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© Equipe de la maison pour les femmes, crédit photo : AP-HM
Particulier, Santé

Professeur Bretelle : « Les femmes victimes de violence ne se sentent pas légitimes à bénéficier de soins »

Mis à jour le 09 février 2023

La Maison des femmes Marseille Provence soigne et accompagne les victimes de violence à l’hôpital de la Conception à Marseille. A l’origine de ce lieu, le professeur Florence Bretelle fédère autour d’elle une équipe composée de personnel soignant, mais aussi de travailleurs sociaux et de juristes. Elle revient sur les spécificités de la Maison des femmes, qui emménagera bientôt dans de nouveaux locaux rue Saint-Pierre. Interview.

Comment a commencé l'histoire de la Maison des femmes de Marseille Provence ?
Elle a commencé il y a maintenant deux ans. C'est une volonté de l'équipe de gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Conception. Après plusieurs années à améliorer les parcours de soins des femmes victimes de violence, on s’est rendu compte que nous arrivions à gérer les urgences, mais que nous n’avions pas de structure relais pour coordonner les soins. En parallèle, nous sommes entrées en contact avec Ghada Hatem, qui a fondé la première maison des femmes à Saint-Denis. Nous avions écrit le projet et contacté notre direction, mais ça n’avançait pas. Ghada Hatem, qui va toujours plus vite que les autres, a lancé un appel au don citoyen via la maison des femmes de Saint-Denis et a collecté 150 000 euros. C’est grâce à ça que le projet a démarré, le 1er janvier. Nous avons aménagé dans des locaux au sous-sol de la Conception, et nous serons bientôt dans une maison de 400 m2 à deux pas de l’hôpital, c’est au-delà de nos espérances.

La maison des femmes, c’est un guichet unique pour l’accueil des patientes. Comment se compose l’équipe ?
L’accueil téléphonique et le secrétariat sont fondamentaux, ils jouent un rôle social, juridique, psychologique. C’est très important et nous avons des bénévoles pour soutenir notre secrétaire. Ensuite, nous avons des psychologues, une psychiatre, des gynécologues, des sage-femmes, une assistante sociale. Nous avons aussi une permanence d’avocates mises à disposition par le barreau de Marseille tous les vendredis après-midi.  

Quelles sont les spécificités de la prise en charge des femmes victimes de violences ?
La spécificité, c’est qu’elles ne se sentent pas légitimes pour bénéficier de soins ou faire valoir leurs droits. Une toute petite proportion des femmes porte plainte, et une petite partie des victimes de violences vont vers les maisons des femmes ou les associations, et pourtant nous avons déjà plus de 1000 consultations. Ce problème de légitimité, d’estime de soi est vraiment au cœur de la prise en charge. Nous proposons un accueil inconditionnel, nous croyons les victimes et ne remettons pas leur parole en doute. Lorsque nous les recevons pour la première fois, nous évaluons le côté médical qui est notre cœur de métier, mais aussi le côté social, psychologique, juridique, administratif.

« Quand une femme est victime de violence, les enfants sont victimes par ricochet »

Quelle place pour les enfants à la maison des femmes ?
Dans nos prochains locaux, nous aurons des pédiatres et actuellement, nous sommes en lien avec l’unité pédiatrique Enfance en danger. Quand une femme est victime de violence, les enfants sont victimes par ricochet, il faut qu’il y ait une prise en charge. Les enfants ne pourront pas aller mieux si leur mère ne va pas mieux. Souvent, les femmes viennent avec leurs enfants. Pour qu’elles n’aient pas à raconter leur histoire devant eux, des bénévoles viennent pour les garder. C’est très important cet élan citoyen et bénévole pour venir garder ces enfants, mais aussi pour aider au secrétariat et pour faire connaître la maison des femmes.  

Dans quel état d’esprit sont ces patientes ?
Certaines femmes montrent des signes d’état de stress post-traumatique. Il y a des patientes qui font ce que j’appelle des couches, c’est-à-dire qu’elles ont été victimes de violence dans leur enfance, elles ont essayé d’oublier mais à l’occasion d’un autre traumatisme les choses ressortent. Ce sont des prises en charge très longues. A la maison des femmes, il y a 4 parcours. Le premier concerne les violences de tout type, sexuelles, physiques, économiques, et cætera, et dirigé par le Dr Heckenroth, également en charge du parcours pour les femmes enceintes victimes de violence. Il y a un parcours mutilations génitales pour les femmes qui ont subi une excision, dirigé par le Dr Emmanuelle Cohen Solal et enfin un parcours très important qui est celui de la formation, de la prévention, et de l’animation territoriale, dirigé par le Dr Tardieu.

Comment est-ce que les actions de prévention peuvent faire diminuer les violences ?
L’éducation est fondamentale. Il faut apprendre aux enfants le respect de leur corps, le respect de l’égalité entre les filles et les garçons. Elle passe aussi par le service sanitaire, qui est assuré par les étudiants dans le domaine de la santé, qui font des interventions dans les collèges et les lycées, c’est un système d’éducation par les pairs. Dans ces formations, on parle de santé sexuelle et de violences, de consentement, d’égalité. Nous sommes en train de travailler sur un projet pour s’adresser aux jeunes et aux enfants des quartiers. Nous sommes en lien avec les commissariats, la police et la justice pour que les femmes soient mieux encadrées. Nous travaillons aussi sur un protocole, une fiche réflexe pour que les professionnels sachent tout de suite quoi faire, vers qui s’orienter.

Quelles actions régionales pour la santé des femmes ?
Avec un budget annuel d’un million d’euros, la Région soutient des projets déterminants dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle participe notamment au fonctionnement du mouvement français du planning familial, à la création et au fonctionnement des maisons pour les femmes, aux programmes d’éducation à la santé sexuelle ou encore au déploiement des gynécobus.

 

Mis à jour le 13 juin 2024