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Protection des posidonies : des premiers résultats encourageants

Après des décennies de destruction, les herbiers de posidonie sont en voie de reconstitution. Une bonne nouvelle résultant d’une politique protectrice engagée par la Région Sud et l’application d’une réglementation plus stricte des autorités préfectorales.

Est-ce la fin du carnage ? Les précieux herbiers de posidonie, menacés depuis des années, gagnent enfin du terrain. Désormais protégés par une nouvelle réglementation, bénéficiant d’une politique protectrice de la Région Sud, les herbiers de posidonie repoussent enfin sur les fonds marins de Méditerranée. Pour les spécialistes, les dernières observations montrent de nouveaux espaces de recolonisation et l’existence de zones de retour à la vie. « On peut estimer que la dégradation est stoppée en plusieurs endroits, indique Pierre Boissery, un expert de l’Agence de l’eau. Nous observons même des repousses en forme ronde qui grandissent de relevé en relevé indiquant de nombreuses refloraisons des herbiers. » Selon l’Agence de l’eau Méditerranée Rhône-Alpes, la pression sur les herbiers de posidonie a été divisée par trois. Cette résilience a lieu après des années de régression et de destruction. « Cela fait 40 ans que nous observons ce phénomène », déplore le scientifique. Une catastrophe écologique, conséquence des aménagements de ports et de digues, de rejet des eaux usées et de la montée en puissance de la grande plaisance durant les 4 mois de la saison estivale sur la Côte d’Azur.

Des hectares d’herbiers disparus

Les herbiers à posidonie subissent de nombreuses menaces dans toute la Méditerranée et ont déjà perdu 10 % de leur surface durant les 100 dernières années. Un travail d’analyse de 250 études montre que quasiment tous les herbiers de posidonie de Méditerranée subissent des impacts négatifs. Des dégâts comparables à la déforestation en Amazonie.

Des études recensent 7 670 hectares d’herbiers à posidonie morts sur les 79 852 hectares en Méditerranée française, soit une perte évaluée à 4,5 milliards d’euros chaque année. Le Golfe-Juan a perdu 225 hectares d’herbiers entre 2006 et 2018. Dans le Golfe de Saint-Tropez, 145 hectares ont été perdus entre 2010 et 2018. La région Sud centralise le plus grand nombre de mouillages de navires  depuis 2010, essentiellement concentrés de mai à fin septembre.

Mouillage écologique

Il a donc fallu une mobilisation générale des autorités préfectorales, des collectivités locales et de la Région Sud pour mettre un terme à cette destruction. Dès juin 2019, la Région Sud a adopté un plan de protection des posidonies. Il consiste à améliorer les connaissances sur les herbiers, à soutenir des zones de mouillage écologique pour les navires de plaisance, mais aussi à sensibiliser le public.

La Région Sud œuvre également pour la préservation des posidonies grâce à un programme européen Postbemed2 qui est entré en phase opérationnelle en 2022. Il a pour objectif d’améliorer la gestion des banquettes de posidonies sur les plages pour lutter contre leur érosion. Dans cette optique, des zones de mouillages permettant d’éviter l’arrachage des herbiers ont été créées. De plus, un projet de trois hectares de Zone de mouillages d’équipements légers (ZMEL) a été soutenu à Villefranche-sur-Mer. La Région Sud est également impliquée aux côtés de l’Etat pour faire avancer la mise en place de coffres dédiés à la grande plaisance, soit des navires de plus de 24 mètres. Des dispositifs de mouillage permettant de diminuer les impacts sur les fonds marins. Enfin un appel à projets a retenu 11 projets dont six en région Sud pour un montant global de 2,7 millions d'euros.  

Davantage d’infractions constatées et de PV

A cette mobilisation de la Région Sud et des collectivités locales, s’ajoute celle de la préfecture maritime qui applique la nouvelle règlementation des mouillages pour les navires de 20 mètres et plus. Des règles plus strictes qui portent leurs fruits aujourd’hui. L’époque où les yachts mouillaient où bon leur semble est désormais révolue. Leurs ancres et leurs chaînes sont de moins en moins nombreuses à martyriser les herbiers de posidonie. Grâce au travail des scientifiques, les autorités disposent d’une cartographie précise des zones à protéger. Depuis des mois, la gendarmerie nationale ou maritime, les douanes, les affaires maritimes consacrent davantage de temps à la protection des herbiers de posidonie. En 2022, 650 infractions ont été constatées, plus particulièrement sur la Côte d’Azur, contre 475 durant l’été 2021. Quelque 119 procès-verbaux ont été dressés, principalement des récidivistes. La peine maximale encourue pour ces mouillages illégaux est de 150 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement.