entre 700 et 800 tonnes.

Les aléas météo déterminent si la totalité de l’opération par département durera 3 ou 4 jours. Si un orage survient, l’hélico ne peut pas voler donc il faut attendre et réorganiser les rendez-vous pris en amont. La grande expérience de Benoit est déterminante pour la bonne marche de l’opération car les propriétaires ou les bergers se sont organisés pour être présents tel jour à tel endroit. Sans oublier qu’ il faut toujours quelqu’un sur place pour réceptionner le paquetage. Au moindre retard tous les autres rendez-vous sont décalés. Benoit est là pour calmer les énervements, les impatiences et rassurer tout le monde, y compris l’équipage de l’hélico.

Mission accomplie !

A la pause déjeuner, nous traçons le bilan en regardant les visages de l’équipe de Benoit, des membres de la Chambre d’Agriculture des Alpes Maritimes, des bergers et des éleveurs. Cette opération répond à un réel besoin en termes de pastoralisme, une des spécificités de la région Sud et les personnes qui en ont la charge maitrisent totalement la technique pour une efficience optimale. Bravo Benoit ! bravo la team !

« Et le loup ? »…ces mots tombent sur des silences embarrassés car tout le monde en parle mais peu l’ont vu. Seules les brebis ensanglantées témoignent de la présence du prédateur, au total 500 brebis auraient été tuées dans les Alpes aux dires des techniciens et gardes du Parc du Mercantour présents sur le terrain. En essayant de comprendre la différence entre les problèmes rencontrés en France et en Italie, les éleveurs m’expliquent que les troupeaux sont de moindre importance en Italie et peuvent être abrités la nuit dans des refuges prévus à cet effet. Mais c’est une autre histoire…

Béatrice MICHEL

La Région Sud soutient son pastoralisme

Cette pratique ancestrale façonnent le territoire depuis des siècles mais détient un atout primordial face aux enjeux climatiques auxquels nous sommes confrontés. La transhumance permet le maintien de l’emploi non délocalisable, contribue à l’entretien des paysages, et garantit des produits d’une exceptionnelle qualité ( labels IGP ou AOP) . Les moyens mis en place par la Région Sud, dont l'héliportage permettent une modernisation des pratiques et améliorent les conditions de travail des éleveurs en préservant notre patrimoine et notre biodiversité.

Mis à jour le 13 juin 2024